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L'idée me plaisait. Je voulais qu'elle soit vraie. Nous sommes l'espèce la plus coopérative de la planète... possédez-vous un seul objet que vous ayez entièrement fabriqué de vos mains avec des matériaux extraits par vos soins de la nature ? Et sans ce réseau de collaboration, nous sommes aussi vulnérables que des antilopes à trois pattes au milieu du territoire des lions. Mais en même temps, quel talent nous avons pour la cupidité, pour l'indifférence morale, pour des guerres de conquête à tous niveaux, du jardin d'enfants jusqu'aux Nations unies. Qui n'a pas souhaité pouvoir sortir de ce piège ? C'est comme si nous étions faits pour vivre dans une espèce de famille de conte de fées, dans une maison où les portes ne sont jamais fermées à clé et n'ont jamais besoin de l'être. Toutes les utopies à la manque sont un rêve de cette maison. On en a tellement envie qu'on refuse de croire que ça n'existe pas et ne peut pas exister.

Adam Fisk, issue du famille ultraconservatrice américaine, mène des études d'art à Tonroto. Séduit par la communication de la société InterAlia, il est entré dans un programme communautaire basé sur les recherches innovantes en psychologie et sociologie du génial Meir Klein. Et le voici soudainement en contact avec des personnes d'horizons et de profils divers mais s'entendant et s'attachant de manière quasi surnaturelle.

Quand un décès dans sa famille le prive de son principal soutien moral et financier, l'Affinité Tau prend le relais, lui évitant de passer sous les fourches caudines en retournant chez son père. Les années passent et Adam prospère au sein de Tau, de même que celle ci prend de l'ampleur développant des programmes sociaux et économiques à destination de ces seuls membres ou d'affinités aux effectifs moins importants. Sans guère se préoccuper des non affiliés, ni du ressentiment que cette discrémination suscite.

- Avec quoi tu n'es pas d'accord, alors ?

- Avec le fait que c'est dans une Affinité. Qu'il y a un mur autour. Tout ça à cause de Meir Klein... il savait qu'une utopie ne convient jamais à tout le monde. On pourrait réunir cent personnes qui mèneraient peut-être des existences meilleurs, plus libres, plus pleines, plus heureuses, plus coopératrices... mais seulement les cent bonnes personnes, on ne peut pas les choisir au hasard dans la rue. Donc, une fois qu'on sait quoi mesurer et comment faire les calculs, tadam : les vingt-deux Affinités. Vingt-deux jardins, vingt-deux murs autour d'un jardin. Personne ne conteste que ce soit chouette à l'intérieur, pour qui arrive à entrer. Mais réfléchis à ce que ça veut dire pour ceux qui n'y entrent pas. Tu les sépares soudain des gens qui collaborent le mieux. Ce qui les place eux aussi dans un jardin clos, sauf que ce n'est pas vraiment un jardin, vu que tous les jardiniers compétents ont foutu le camp et que les arbres n'ont pas beaucoup de fruits. Et un jardin clos qui n'est pas un jardin ressemble à autre chose. Il ressemble à une prison.

Les années passent deux affinités prennent de plus en plus de poids en occident, Tau et Het, devenant de puissants lobbys s'affrontant de manière larvée. Adam retournera brutalement sur terre quand les manigancent croisées de Tau et Het finiront par impliquer sa famille biologique et que la situation internationnale se rappelera tout aussi brutalement à eux.

En privilégiant le point de vue individuel, Robert Charles Wilson, donne corps efficacement aux changements sociaux qu'il explore, ancrant son récit dans l'affection et l'empathie que l'on éprouve pour Adam. Sans oublier le point de vue partial qui prend toute sa dimension dans le dénouement. Avec Les Affinités, R.C. Wilson livre un récit brillant et prenant. Un excellent moment.

Les avis de Lorhkan, Gromovar, Soleil Vert.