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Second recueil de nouvelles de Dorothy M. Johnson se révèle très plaisant et complète agréablement le premier en mettant l'accent sur des personnages féminins, très bien campés malgré la dureté de la frontière.

On débute avec Une soeur disparue narrant le retour parmi les siens après avoir passé plusieurs dizaines d'années parmi les indiens. Un retour non volontaire sous l'égide de l'armée... Un récit poignant narré par son neveu.

Avec Au réveil, j'étais un hors-la-loi, on passe dans un registre plus léger. Un jeune cow-boy naïf se trouve contraint à une existence de bandit après avoir été dupé. Intégré dans une redoutable bande, il s'entichera d'une veuve cultivée, isolée parmi les rustres, ce qui le conduira à de nouvelles déconvenues.

L'homme qui connaissait le Buckskin Kid, au début du XXeme siècle, réminiscences d'un vieillard interrogé sur un célèbre et redoutable bandit. Un petit récit amusant du fait de sa chute.

Dans Un présent sur la piste, un ex chercheur d'or échappe à une embuscade et échoue dans une ville qu'il avait traversé au temps de son adolescence... Le temps a passé mais quelques traumatismes perdurent. L'occasion d'une thérapie de groupe et d'un nouveau départ. Sympathique sans plus.

Bien plus tard, quand les historiens ranimèrent la légende de Cal Crawford, je sus en quelle compagnie j'avais chevauché ce jour-là. Les fantômes étaient des trappeurs barbus vêtus de vestes de daims frangées, des hommes aux cheveux long coiffés de chapeaux de fourrure informes, chaussés de mocassins, avançant tels des rois circonspects qui auraient oublié la peur mais non la prudence. Il y avait aussi des Indiens, à demi nus, curieux, cruels, le visage strié de peinture, les cheveux nouées en longues boucles noires semblables à des serpents.

C'était moi, l'invisible. Cal Crawford avait retrouvé le temps de sa jeunesse. Il était retourné en arrière, à une époque où je n'étais pas né.

Un gamin est chargé d'accompagné un vieillard aveugle, une légende locale bâtie sur les terres sauvages dans Une époque de grandeur. Un récit initiatique efficace allant à l'encontre des clichés des années 50 sur les indiens.

Journal d'aventure et L'histoire de Charley traitent des mêmes thématiques : la séparation, les espaces sauvages, les promesses non tenues... Des moments agréables.

 Récit d'ambitions démesurées et d'amour absolu vers la fin de la colonisation, dans Une squaw traditionnelle, cruel et efficace bien qu'un peu long.

C'était un soulagement d'avoir l'esprit occupé dans cette obscurité effrayante, de se sentir en sécurité dans la cabane alors que, juste derrière la porte, une colonie d'hommes bruyants et inconnus s'agitait. Il y avait aussi des femmes. Elle entendait parfois leurs cris et leurs rires provenant du saloon en bas de la rue. Mais une vraie dame ne pensait pas à ces femmes-là, sauf pour les plaindre.

La colline des potences, la novella clôturant le recueil, est sans nulle doute le moment fort de ce livre. Une multitude de personnalités hautes en couleurs dans un campement agonisant de chercheurs d'or parmi lesquels trois personnes évolueront fortement : le médecin aristocrate et as de la gachette sur le déclin, l'adolescent vif malmené par la vie, la jeune survivante d'une attaque de diligence plongée dans le déni. Une superbe fresque des plus prenante dans un cadre crépusculaire.

Un recueil satisfaisant, renouvellant ses thématiques et son approche du western. Un très bon moment.

 

 L'avis de Nébal.