img586

D'après ce qu'il fallait bien appeler les mensonges du Contremaître, une grosse centrale marémotrice ultramoderne récemment mise en service remplacerait désormais le vieux réacteur numéro deux. Dans l'idéal, on n'aurait jamais une meilleure idée que son démantèlement, puisque tous les problèmes découlaient des radiations. Patinette était tout à fait d'accord pour éviter aux gens de l'extérieur les maladies dont souffrait la communauté. Depuis toujours, il entendait dire qu'à l'extérieur, les gens vivaient en bonne santé, que leurs nourrissons ne mouraient pas au bout de quelques mois, et qu'ils vivaient souvent assez longtemps pour dépasser allègrement le demi-siècle ! Il ne voyait donc aucune raison de leur imposer les contraintes qui affaiblissaient la communauté depuis la catastrophe. Richesse, santé, longévité... Pour les villageois accoutumés au pire depuis des générations la vie avait nécessairement plus à offrir. Il devait y avoir autre chose, pas forcément davantage, mais quelque chose de radicalement différent. Le bonheur ne dépendait pas du temps qu'il leur restait à vivre mais de l'usage qu'ils en faisaient.

Il y a cent ans de celà, un partie des habitants des villages entourant une centrale nucléaire ont refusés toute évacuation alors que plusieurs réacteurs partaient en sucette... La réaction du gouvernement a été un modèle de cynisme, une zone d'exclusion a été tracée puis matérialisée et les habitants sous la conduite d'un cadre venu de l'extèrieur formés à entretenir le dernier réacteur encore en fonction. En échange, le gouvernement assure le ravitaillement de ces petites communautés.

Avec le temps, les radiations ont fait leur oeuvre et la communauté a décliné doucement, accumulant les tares et voyant ses effectifs et son espérance de vie diminuer. Malgré tout les habitants, désormais confinés de force par le gouvernement, ont pris partie de la situation. Jusqu'à ce qu'arrive le moment où le gouvernement ne voit plus de rentabilité dans le projet et décide d'arrêter les frais...

Avec cette chronique douce amère, à la fin violemment ironique, Fred Guichen livre un récit efficace, à la fois glaçant (pour le contexte) et doux (par l'approche des protagonistes). Une nouvelle réussie, efficace et marquante, un bon moment.

 

Une lecture dans le cadre du Challenge Dystopie

dystopie