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Les lectures d'Efelle
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6 février 2016

Dragon de Thomas Day

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Les patrons sont vieux, ils vivent au calme dans de grande villas au bord de la mer. Le fric vient du trafic et si y'a des vagues le trafic plonge, alors y'a pas de vague. Le fric circule comme le sang d'un athlète, vite, il irrigue toute la société. Bangkok court le cent mètres trois cent fois par jour ; c'est une ville essouflée, plus aigre que douce, trempée de transpiration, mais avec un coeur de boeuf, une pompe solide. Les touristes visitent un beau temple à midi, passent leur après-midi au centre commercial climatisé ou à la piscine de l'hôtel et se font sucer à vingt et une heures, après le dîner. C'est comme ça que ça marche depuis la fin des années soixante-dix.

Dans une Bangkok inondée d'un futur proche, un tueur en série, Dragon, fait le ménage dans les lieux de prostitutions pédophiles, éliminant impitoyablement clients et proxénètes. Des carnages spectaculaires qui poussent les autorités à prendre les enfants en charge mais aussi à traquer le tueur car le spectacle doit continuer et les touristes d'affluer...

L'air chaud et humide ruiseselle de l'épaisse couche de pollution qui couvre la mégapole sur trois mille kilomètres carrés. Une atmosphère qui, en vous serrant la gorge, sent la nourriture bon marché, le curry rouge, les grillons grillés. La puanteur se cache non loin, mais derrière, comme après digestion. La ville ne cesse jamais de digérer : gaz d'échappement, tas d'ordures aux remugles piquants comme des insectes, égouts saturés, rats qui trottinent le long des trottoirs. Sous l'odeur qui monte du sol, on devine un réseau d'intestins rempli de merdre à demi-liquide, paresseuse, inlassablement repoussée vers la cité par la marée, par une mer épuisée dans laquelle il serait suicidaire de se baigner, si polluée que sa surface huileuse, mousseusen brunâtre, n'évoque plus que les eaux brassées d'une station d'épuration. Le Golfe de Thaïlande est une cuvette de toilette géante. L'argent manque pour traiter les eaux usées. Il manque aussi pour filtrer la société des éléments les plus impurs. L'argent coule dans les réseaux parallèles de la corruption. Sans corruption, il n'y a pas d'impunité.

Dans la même ligne que ses textes récents, Thomas Day livre ici un texte percutant via une prose acérée. Un voyage au coeur des ténèbres de la prostitution infantile.

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Commentaires
T
Ça a l'air très fort.
L
Celui-là, je ne vais pas le laisser passer...
G
Percutant, pas vrai ? Vraiment ma came.
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