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J'ai toujours été attiré par les vieilles photographies, sans bien m'expliquer cette fascination. Mais peut-être est-il inutile que je m'explique ; peut-être comprenez-vous fort bien ce que je sous-entends. Je veux parler de l'émerveillement qu'on ressent en contemplant ces vêtements surannés, ces perspectives disparues. En songeant que tout cela a jadis existé. Que ces visages, ces objets perdus ont réellement renvoyé la lumière vers la plaque sensible. Que ces vrais gens ont réellement existé, qu'ils ont souri pour de vrai à l'appareil photo. On aurait pu faire irruption au milieu de la scène, toucher ces gens, leur adresser la parole. On aurait pu pénétrer dans tel ou tel bâtiment étrange et démodé, et voir ce qu'on ne pourra plus jamais voir : ce qui se trouve juste derrière la porte.

Simon Morley mène une existence de dessinateur dans une agence publicitaire qui le laisse vaguement insatisfait, aussi quand il est approché pour intégrer une agence gouvernementale occulte, il ne faut pas grand chose pour le convaincre. D'autant que la possibilité élégante de voyager dans le temps qui lui est proposé, va dans le sens de son violon d'Ingres.

La méthode mêlant mécanique quantique, reconstitution et auto suggestion fait des merveilles sur Simon et le voilà bientôt en train de faire quelque pas dans la neige new-yorkaise de 1882. Surprise par le suggestion de l'opération, les autorités en charge du projet laisseront Simon proposer son propre objectif, à savoir la résolution du suicide d'un aïeul de sa petite amie du moment... Un séjour prolongé fait donc place aux premières brèves incursions, l'occasion pour Simon Morley, très nostalgique du XIXeme et désabusé par les années 70, de découvrir, émerveillé, un autre New-York, encore rural par endroit.

Observer sans intervenir... C'était une règle facile à édicter, une règle dont la nécessité ne faisait pas de doute aux yeux des auteurs du projet, pour qui les gens du passé n'étaient que des ombres depuis longtemps chassées de la réalité, dont il ne restait que quelques vieilles photograhies sépia rangées dans des albums ou entassées en désordre dans des boîtes en carton sous les comptoirs d'antiquaires. Mais pour moi, ils étaient bien vivants.

Fasciné, conquis même si l'époque lui montre sa face sombre, Simon se laisse aller et s'attache à son entourage le conduisant à s'impliquer dans l'affaire qu'il dévait simplement résoudre...

Abondemment illustré de photos et d'illustrations d'époque, Le Voyage de Simon Morley est un récit qui prend son temps... Le temps nécessaire au voyageur temporel pour s'acclimater, s'émerveiller et découvrer l'ampleur des changements intervenus en moins d'une centaine d'années. Tout s'accélère ensuite dans la seconde partie du roman jusqu'à l'épilogue d'une justesse et d'une élégance fascinante. Avec ce roman, Jack Finney a joué efficacement des codes du voyages temporels, misant, avec bonheur, plus sur le dépaysement que sur les paradoxes en cascade. Un très bon moment.