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Dans un village perdu d'Autriche, un étrange individu apparaît auprès d'une poignée de garçons. Se prétendant un ange, bien que doté d'un nom et d'une ascendance tendencieux, il entend démontrer l'absurdité de la condition humaine aux jeunes gens. D'abord par des simulations de pantins doués du libre arbitre, les traitant avec une indifférence aussi cruelle que la nature puis par la suite par la manipulation des villageois.

Et je sais aussi que même aujourd'hui, après des siècles d'enseignements débiles au cours desquels se sont perpétués les préjugés, seul un individu sur vingt met vraiment tout son coeur à l'ouvrage à tourmenter une sorcière. Ce qui n'empêche apparemment pas que tout le monde haïsse les sorcières et veuille qu'on les tue. Un jour, dans le camp opposé, se lèvera une poignée d'individus et c'est eux qui feront le plus de bruit - c'est peut-être même un seul homme bien déterminé à la voix tonitruante qui fera front - à la suite de quoi, en l'espace d'une semaine, tous les moutons feront volte-face et du jour au lendemain, c'en sera fini de la chasse aux sorcières.

Monarchies, aristocraties et religions se fondent toutes sur cet énorme défaut de votre race - la méfiance de l'individu envers son voisin et son désir, par simple souci de sécurité ou de confort, d'être bien considéré par lui. Ces institutions resteront toujours et toujours elles proséreront, sans jamais manquer de vous opprimer, de vous insulter et de vous avilir, parce que vous serez et resterez toujours esclave des minorités.

Conte philosophique amer, écrit par un Mark Twain au crépuscule de sa vie, cette oeuvre touche et remue. La révolte de l'auteur devant les paradoxes de l'humanité, les aléas de la vie, l'injustice permanente est efficacement mise en scène et marque. Un très bon moment, des plus mémorables.