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S'il est tellement succinct, confus et discordant, mon cher Sam, c'est qu'il n'y a rien de raisonnable à dire d'un massacre. Tout le monde est censé mourir pour ne plus jamais désirer ou affirmer quoi que ce soit. Tout se doit d'être silencieux au lendemain d'une boucherie, et l'est en fait, les oiseaux exceptés.

Que chantent donc les oiseaux ? Ce qu'on peut chanter à propos d'un carnage, des choses comme "Cui-cui-cui ?"

Récit du carnage de Dresde, vécu par Kurt Vonnegut alors prisonnier de guerre. Comme ainsi au second chapitre, l'histoire de Billy Pèlerin, assistant aumônier militaire dont la seule expérience militaire sera l'offensive des Ardennes. Capturé, malmené, Billy décollera du temps qui est un tout pour vivre les périodes chaleureuses de son futur enlèvement par des extra-terrestres tout droit sortie d'un roman pulp...

A moins qu'il ne s'agisse d'un tour de son esprit qui tente désespéremment de s'échapper de cette expérience traumatisante qui se clôt par le bombardement allié de Dresde. Quoi qu'il en soit, ces sauts temporels ne s'arrêteront jamais, ramenant infailliblement Billy à l'Abattoir 5 bien des années plus tard.

La procession se pavane et, d'embardée en zigzag, arrive aux grilles de l'abattoir où elle s'engouffre. Il ne règne plus grande activité dans le secteur. La plupart des animaux comestibles du Reich ont été abattus, mangés et excrétés par des êtres humains, des soldats en général. C'est la vie.

On guide les Américains jusqu'au cinquième bâtiment à partir de l'entrée. C'est un cube de parpaings d'un étage de haut, muni à l'avant et à l'arrière de portes à glissière. A l'origine il servait d'abri aux cochons en passe d'être égorgés. On va en faire un foyer d'adoption pour cents prisonniers arrachés à la terre paternelle.

Billy échappe à l'horreur en vivant son futur enlèvement et les doux moments de sa vie future, lesquels à leur tour alterneront avec le vécu de Dresde. L'argument SF, malgré l'apparition du fétiche de l'auteur, Kilgore Trout, s'efface devant le témoignage et l'horreur ressenti, le tout sur un ton joyeusement cynique. C'est la vie, après tout.

Robert Kennedy dont la maison de vacances est située à quatorze kilomètres de celle où j'habitais tout l'année a été atteint d'une balle il y a quarante-huit heures. Il est mort hier soir. C'est la vie.

Martin Luther KIng a été abattu le mois dernier. Lui aussi est mort. C'est la vie.

Et chaque jour mon gouvernement me communique le décompte des cadavres que l'art militaire fait fleurir au Vietnam. C'est la vie.

Mon père s'est éteint, ça fait des années maintenant, de mort naturelle. C'est la vie. C'était un brave homme. Et un mordu des armes à feu. Il ml'a légué ses pistolets. Qu'ils rouillent en paix.

Kurt Vonnegut signe ici un roman efficace et marquant, narrant son traumatisme et dénonçant la réprésentation de la guerre dans les médias de divertissement. Un roman à lire.