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Un journal retrouvé bien plus tard et étudié comme une curiosité... Récit étrange, délivré par un narrateur restant soigneusement en retrait, veillant à ne pas trop se révéler. Histoire d'une prolifération d'oiseaux charognards : corbeaux, freux, corneilles, choucas dans un petit village. Les oiseaux s'installent pas hostiles mais omniprésents, de plus en plus nombreux, peuplant le village de silhouettes noires.

N'empêche - quand nous sommes rentrés de cette balade en forêt, l'un d'eux s'était posé sur le panneau d'entrée du village ; docile, immobile, patient. Il était droit sur ses tarses, un oiseau d'augure. Un corbeau-freux pour ce que j'en sais. Que j'ai pris dans son impénétrabilité pour un sinistre présage. Aussitôt quelques souvenirs de latin ont refait surface au gré de quelque associations d'idées. Ce freux que je tenais pour le représentant des charognards laissés tout juste à leur festin faisait figure d'omen, et je me suis souvenu que lorsque ce n'était que lorsque ce n'était pas dans le vol des oiseaux, c'est dans les entrailles des animaux que les Anciens, ils portaient un nom qui m'échappe, devinaient l'avenir - inscrit à même les boyaux.

Les miens à cette pensée se tordent - expriment mon avenir goutte à goutte, ainsi rincé à la peur.

Phénomène local, n'intéressant pas l'extérieur mais de plus en plus oppressant, enfin selon le narrateur... Sa famille se délite avant de s'effacer. Les interrogations et soupçons du lecteur sont habilement circonvenus, tandis que l'essentiel de la population quitte les lieux : multipliant les sensations d'oppression.

J'ai poussé la porte de l'église dans un grincement convenu.  Ils étaient là aussi. S'étaient engouffrés par je ne sais quelle embrasure. Juchés sur le rebord des bénitiers, les bancs, les prie-dieu, avaient pris possession du confessionnal, des porte-cierges, de l'ambon, trônaient fièrement sur le crâne tonsuré des saints naguère polychromes, figés dans le marbre ou le plâtre et la fiente, et sur l'autel, qu'ils se partageaient à deux ou trois, l'un d'entre eux, me voyant approcher, a déployé ses ailes en croix, les a maintenues longuement dans cette positions jusqu'à ce que, le bec fendu par la menace, son regard noir harponné au mien, je le gratifie d'un semblant de génuflexion, ne sachant que faire d'autre, parapluie et tisonnier en berne.

Psychose, allégorie, témoignage extraordinaire, tant le narrateur que Stéphane Vanderhaeghe ne livrent pas de réponse évidentes. Entre sombre envoutement et horreur larvée, on est entraîné dans le récit par un style très imagé, prenant et évoluant au fur et à mesure de la chute de son protagoniste. Un bon moment et une expérience marquante.

En librairie le 3 septembre 2015.