img377

La Bande pouvait rendre un Juif presque fou, parce que la peur enflait à chaque doute, quand elle n'en créait pas. Une peur du passé qui était la somme des erreurs, des fragilités. Des gestes fous, de ceux aussi qui répondaient aux ordres, mais qui salissaient les mains d'un sang égal. Alors Keren faisait la chasse aux siens. A peine se montraient-ils à la frontière qu'elle taillait dedans, au plus épais, toute féroce et effrayée qu'elle pût être dans ces instants. Elle refusait de laisser Gaza devenir cette angoisse qui poussait tant de soldats à esquiver les missions derrière ses murs. S'il y avait des fantômes ici, Keren ne les entendait pas. Entend-on d'ailleurs les morts lorsque l'on ne s'habite pas tout à fait ? Ces morts se murmurent-ils des choses lorsqu'ils se croisent ou s'aveuglent-ils de déserts gris au point de se croire seuls à souffrir ?

Gaza, dans un futur suffisamment éloigné pour les technologies cyberpunk soit devenues une réalité. Si les forces en présence ont évolués vers des positions moins belliqueuses, des fractions extrèmistes subsistent et la logique attente - représailles continuent. Officier de Tsahal, Keren s'obstine à oeuvrer dans un programme d'aide aux femmes mutilées. Jawad, un palestinien ayant perdu sa famille dans le conflit, conçoit des prothèses cybernétiques. Marwan ancien fedayin, s'est reconverti dans les affaires, le financement d'oeuvres de bienfaisance et la politique. Et enfin Bassem, fedayin récemment échappé d'une geôle israëlienne, bien décidé à reprendre la lutte.

- Ce qu'ils ont fait à votre ami, Bassem, hésité Lucas. Aucun homme, je crois, ne fut tant ployé dans le dessein d'être brisé. Certes, il a finit par leur échapper au moment où ils croyaient le tenir en laisse. Mais à présent il cherche à oublier ce qu'il croit être une faute de sa part, et il n'a pas d'autre avenir que le feu. En échappant à sa condition d'outil, il s'est fait celui d'un dessein qu'il croit plus haut. Il n'a que Dieu et ses visions à la bouche. Ses raisons d'agir sont d'ordre mystique et... esthétique.

- Esthétique ? répéta Marwan, un sourcil levé.

- Les oeuvre des Dieu font aussi de beaux et grands tableaux, où les cités s'écroulent sous des cieux furieux. Voilà le genre de fresque peinte à l'envers des paupières de Bassem. Lui l'appelle "futur".

Une toile sombre où tout se petit monde se croisera pour le pire comme pour le meilleur, le ton oscillant entre l'espoir et la énième itération du conflit. Quatre personnages hantés désirant voir la fin du tunnel.

La langue de cette novella est finement ciselée, les images évoquées sont très fortes. Sébastien Juillard propose ici un excellent texte, des plus marquant. A lire !