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Les Béthély ont une façon très 'objective", par exemple, de traiter le problème de la mortalité infantile, la même à peu près que partout ailleurs en Litale et que je continue à trouver... révoltante. Elles ont conservés plus de coutumes des Ruches qu'elles ne voudraient l'admettre. Les enfantes sont élevées à l'écart, en garderie jusqu'à sept années, comme chez les Juddites les plus strictes. "Mosta", non-personnes, jusqu'à sept années (elles ne savent même pasc e que ça veut dire avant de sortir des garderies). Pratiquement pas d'éducation avec sept années non plus, bien entendu ! "Moins les mosta en savent, moins elles en perdent si elles doivent rejoindre Elli." Tout ce potentiel gaspillé ! D'un autre côté, je comprends, bien sûr. Pas d'investissement affectif ni intellectuel dans les enfantes avant d'être sûre qu'elles survivront. Logique. "Rationnel". Et je peux bien protester, moi qui n'ai jamais perdu d'enfante. Bref.

Le Pays des Mères, une société post-apocalyptique basé sur la récupération. Une société matriarcale, les naissances donnant très majoritairement des filles. Une organisation proposant des solutions imparfaites dans un monde imparfait mais sans doute plus saine que les Ruches, la tyrannie matriarcale qui a précédé après avoir renversée la tyrannie masculine des Harems. Une nation qui s'est reforgée sur ses spécificités démographiques, jusque dans sa langue largement féminisée.

Trouvant son équilibre dans une religion pacifique, la Voix d'Elli, cette monarchie matrilinéaire parlementaire est en pleine évolution malgré son contexte oppressant dès qu'il est question de reproduction. Hors les Mères, toutes les femmes fertiles étant astreintes à l'insémination artificielle régulière. Une pratique justifiée par la forte mortalité infantile due à un virus ou une mutation...

Le travail sur l'univers réalisée par Elisabeth Vonarburg est impressionnant, tant dans la construction actuelle que dans les renvois au passé antérieur à la chute, au Déclin. Tout fonctionne jusque dans ses imperfections, ses coutumes héritées du passé et la nécessité d'évolution. Un environnement formidable dont il n'est pas possible de faire le tour en quelques lignes...

Lisbeï, muette d'indignation, sentit l'accord résigné de Mooreï, l'accord approbateur d'Antoné. Kélys aussi hochait la tête.

Tula leva une main au moment où Lisbeï allait exploser :"Vous voulez dire que c'est nous, ici, maintenant, qui décidons de ce que les autres peuvent entendre et comprendre ? dit-elle lentement.  Nous décidons pour toutes les Rouges et toutes les Bleues et toutes les Vertes, non seulement de Béthély, mais de toutes les autres Familles ? De quel droit ? Ce n'est pas ainsi que Béthély est censée fonctionner, ni le Pays des Mères."

La barrière de Selva était en place, dure et brillante. Un moment la Mère considéra Tula, l'honnête incrédulité scandalisée de Tula. Elle eut un sourire sans joie :"Des chois imparfaits dans un monde imparfait, dit-elle. Apprends."

Là où le bât blesse, se trouve du côté de la principale protagoniste et narratrice de ces Chroniques : Lisbeï.

Fille aînée d'une Mère, la découverte tardive de sa stérilité l'évincera du rôle de dirigeante, lui permettant de s'accomplir dans celui d'historienne archéologiste.

Une jeune femme, dôtée d'une mutation, partagée avec sa mère, sa soeur et une poignée de personnages de premier plan, accentuant son empathie. Mais là où les autres se servent de ce don en complément des autres sens pour interagir avec leurs proches, Lisbeï ne se repose quasimment que sur lui. Développant une relation fusionnelle cannibale avec sa soeur cadette à la garderie (et ce jusqu'à leur séparation), puis se liant efficament à d'autres sans pour autant s'investir émotionellement, devenant totalement nombriliste et orgueilleuse (ceci étant accentué sans doute par une partie de la narration effectuée sous la forme d'un journal intime).

Bigote convaincue, les découvertes de Lisbeï porteront essentiellement sur des sites et des artefacts à connotation religieuse. Le premier suffisament important pour remettre en question le fondement de la foi du Pays des Mères, à savoir la nature du messie. Une découverte qu'elle voudra dévoiler envers et contre tous, sourde aux conséquences. Une attitude qui se répètera et deviendra exaspérante quand on pourra la résumer à cet axiome : toute idée de Lisbeï est forcément géniale et doit être exécutée tandis que les innovations ou prises de risque des autres sont forcément néfastes ou présomptueuses. Et ce pendant cinq cent cinquante pages sur six cent vingt, la maturité et quelque surprises venant finalement changer le tableau en fin de roman.

Bref, Chroniques du Pays des Mères sans être mauvais n'en ai pas pour autant bon, tant la narratrice réussie à être antipathique, niaise (elle pleurera pendant près de 20 ans son amour perdu de la maternelle) et hermétiques aux autres. A réserver aux lecteurs qui pourrait avoir de l'empathie pour ce type de personnage.