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Le voyageur se retrouvait bien souvent face à un paysage monotone, presque identique où qu'il se tournât. Une rangée de pierres verticales sur l'horizon, le coude d'un ruisseau, le relief et le dénivelé particuliers d'une vallée : ces indices étaient le seul moyen de tracer sa voie. Et les conséquences d'une erreur d'orientation s'avéraient souvent fatales. Périr pris par le mauvais temps était un risque négligeable : mais en s'écartant de son chemin, on s'exposait infailliblement aux attaquants -humains, animaux ou êtres surnaturels - qui rôdaient en dehors des routes établies.

Dans une Bretagne, post arthurienne, dans un village misérable, un couple de vieillard, inexorablement ostracisé, se met en tête de rejoindre leur fils. Un voyage de quelque jours, longtemps refusé à Béatrice par Axl. Tout en s'éloignant le couple prend conscience de la brume qui enserre la région... En chemin, ils feront quelques rencontres allégoriques, notamment avec celle d'un batelier les poussant à s'interroger sur leur relation.

Mais, là encore, je me demande si ce que nous éprouvons aujourd'hui au fond de notre coeur ne ressemble pas à ces gouttes qui dégringolent des feuillages gorgés d'eau au-dessus de nos têtes, alors que la pluie a cessé depuis longtemps. Je me demande si, sans nos souvenirs, notre amour est destiné à s'estomper et à mourir.

Mais le récit prendra plus d'ampleur après leur étape au sein d'un village saxon, leur faisant faire un bout de route, avec Wistan, guerrier saxon ombrageux, venu d'un royaume voisin, et Edwin le gamin arraché à une paire d'ogres par Wistan. Rapidement, Axl et Béatrice se rendront compte que Wistan à une mission en tête et est traqué par les forces du seigneur breton local.

Je parle de gens au bout d'une route brutale, qui ont vu leurs enfants et leurs proches mutilés et violés. Ils ne sont parvenus ici, dans ce sanctuaire, qu'après un long tourment, la mort sur les talons. Surgit alors une armée d'envahisseurs d'une taille écrasante. La forteresse peut tenir plusieurs jours, peut-être même une semaine ou deux. Mais ils savent qu'à la fin ils devront affronter leur porpre massacre. Ils savent que les nourrissons qu'ils entourent de leurs bras seront d'ici peu des jouets sanglants poussés du pied sur ces pavés. Ils le savent parce qu'ils l'ont déjà vu, dans la région d'où ils ont fui. Ils ont vu l'ennemi brûler et découper, violer tour à tour des jeunes filles alors même qu'elles gisent à l'agonie, mourant de leurs blessures. Ils savent que cela va se produire, et doivent donc apprécier les premiers jours du siège, quand l'ennemi paie d'abord le prix de ce qu'il va commettre plus tard. En d'autres termes, maître Axl, c'est une vengeance à savourer à l'avance par ceux qui ne pourront pas en profiter au moment idoine. C'est pourquoi je dis, monsieur, que mes cousins saxons ont dû se tenir ici pour applaudir et battre des mains, et, plus cruelle était la mort, plus ils se montraient joyeux.

Alors que chacun finit par reprendre sa route, les évènements de plus en plus violents n'ont de cesse de réunir les deux vieillards et les deux saxons, vers la source de la brume enchantée, inexorablement.

Roman élégiaque, située sur des contrées plongées dans la paix de Léthé, Le géant enfoui n'est pas totalement convainquant, certaines étapes du voyage du couple étant quelque peu obscures ou paraissant artificielles. La réflexion sur la mémoire et la haine semblant maladroite malgré la fin élégante. Une lecture pas totalement satisfaisante, mitigée, loin d'Auprès de moi toujours.