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Six nouvelles ou novella, liées entre elles de manière informelle, notamment par la figure de Ruby Castle, actrice de film d'horreur au destin torturé. Six nouvelles d'époques et d'ambiances différentes (Allemagne des années 30, URSS communiste uchronique, Angleterre contemporaine...), liées entre elles par une sensation d'étrangeté, un moment hors norme dont on ne sait s'il est réel ou fantasmé.

Six nouvelles avec des protagonistes confrontés à la perte d'un être cher, six personnages pas toujours glorieux (notamment dans La porte vers l'avenir).

Dans mon pays, tout le monde se souvient du 10 juillet 2029 comme de la date de la catastrophe spatiale de l'Anastasia.

Pour moi, cette date a une double signification, car c'est aussi le jour où ma grand-mère Sofie Pepusch a été tuée par son ex-mari dans la cité Lounatcharski. Ces deux événements n'étaient pas liés, bien que j'aie toujours eu l'impression qu'ils l'étaient. Chaque fois que la séquence filmée de l'Anastasia repassé à la télé, images si familières et si ancrées dans notre histoire qu'elles sont invariablement qualifiées d'iconiques, moi je sens l'odeur des crêpes brûlées, j'entends mon frère Nicky parler de meurtre et je vois mon grand-père Marius planté sur le seuil comme s'il sortait d'un film d'Ingmar Bergman. Tels sont les instantanés aléatoires du souvenir, impitoyables dans leur figuration brute d'événements affreux, et pourtant mystérieusement rassurants à présent dans leur immutabilité. Voilà comment c'était, disent-ils. Tu en fais ce que tu peux.

Les récits de Nina Allen marquent, même si le lien unissant ces textes dans ce recueil n'est pas forcément limpide. La démarche autour de Ruby Castle ne m'a pas convaincu mais la majorité des textes m'ont emportés, surtout La porte vers l'avenir, Poussières d'étoiles et Le Naufrage du Julian, novellas gigognes, pleines de faux semblants n'allant jamais vers là où on les attend. Un recueil sur l'étrange, fascinant, à lire et relire.