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"Cette proposition en semble pas t'enthousiasmer outre mesure, Tout-Ouïe, reprit le Doux Flûtiste. Je ne peux bien sûr pas te contraindre - toi seul prendras la décision. Tu peux aussi t'en retourner chez toi, même si ce n'est pas franchement ce que je te conseille. Ton père a probablement déjà entendu parler de tes vélléités de rendre justice à Barleboog, et je doute que cela lui ait passé l'envie de rugir. Car pour un peu bruyant qu'il soit à mon goût, il n'en est pas moins droit."

Fils du Grand Hurleur, le juge de Fraglund et de la fille du Doux Flutiste, Tout-Ouïe, l'année de ses dix-sept ans refuse de prendre les armes pour protéger son peuple d'un raid des Cavaliers Pillards. Préférant se cantonner au rôle de soigneur, il accompagnera les derniers instants d'Arni, d'un des Cavaliers-Pillards tombés sur le champ de bataille. Ce dernier lui remettra son étrange pierre avant de mourir. Reprenant à son compte la quête spirituelle qu'implique la pierre, il se met en quête de son grand-père mais en chemin tombe dans les rêts et les enchantements de la cruelle Gisa, qui règne par la terreur sur le bourg de Barleboog. Prince consorts de fait, Tout-Ouïe se laisser influencer et se rend coupable de jugements cruels et iniques. Refusant toutefois de tuer, il émerge de sa torpeur et se défait de l'emprise de Gisa. Il reprendra son périple jusque chez le Doux Flutiste en étant harcelé par Barlo, ex esclave de Gisa à qui il a fait trancher la langue... L'accueil de son grand-père sera quelque peu réservé et ce dernier lui montrera qu'une action d'éclat n'est pas suffisante pour racheter ses fautes. Il lui propose alors de cheminer en tant que serviteur de Barlo pour lui servir d'interprète et de valet...

Commence alors un cheminement initiatique tant pour Tout-Ouïe que pour Barlo qui les ramènera, trois ans plus tard, changés, à Barleboog. Au fil de leur pérégrinations, lors de rencontres mémorables et atypiques, Tout-Ouïe en apprendra plus sur le passé des individus qu'il a rencontré, leurs vies atypiques et les difficultés qui les attendent dans leur lutte contre Gisa.

"Vous faites une bien drôle de paire, dit le paysan. Vous chevauchez de conserve à travers le pays, gardez mes moutons, décimez une harde de loups, puis ton maître se révèle un flûtiste comme je n'en ai jamais entendu, excepté un - que tu ne connais probablement pas. Et en fin de compte, tu demeures incapable de me dire qui est réellement cet homme."

Narré comme un conte cette première partie du roman de Hans Bemmann se singularise par la mise en abîme régulière, le passé étant conservé et narré sous forme de conte dans cet univers. Par ailleurs l'absence de manichéisme : chacun portant sa part d'ombres et le chemin de la rédemption étant peu aisé, gomme tout aspect naïf que les premières pages laissaient présager.

Mon père me dévisagea froidement.

"Veux tu que cette sorcière et ses servants hirsutes nous asservissent à jamais ? " demanda-t-il

Il semblait à ce moment aussi distant et féroce que Barlo lorsqu'il confectionnait son arc.

"Tu sais que ce n'est pas ce que je souhaite. Mais si nous voulons vaincre ces créatures malignes, nous devons d'abord vaincre notre propre haine, et je ne laisserai pas Barlo oublier ce que la vie devrait être."

Faussement simpliste, La pierre et la flûte se révèle un roman riche, complexe et prenant, très agréable à lire. Un voyage hors des sentiers battus et un très bon moment.