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Dans les jours qui suivirent son dépouillement, Gifford décida d'accepter la vie qui lui avait été rendue sous l'aspect d'un litre d'eau dans un chapeau sale. D'honorer et de craindre la messagère, de suivre son enseignement, d'oublier sa propre histoire, de revenir au monde enfin, depuis le début.

La plaine américaine encore sauvage, aux abords d'un bourg se résumant à une poignée de boutiques en dur et un village de toile, des individus épars connaissent quelques aventures, se croisent, s'entraident ou s'affrontent avant de se diriger inexorablement vers la ville en devenir. Certains y cherchent l'oubli, d'autres amènent leurs espoirs et une poignée leurs ennuis...

Bird Boisverd marchait sur ses pieds depuis des jours et chacun de ses pas attisait son désir de vengeance. Il était affamé parce qu'il pensait qu'il était préférable d'économiser ses munitions dans les contrées hostiles. Et parce qu'il avait peur de tomber sur son ennemi les mains plus vides encore qu'il ne les lui avait laissées. Il s'était jurer de rattraper ce fils de pute et de lui montrer qu'il ne sert à rien de voler Bird Boisverd, qu'on le retrouvait toujours plus riche qu'on l'avait quitté. C'était ce qu'il voulait montrer au monde entier mais plus particulièrement à ceux qui s'ingéniaient à lui mettre des bâtons dans les roues et ce foutu voleur auquel il n'avait rien fait n'était que le dernier en date sur sa liste.

Une belle galerie de personnages variés, constituant un récit choral nerveux du fait des ellipses bien pensées et alternées avec des changements de points de vue. Tout ce petit monde évoluera au même rythme que les tribus indiennes Dakotas et Pawnees voisines, les uns prenant part au coup de mains rituels, d'autre au vols de chevaux massifs, des actions dont les répercussions résonneront tout au long du récit...

Une demi-heure auparavant, Elie était entré dans le bar en explosant les portes à coups de pied et en annonçant tout de suite la couleur, à savoir, qu'il n'avait rien à perdre et cent cinquante chevaux à jouer s'il y avait des amateurs. Il avait été enrôlé tout de suite par le gros Quibble qui aimait les imbéciles et Zeb lui avait souri si finement quand il avait pris place, qu'il en avait eu des frissons dans l'échine. Et maintenant, il gagnait. Et plus il gagnait, moins il avait envie de perdre, il fallait bien l'avouer.

Si l'affection que l'on ressent pour chaque membre de la communauté est indéniable, entre moments forts et éclats de rire, le récit ne sombre jamais dans le manichéisme, nous sommes toujours dans l'Ouest Sauvage, et à l'exception de quelques individus en quête de rédemption, la plupart des protagonistes sont des tueurs de sang froid, ne sourcillant pas devant les éclats ponctuels de violences qui émaillent le récit.

Sa paume droite venait juste d'entrer en contact avec la crosse de son pistoler sous sa chemise quand le coup de fusil lui défonça la cage thoracique. Brad vit un instant le bois au travers de son corps, qu'un rideau de sang occulta l'instant suivant. Il le regarda au visage et vit ses yeux encore vivants, la totalité de sa denture, le dernier feu de l'incisive et la nappe de la mort sur l'ensemble de ses traits.

L'homme creva avant de tomber.

Céline Minard s'approprie ici les codes du western et les recycle dans un magnifique récit sur la frontière : efficace, prenant, mémorable, une indéniable réussite et un excellent moment.

Ils m'ont donné envie de le lire : Nébal, la librairie Charybde.