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"Ultimement, nous apportons la lumière ; nous ne soumettons pas. Prenez garde à ne jamais perdre de vue cette différence. Ou bien vous terminerez comme ce centenier stupide trop heureux de se défouler sur un troupeau d'animaux sans défense. Nous ne venons pas faire ployer ces gens, nous faisons d'abord appel à leur raison. Toujours. C'est quand la raison est sourde que nous devons prendre la décision de les guider, et oui, par la force si nécessaire - mais c'est toujours pour leur bien, lieutenant. Pour leur bien. Me comprenez-vous ?

Retour sur le chemin de l'implacable empire d'Asreth (ou Asrethia selon les époques) lançés dans sa mission civilisatrice d'unification qui le temps passant prend de plus en plus l'aspect d'une croisade, notamment pour la troupe aveuglée par sa puissance de feu démesurée...

Au programme une novella et cinq nouvelles, toutes variées et bien différente de La Volonté du Dragon.

La Route de la conquête met en présence les forces d'Asreth à une peuplade de chasseurs cueilleurs isolés, étrangers à toute idée d'autorité ou de conflit armé de masse. Des primitifs vivant en symbiose avec leur environnement face à une armée prête à les exterminer à défaut de pouvoir les soumettre.

La généralissime promena le regard sur la salle, sur ces visages détendus, rieurs, sur les musiciens et les chanteurs qui avaient à présent entamé une mélodie plus joyeuse, encourageant les premiers danseurs de l'assistance à les rejoindre. Cette culture était figée, comprit-elle, dans un équilibre effectivement pérenne avec son environnement, garanti par les traditions, et ce depuis des siècles - peut-être même des millénaires. Isolée entre des montagnes arides et de la mer, seulement touchée par quelques échanges commerciaux avec les cités de l'ouest du Grand Sud, elle restait dans une large partie ignorante des évènements du monde. Aucune des guerres qui avaient secoué Evanégyre ne les avait touchés, ou tout au plus sous la forme de rumeurs, de légendes. Le temps ne s'écoulait pas dans l'Océan Vert, ou bien différemment : une simple horloge marquant le passage des générations, des lunes, et non celui, bien plus terrible et vertigineux, des guerres, des nations et des civilisations.

Une novella extrêmement bien mené illustrant bien la corruption qui s'installe et l'indifférence de l'ensemble de la machine impériale devant l'inéluctabilité d'un génocide... Un très bon moment.

La Fin de l'histoire reprend une thématique similaire mais à l'aube d'Asrethia, là point de conflit en vue mais la rencontre avec une culture qui avait intégré l'inexorable arrivée de l'empire steampunk et pris acte de la fin de sa culture. Efficace et glaçant.

Au-delà des murs et Bataille pour un souvenir, présente le point de vue des deux force en présence lors de l'affrontement traumatisant entre Asreth et le Hiéral. Le premier en mettant en scène la psychothérapie que suis un vétéran d'Asreth, une approche qui relativise la notion de barbare. La seconde en incarnant en scène les implacables guerriers-mémoires du Hiéral et le sacrifice requis par leur discipline occulte. Deux approches de la tragédie, la première complètement cynique et la seconde plus classique mais néanmoins touchante.

Le Guerrier au bord de la glace, fait un bond dans le temps et la technologie, aperçu de la chûte d'Asreth suite à une guerre civile. Sympathique sans plus.

Quelques grammes d'oubli sur la neige pose finalement la conclusion du cycle avec un récit sur la corruption du pouvoir dans un cadre de fantasy post-apocalyptique... Efficace, prenant et bien mené. Un bon moment.

En réunissant dans ce recueil, ces textes parus dans diverses anthologies, les éditions Critic donnent du corps à l'univers de Lionel Davoust. Loin de tout manichéisme, une approche de la fantasy rafraichissante par son originalité et surtout un très bon moment.