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Ayant vu le film, j'ai eu envie de relire le livre histoire de me rafraichir la mémoire et comparer les sensations. Premier constat, ce petit roman se laisse toujours dévorer aussi facilement.

- Et il y a des doutes en ce qui le concerne. Il est trop influençable. Il est trop enclin à s'abandonner à une volonté extérieure.

- Pas si cette volonté est celle d'un ennemi.

- Alors que devons-nous faire ? L'entourer continuellement d'ennemis .

- Sil le faut.

Andrew est le troisième enfant des Wiggin, dans ce futur où la démographie est sévèrement contrôlé son existence n'est du qu'à l'autorisation express des forces militaires. En effet ces dernières repèrent et recrutent des enfants géniaux ou simplement surdoués sur toute la planète pour en faire l'élite des officiers qui commanderont les forces devant lutter contres les extra-terrestres qui ont déjà attaqué deux fois par le passé. Des enfants soldats pour une guerre spatiale qui ressemblera à un jeu vidéo. Les deux premiers enfants des Wiggin sont géniaux mais Peter est un sociopathe de haute volée et Valentine pas assez impitoyable... Surveillé depuis sa naissance, Andrew, surnommé Ender, aurait le potentiel adéquat pour devenir l'élément clé du commandement de la flotte humaine.

- Ender Wiggin, s'il s'agissait seulement de choisir le meilleur avenir, le plus heureux, je te dirais de rester chez toi. De rester ici, de grandir et d'être heureux. Il y a des choses plus désagréables que la situation de Troisième, qu'un grand frère incapable de décider s'il doit être un être humain ou un chacal. L'Ecole de Guerre compte parmi ces choses plus difficiles. Mais nous avons besoin de toi.

Bien manipulé, Ender intègre l'Ecole de Guerre et découvre rapidement que le chaleureux Colonel Graff s'ingénie à dresser tout le monde contre lui puis une fois son potentiel révélé aux autres élèves à lui compliquer la vie constamment. Allant jusqu'à briser le concept de jeu compétitif qui permettait de transformer son contingent de gamins surdoués en enfants soldats bien disciplinés. La pression sur Ender s'accroîtra au-delà du supportable...

- Je sais, tu es ici depuis un an, tu crois que ces gens sont normaux. Eh bien, ils ne le sont pas. Nous ne le sommes pas. Je regarde la bibliothèque, je fais apparaître des livres sur mon bureau. Des vieux, parce qu'ils ne nous autorisent pas à avoir les nouveaux, mais j'ai une idée assez précise de ce que sont les enfants, et nous ne sommes pas des enfants. Les enfants peuvent se perdre, parfois, et personne ne s'en inquiète. Les enfants ne sont pas dans les armées, ils ne sont pas commandants, ils ne dirigent pas quarante gosses, c'est plus que ce qu l'on peut supporter sans devenir fou.

Isolé, hanté par sa propension à la violence et son éventuel ressemblance avec son ainé, Ender brillera de mille feux, devenant un meneur d'homme efficace, tirant le meilleur de son entourage. Mais le prix qu'il paiera sera lourd, son enfance, ses amis, la fatigue, le stress jusqu'au point de rupture, la haine de ceux qu'il a écarté de son chemin.  Une voie solitaire.

Roman efficace, mettant remarqueblement en scène l'instrumentalisation de son héros, La stratégie Ender est sans aucun doute le meilleur roman d'Orson Scott Card, et ce malgré son âge et son contexte de Guerre Froide un peu daté.  Les surprises et retournements sont nombreux et bien amenés, l'écueil de la SF militariste évité avec brio. Profondément humain, ce roman est un des incontournables de la SF de qualité.