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Lorsqu'ils entreraient dans la salle des cuves, celle qui occupait le coeur du Centre Darwin, il leur accorderait un instant de mutisme. Des rayonnages supplémentaires flanquaient la vaste pièce. Il y avait des centaines d'autres contenants, certains hauts jusqu'à la poitrine, d'autres comme un verre d'eau. Tous contenaient des faces d'animaux lugubres. C'était un décor linnéen, d'espèces clinant l'une vers l'autre, de corbeilles en acier, de poulies suspendues évoquant des lianes. mais personne n'en aurait conscience. Tout le monde contemplerait le grand caisson situé au centre de la salle.

C'était cela qui les attirait ici, cette énorme chose rosâtre. Tant pis pour son immobilité, pour les plaies ralenties de sa décomposition, pour les peaux mortes qui troublaient sa solution. Tant pis si ses yeux s'étaient racornis au point de disparaître et si son écheveau de membres se tordait en un arrachement apparent... Peu importe, ils venaient pour lui.

Il resterait suspendu là, tentaculé, sépia, phénomène physique énorme jusqu'à l'absurde.

Le calmar géant.

Billy Harrow, conservateur au Muséum d'Histoire Naturelle de Londres, partage avec ses collègues la corvée des visites guidées... Pensum allégé par la réaction face à la pièce maîtresse de l'établissement, un calmar géant conservé dans un immense récipient en verre.

Sauf que cette fois ci, point de calmar géant... A la surprise générale, le spécimen de huit mètres a disparu avec son contenant. Stupeur ! La police entre en scène avec à sa tête l'étrange trio incluant l'irrévérencieue Collingswood et Vardy, universitaire consultant spécialisé en sectes étranges.

Rapidement l'univers de Billy bascule et il découvre un autre Londres. Un Londres magique, hanté par un duo de tueurs implacables, où les concepts donnent lieu à magie. Un lieu secoué par une grève hors normes opposant les familiers magiques à la mafia bien décidée à briser cette grève. Et surtout un lieu où tout le monde veut s'assurer de la personne de Billy, soupçonné de détenir le secret de la disparition du calmar. Et nous voilà parti pour une succession d'enlèvements, sauvetages et interrogations sur la signification de ces évènements...

Malheureusement, la sauce ne prend pas, l'introduction dans le Londres baroque de Miéville étant peu efficace, les rebondissements peu palpitants et surtout l'impression que tout cela se tire abominablement en longueur, du fait de l'alternance fréquente des points de vue.

- Pourquoi on n'arrive pas à retrouver cette connerie de calmar, patron ? Qui est-ce qui l'a ? Ca devient débile, c'te histoire.

- Collingswood, si je le savais, je serais préfet de police.

Et c'est dommage car si les 350 pages premières pages finissent par paraître pénibles, tout ce redresse dans le dernier tiers avec la révélation des enjeux. Au final, le roman fournille d'idées brillantes mais mal amenées ou hélas simplement effleurées. La comparaison avec le Neverwhere de Neil Gaiman vient à l'esprit, mais si les idées de Miéville rivalisent avec celle de Gaiman il n'en est pas de même pour le sens du rythme. Une déception.