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Le brise-glace est gigantesque. Sa superficie n'est en rien à la mesure de son équipage. Nous ne sommes que quinze. Lui, c'est un monstre au pelage noir et jaune, à la vélocité de tunnelier des profondeurs. On peut facilement marcher des heures dans son ventre. On suit une enfilade de portes jaunes, closes, brillantes, brossées, écaillées. On se demande ce qu'on fait là... Et parfois, on se perd.

La glace, le froid, les mythes suédois, l'aliénation, tels sont les thèmes principaux de ce recueil, des ambiance oppressantes tant pour les héroïnes de luvan que pour le lecteur...

La vue était fabuleuse. La lumière ricochait de pierre en pierre, sans s'assouvir, et jusqu'à disparaïtre, dans un noir si profond qu'il aurait pu être un pelage de phoque. Plus loin, Gällivare s'étendait, dragon lumineux aux pieds baignés de somptueuses veines lactées. Les rivières de Lule et Râne.

Hypnotisée, Tove s'est alors dit qu'elle n'aurait jamais, jamais pu supporter de vivre ici.

Que ce soit la course d'un brise-glace après un navire en détresse insaisissable, la recherche d'une amie retournée à ses racines, une infirmière essayant de rattrapée une des ses patientes enfuie dans la montagne, une rencontre entre un artiste et une créature sylvestre, une enquête sur la disparition d'une princesse héritière, dans ces histoires (et quelques autres), on se retrouve vite seul dans le froid. La frontière entre le réel, le rêve et le délire devient floue...

Je crois que je suis nue.

Je sens, sous les feuille humides, les pierres acérées ou couvertes de mousses. Elles s'impriment dans ma chair. Leur cartographie douloureuse. Je n'ai pas vraiment froid. Ni la force de bouger la nuque pour vérifier.

Le vent est faible - je suis allongée dans un sous-bois : lumière orange, transpiration fauve d'arbres suintants de brume - et ma peau se couvre de frissons. Toute ma peau. C'est bien ça : je dois être nue.

Mes souvenirs sont confus, comme si on les avait zébrés à coups de gommes.

A travers les onze textes de ce recueil, on découvre peu à peu l'univers très particulier de luvan. La narration souvent cryptique peut surprendre, chaque nouvelle étant à aborder comme une énigme, un puzzle ou une mosaïque (surtout pour la dernière nouvelle Le rapt qui constitue la moitié du recueil)... Intriguant et dépaysant, Cru est une bonne surprise et se révèle un bon moment.

 

 

Une lecture dans le cadre du challenge "Je lis des nouvelles et des novellas".

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