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Dernier recueil de Thomas Day, réunissant six nouvelles, dont trois inédites, magnifiquement illustré tant en couverture qu'en ouverture de chaque nouvelle par Aurélien Police. A noter aussi, une conclusion par Yannick Rumpala des plus inspirés.

Mariposa ouvre le bal avec une ambiance intrigante, on part d'un récit sur la fin de vie de Magellan pour continuer avec une équipe archéologique japonaise à la fin des années trente puis un récit durant et après la Seconde Guerre Mondiale. Le tout tournant autour d'une île perdue du Pacifique et des particularités d'un représentant de sa flore : l'arbres aux papillons. Si l'ambiance est au rendez-vous, la fin tombe quelque peu à plat. On reste sur sa fin en regrettant de ne pas avoir quelques pages de plus à lire... Une petite déception.

Johnny m'a montré Oildale, près de Barkersfield, mais maintenant seulement je vois vraiment quelque chose au-delà de la terre noire de pétrole, huileuse et stérile. Ni un héritage du passé, ni un paysage de merdre (on met du crottin au pied des arbres pour qu'ils poussent mieux), Oildale c'est ici et maintenant, un champ d'entivie, la forme la moins élaborée de l'antimatière, à portée du premier connard venu.

Histoire coup de poing, dans la lignée de Womens in chains, avec Sept secondes pour devenir un aigle. Récit initiatique d'un jeune indien, sortie de sa réserve par un oncle enragé, militant écologique, à la pointe d'une lutte à mort avec les puissances du pétrole. Un cri rageur. Mais surtout une volonté lucide mais dérisoire d'arrêter en marche, le train des intérêts économiques ou à défaut de se préparer à l'inévitable après... Efficace, prenant et des plus convainquants


Sans aucun doute, Ethologie du Tigre est le meilleur texte du recueil, bien qu'il s'agisse d'une relecture en ce qui me concerne, la sombre magie de ce texte en trois actes fonctionne toujours. Mythe indien du tigre, en parallèle avec l'opposition d'un animal insaisissable à un projet immobilier au Cambodge, le tout avec une réflexion écologique introduite en douceur. Un texte amer et grandiose, passionnant du début à la fin. Une indéniable réussite.

Hommage à Stalker avec Shikata ga nai qui nous permet de suivre la vie d'un trio dans la zone d'interdiction de Fukushima, faisant de la récupération et de la revente un mode de vie. Efficace, prenant et crédible, un très bon moment.

Réalité virtuelle, temps du rêve et croisade pour une poignée d'aborigène australiens sont au programme de Tjukurpa. Un texte paisiblement impitoyable avec en figure de proue une héroïne n'ayant pas grand chose pour elle. Pas totalement, convainquant, on a du mal à adhérer à la narration alternée de cette nouvelle, qui ne fonctionne pas très bien et tombe elle aussi quelque peu à plat, donnant à l'ensemble une sensation un peu vaine, tout ça pour ça ?


- Ecoute-moi bien, Jasper, des tas de gens sont morts depuis le Jour Noir, c'est une tragédie. Lumière Noire a flingué trois ou quatre milliards de gens, directement ou indirectement. C'est un nombre que ni toi ni moi ne pouvons comprendre. Et peut-être parce que je n'arrive pas à comprendre ce nombre, à visualiser un charnier assez grand pour ces milliards de morts, je ne ressens pas la culpabilité du survivant. Je dors très bien la nuit. La vie continue, avec de nouvelles règles : la zone de survie à trois, pas de matériel électronique hors des zones radioactives. Pour les gamins comme toi, qui sont nés avec une 3DS gref
fés aux pouces, je comprends que ce soit dur, mais pour moi c'est comme avant ou presque. Et par bien des côtés, c'est mieux. 

Lumiène noire, conclu le recueil de manière magistrale, Thomas Day s'offrant ici une page de science fiction post-apocalyptique et post singularité. Le texte fonctionne toujours aussi bien, l'immersion est immédiate et les personnages attachants malgré le contexte effroyable. Le final grandiose ouvre une porte à l'optimisme et entraîne le lecteur vers de nouveaux horizons. Un sans faute et surtout un excellent moment.

Au final un recueil des plus convainquants, tant pour l'objet magnifiquement illustré que pour le contenu. Un excellent moment de lecture dont on aurait tort de se passer.

 

 

Une lecture dans le cadre du challenge "Je lis des nouvelles et des novellas".

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