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Anthologie hommage à La Terre Mourante de Jack Vance sous la direction de Gardner Dozois et George R.R. Martin, apparemment destiné à être publié sous nos latitudes en trois étapes (soit, par contre la taille de la police et la mise en page aérée me semble quelque peu abusive). Quoi qu'il en soit, cet ouvrage réunit du beau monde et ce premier volume commence fort. A noter que les nouvelles s'accompagnent d'un petit mot de la part des auteurs, hommage à Jack Vance des plus sympathiques.

 

A mesure que s'élevait le tas de butin, il tâchait de se calmer en acceptant l'argument de Kesztrel Tsaye : comme le soleil s'éteindrait bientôt, étouffant la Terre dans l'étreinte des ténèbres et ensevelissant le poète et ses possessions sous un linceul de glace épais de vingt marasangs, quel sens fallait-il trouver au fait que ces voleurs le dépouillent aujourd'hui de ces bagatelles ? Il les aurait perdues un jour prochain, de toute façon, qu'il ait ou non admis dans sa demeure ce trio de couards.

Mais cette espèce de sophistique ne lui apportait aucun réconfort.

Robert Silverberg ouvre le bal avec Le Cru véritable d'Erzuine Thale, un esthète passe du bon temps en attendant la fin du monde jusqu'au jour où il se fait surpendre par un trio de voleurs. Un personnage vancien parfaitement maîtrisé et un récit des plus agréables. Silverberg démontre son talent et sa parfaite compréhension de cet univers. Un sans faute, sympathique et jubilatoire.

Avec La Porte Copse, Terry Dowling met en scène un mage raté des plus sympathiques. Lancer dans une expédition archéologique au cours de laquelle il espère trouver un remède à ses problèmes, il se retrouve piéger avec deux de ses adversaires favoris dans un concours de magie... Plaisant mais il manque une petite touche d'ingéniosité au protagoniste pour emporter totalement l'adhésion.

Glen Cook se plante avec Le Bon Magicien, il utilise à son compte quelques magiciens de Vance en tant que personnages secondaires mais échoue à convaincre dans cette nouvelle affreusement linéaire. Dommage.

Byron Tetrick échoue de la même façon dans L'Université de Maugie, en tentant de réemployer à son compte le personnage le plus emblématique de Vance, dommage qu'on ne retrouve pas le caractère de ce dernier. Bof, bof.

Un jeune architecte, pourvu de quelques dons en magie, se retrouve piéger chez un seigneur local par les armées des deux potentats voisins, alliés pour l'occasion dans Abrizonde de Walter Jon Williams. Ce dernier s'empare de l'univers avec talent et la nouvelle est des plus réussites, riche en personnages hauts en couleurs roués, rebondissements et action. Une réussite et un des grands moments de ce recueil.

Lirianne se souvint d'une autre auberge, en d'autres temps. Un lieu modeste, mais accueillant avec de la sciure propre au sol et un chien endormi auprès de l'âtre. Le monde agonisait déjà à cette époque et les nuits étaient noire et pleines de dangers. Mais, derrière ces murs, il avait encore été possible de se retroiver en bonne compagnie, dans l'amitié et, même l'amour. Lirianne se souvenait des volailles tournant au-dessus des braises qui chantaient, de la manière dont la graisse s'en échappait pour raviver les flammes. Elle se rappelait la bière, brune et épaisse, aux arômes de houblon. Elle se remémora aussi une jeune fille, l'une des filles de l'aubergiste, aux yeux brillants et au sourire niais, qui était tombée amoureuse d'un mercenaire. Il était mort, aujourd'hui. Le pauvre. Quelle importance, au fond ? Le monde était presque mort, lui aussi.

George R. R. Martin démontre, encore une fois, son talent dans Une Nuit au Chalet du Lac. Un lieu sinistre, trois protagonistes (et autant de points de vue) très différents mais surtout une situation et une narration très malines qui brouillent les cartes de manière jubilatoire. Une appropriation efficace de l'univers, une grande réussite.

Enfin Jeff VanderMeer clos ce tome avec La Dernière Quête du mage Sarnod, en mettant en scène un mage tourmenté par son passé. Un texte bizarre, pas déplaisant mais pas totalement convainquant non plus.

Au final, une anthologie équilibrée qui mérite le détour pour les textes délivrés par les trois maîtres présents.

 

Une lecture dans le cadre du challenge "Je lis des nouvelles et des novellas".

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