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Il descendait à peine de l'avion. Et il avait traversé le monde parce qu'Uzumé avait disparu. Kidnappée. C'est dire s'il ne s'attendait pas à la retrouver ainsi, en dix mètre sur six, sur le mur de l'aéroport.


Coup de fil paniqué d'un ami expatrié au Japon, Achille apprend qu'une femme qu'il a aimée a été enlevée, on l'appelle à l'aide... Sans trop réfléchir, il plaque tout, prend un avion et débarque dans un Japon en proie à une pénurie énergétique croissante. Alors que tout les occidentaux fuient, il arrive...

Mais la plus grosse surprise viendra de ses premières découvertes, aperçu lors d'un reportage sur une chaine nationale, Uzumé son ancien amour lui apparait libre comme l'air... Par contre son ami Francis est mort.

A l'heure de la France, c'était encore l'après-midi. Achille regardait Francis, ou plutôt le bord de  son cercueil au ras du sol, derrière les volutes de l'encens. A le deviner ainsi, sans le voir, Francis ressemblait à un Japonais. Sa femme endeuillée, sa belle-famille d'Osaka, son enfant effrayé du grand nez des étrangers.

C'est ce qu'il avait toujours voulu, Francis. Devenir japonais...

Et aujourd'hui, son portrait peint dans un autel de bois laqué.

Voilà où ça l'avait mené.

Mais Achille veut comprendre et surtout retrouver Uzumé et peut être effacer les plaies du passé. Malheureusement ses tentatives pour la rencontrer échouent et le dépouillent le de majeur partie de ses biens... Contraint de rester, il se fait héberger par une jeune femme qu'il a aidée à l'aéroport... Karma, le voilà pris complètement dans l'intrigue qui oppose deux factions occultes dans ce Japon agonisant... Chaque rencontre, l'immerge plus complètement dans un conflit dont les tenants et les aboutissants le dépasse. Voulant comprendre, raisonnant toujours à partir de son point de vue d'occidental, Achille évolue comme un chien dans un jeu de quilles, bouleversant des équilibres ou en créant d'autres. Toujours à mi chemin de la révélation finale...

Passé la grande avenue, vide de voitures, Achille s'enfonça dans le quadrillage des ruelles du quartier de Ginza. Autrefois, ces rues abritaient le luxe de Tôkyô. Les grands couturiers, la porcelaine, les bijoux et les montres pour millionnaires. Autrefois, c'était seulement la semaine dernière quand il faisait encore jour à cette heure de l'après-midi.

Fatigué de courir, Achille marchait à grand pas. Il enfilait les rues noires, les alignements de rideaux baissés. Quel jour était-on ? Le milieu de la semaine, certainement.

Il était seul, à perte de vue...

Alors ça y est...

En quelques jours seulement, il avait vu mourir le Japon.

Avec élégance, Jean-Philippe Depotte joue avec la mythologie du Japon... Narrant un de ses épisodes dans un contexte moderne, la nature des divinités n'a pas changé, elles se sont juste adaptées au Japon moderne (à la façon d'American Gods de Gaiman ou du Pompoko de Takahata). Fantasy légère au service d'une ambiance réussie, si le personnage d'Achille, coincé dans sa propre allégorie n'est pas le plus attachant, les figures secondaires le sont plus comme l'otaku Ken ou cette insaisissable renarde. Un roman bien mené, accessible, à la trame et au symbolisme riches et intéressants, sans doute le meilleur roman de l'auteur à ce jour. Un excellent moment.

Ce que l'on est ne compte pas. Seul importe le rôle que l'on joue.

 

L'avis de Cyrille.