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Babylone, au cours d'un banquet Alexandre le Grand s'effondre, abattu par la fièvre. Tandis qu'il agonise ses proches se réunissent, s'inquiètent, commencent à penser à l'après... Généraux, garde du corps et surtout Dryptéis, fille cadette de Darius, sortie de son exil volontaire. Echaudée par ses précédentes expériences avec l'Empire, elle se sépare de son jeune fils. Une décision dictée par la prudence mais qui ne cessera de la hanter tandis qu'on l'entraîne au chevet du souverain.

Moi, Dryptéis, reine des vaincus, je demande au silence qui m'entoure : vers quoi vais-je aller maintenant ?... J'ai perdu mon père, mon trône, mes palais. J'ai été chassée de l'éternité du pouvoir par des hordes de cavaliers qui mangeaient la terre avec joie. J'ai pleuré sur les pierres de nos villes saccagées, puis les vainqueurs m'ont relevée et m'ont faite reine à nouveau, femme d'Héphaistion. Ils m'ont regardée avec admiration. De mon ventre devaient naître les enfants d'un nouvel empire. De mon ventre et de celui de mes soeurs, devait naître le rêve d'Alexandre. Mais la mort m'a enlevé Héphaistion et je ne suis plus rien. Pourquoi l'Empire me rappelle-t-il ? Je ne veux plus du monde. Pourquoi ne m'oublie-t-il pas ?

C'est à Babylone que commencera le dernier acte de l'Empire quand, alors que tous les acteurs sont réunis, Alexandre finira par succomber.

Dryptéis se tient dans un coin de la chambre mais elle s'éclipse maintenant. Les généraux, eux aussi, quittent la pièce. Il est temps de laisser la mort entrer : qu'elle le soupèse, l'examine et voie si elle veut de lui ou pas. C'est pour qu'elle le contemple, le lèche, le renifle en espérant peut-être qu'il ait encore la force de la chasser du pied ou, pourquoi pas, de lui faire peur ?... Plus personne ne doit entrer. Alexandre et la mort vont rester face à face pour se jauger. Tout le monde quitte la salle, tête basse, sidéré de voir qu'un homme peut conserver, à l'instant de mourir, avec une telle force, le plein éclat du vivant.

La mort précipite les évènements, Dryptéis découvre avec horreur qu'elle avait encore quelque chose à perdre. Suivant les conseils de son époux défunt, elle s'accroche à la dépouille d'Alexandre pour survivre, en intégrant la procession de pleureuses. La guerre des diadogues commencent, tout devient symbole de succession : la bague royale puis bientôt la dépouille d'Alexandre pour laquelle on se battra.

Les affrontements vont se multiplier. C'est la guerre qui vient et elle sera furieuse. Tarkilias le sait. Il devrait revenir sur ses pas, lui aussi, retourner à sa tente, se laver le visage du sang qui le souille, s'assommer de vin pour fêter la victoire ou pour l'oublier, se reposer en prévision des combats de demain - car il y en aura... - mais il ne fait rien de tout cela. Il continue à marcher au milieu des corps, laissant les autres s'éloigner du champ de bataille. Il le fait avec lenteur, enjambe les morts et contemple à ses pieds le désastre.

Une poignée d'individus réussiront à s'extraire de la tourmente pour rendrr un ultime hommage au défunt, accomplissant l'un de ses voeux, de manière posthume mais grandiose.

Ce court roman de Laurent Gaudé est une bonne surprise, le style est fluide et le texte très agréable à lire. La narration assez elliptique, fait une grande place aux réminiscences. L'ambiance assez amère et onirique verse peu à peu dans une fantasy légère avec l'importance croissante prise par quelques spectres. Un récit crépusculaire, théâtral, porteur d'une forme d'enchantement, et surtout un bon moment.