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L'homme a atteint les étoiles pour découvrir qu'il n'y était pas seul et que la barrière de la relativité s'impose à tous...

Etablir sa domination - voire une simple présence - dans l'infini effrayant de la Nuit ne semblait possible que du point de vue, provincial et étriqué, de celui qui se trouve au fond d'un puits gravitationnel. Dès qu'on se retrouvait parmi les étoiles, on avait vite fait de déchanter.

Aucune race n'avait réussi à maîtriser distances, et elles s'étaient donc efforcées de maîtriser le temps. Et c'est là que l'humanité avait fini par trouver une petite niche dans l'obscurité chaotique et bondée de l'univers. Les Enye et les Turu constatèrent que l'humanité avait provoqué de graves dommages à son propre environnement, qu'elle présentait une aptitude affirmée au changement et à la domination, et une capacité clairement restreinte à en prévoir les conséquences, l'ensemble constituant à leur sens une vertu plutôt qu'un vice. Les vastes intelligences institutionnelles, humaines et aliens, élaborèrent un accord dont la mise en oeuvre, aussi lente qu'un glacier, s'étalerait sur des générations. On installerait des humains sur les planètes inhabitées, indomptables, déplaisantes et dangereuses, dotées d'une flore sauvage et d'une faune inconnue. Durant les lentes décennies, voire les siècles, qui seraient nécessaires pour dompter, briser, domestiquer les merveilles et les menaces que l'évolution avait placées là, les Enye d'Argent, les Cian, les Turu, ou l'une des grandes races de passage accompliraient la même fonction que les vaisseaux commerciaux des temps jadis, quand l'humanité migrait depuis les petites îles et les collines insignifiantes de la Terre.

Sur São Paulo, jeune colonie humaine à dominante brésilienne et mexicaine, Ramon commet l'irréparable un soir de cuite. Un importun ennuie une jeune femme dans un bar : saoul il s'interpose et éventre proprement son adversaire. Seul inconvénient, la victime était l'ambassadeur de la colonie Europa... Le gouverneur et la police vont être sur les dents. Ramon prend son véhicule et son nécessaire de prospection puis file se perdre dans les espaces sauvages de São Paulo, le temps que tout se tasse.

Malheureusement pour lui, il fait la découverte du siècle, une base abritant une race inconnue d'extra-terrestres. Ces derniers comptent d'ailleurs bien rester inconnus... Son matériel est détruit et lui même soumis brutalement, enrôlé dans la traque d'un autre humain.

- Comment pourrais-je le retrouver si vous n'en avez pas été capables ?

- Vous êtes homme. Vous êtes semblable. Vous le trouverez.

- A l'heure qu'il est, il peut être n'importe où ! protesta Ramon.

- Où vous iriez et où il irait, c'est pareil. Vous irez où il est allé, et vous le trouverez.


Enchaîné à un chasseur, Ramon devra donc jouer les limiers, de mauvaise grâce, bien décidé à laisser une chance à celui qui devrait être un flic lancé sur ses traces...

Il n'y avait plus de questions, plus d'exigences obscures. Quand finalement son corps se fit lourd, il entra dans l'abri grossier construit par le flic, posa la tête sur ses bras repliés en berceau et se laissa emporter, toujours à moitié conscient de la proximité du regard de la chose.

Qu'elle le regarde donc. Toute heure passée ici était une chance de plus pour l'étranger qui, de traqueur de Ramon, était devenu sa proie. L'homme dont les aliens n'avaient pas fait une marionnette. Qui n'avait pas tué l'Européan.

Celui qui était encore libre.

Récit d'une traque et pour Ramon de la découverte de soi, de sa proie et de son improbable partenaire...  Un cheminement agréable, de pauvre type vers celui d'individu un peu plus équilibré. Son côté dur à cuire donne un bon rythme au texte, à la première occasion on sait qu'il tentera de prendre la tangente ou de se retourner contre son geôlier. Un court récit sympathique, une série B honnête et bien menée. Un bon divertissement sans prétentions.