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Première anthologie de l'association Dystopia Workshop, ce recueil est une excellente vitrine de l'activité de l'association à ce jour.

Lisa Tuttle ouvre le bal avec Le vieux M. Boudreaux. Une femme retourne sur les lieux de son enfance à l'occasion d'un deuil et de la prise en charge de son étrange héritage. L'ambiance de ce retour aux sources est parfaite, entre nostalgie et regard adulte sur des souvenirs. N'en reste pas moins qu'il faut en terminer et la fin quelque peu abrupte est assez frustrante. Belle ambiance quelque peu gâchée par cette fin hâtive.

Tout était pétri d'irréalité. Même la trotteuse ne trottait plus de la même façon. Elle devenait un mensonge sodomite. Elle faisait semblant d'égrener des petites quantités qui n'avaient rien à voir avec le temps. Les horloges nous enculaient, c'est tout.

Jean-Marc Agrati dynamite le conte éponyme dans Blanche-Neige, en le transposant dans le quotidien grisâtre d'un guichetier de banque. Goût de la provocation, regard critique sur le quotidien et surtout sens de la formule. Une réussite très amusante.

- Ignorez donc ces visages. La Loreleï use de son chant pour attirer les bateliers dans les eaux du Rhin. Ici, les sirènes soulèvent des rideaux et présentent des visages si aimables qu'ils enchantent les jeunes voyageurs de passage sans rien révéler des dangers qu'ils encourent.

Coups de pistolet dans la forêt d'Yves et Ada Rémy, nous plonge dans l'Allemagne du XIXeme siècle. Un jeune homme dilettante s'amourache d'une jeune femme aperçu à une fenêtre. Il lui propose ouvertement de l'enlever, sans lui avoir adresser la parole... La nuit précédant la mise en oeuvre de son projet sera une intrication de cauchemars... Superbe texte, très prenant.

J'écris ces lignes par un triste jour d'automne. D'énormes colonnes de nuages orageux, entraînées par un vent d'ouest, passent au-dessus de Scarfell Cottage. J'ai même été obligé d'allumer une lampe. Je suis transi jusqu'aux os. L'impressionnante falaise accidentée m'entoure et le roncier solitaire - encore plus noir que l'obscurité - semble se pencher vers moi à travers les petites fenêtres à armature de plomb qui laissent apparaïtre sa forme sinistre. Cet arbre a connu l'éternité. J'ai l'impression qu'il m'a vu tirer un grand enseignement du comportement d'Achille et de son sens incertain de la magie ancienne.

Ensuite vient le texte le plus long, L'arbre aux épines de Robert Holdstock & Garry Kilworth. La fascination d'Holdstock pour la forêt transparait dans ce texte mais le sujet n'a rien à voir avec les mythagos. Il s'agit ici de la quête d'un secret antique enfoui dans des ruines sumériennes et nombre de mythes, de Gilgamesh aux évangiles en passant par l'Iliade. Un récit passionnant avec une chute aussi élégante que réussie.

Etrange texte, quasi élégiaque, que ce Journal anticipé d'un écrivain mythomane de Jacques Mucchielli. Récit imaginaire de sa rencontre avec Léo Henry, du succès de leur collaboration, du temps qui passe, de leur rupture et finalement de leur fin sous forme d'affrontement. Un dernier hommage non dénué d'humour, écrit de manière anticipé, sympathique.

Le livre se termine ensuite avec la transcription d'un entretien avec Léo Henry, Jacques Mucchielli et Stéphane Perger. Immersion dans la genèse de Yama Loka Terminus et Bara Yogoï. Enfin vient un extrait de Sur le fleuve, dommage qu'il ne soit disponible qu'en numérique car ces premier chapitres sont très accrocheurs.

Au final, une anthologie réussie, seul la fin du texte de Lisa Tuttle déçoit un peu mais cela n'a rien de rédibitoire. Un excellent moment.

 

Une lecture dans le cadre du challenge "Je lis des nouvelles et des novellas".

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