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Les corbeaux ! Toujours les corbeaux. Ils se posèrent sur les pignons de l'église avant même que les blessés soient devenus les morts. Avant même que Ric ait fini de séparer les doigts des mains et les bagues des doigts. Je m'adossai contre le poteau du gibet et adressai un signe de tête aux oiseaux dont une dizaine, l'oeil avisé, aux aguets, formaient une ligne noire.


Un empire éclaté depuis longtemps, des lignées de nobles qui s'affrontent... Une embuscade et un gamin de dix ans se retrouve traumatisé, endurcit, littéralement changé tant dans sa chair que son âme. Quatre ans plus tard Jorg est à la tête d'une bande bandits de grand chemin. Un chef impitoyable, suffisament agile pour survivre aux brutes qui l'entourent, et hésitant rarement à faire quelques purges dans son équipe.

Elles m'ont permis de comprendre ce que tous ces messieurs sinistres et sérieux qui ont combattu pendant la Guerre des Cent n'ont pas encore assimilé. Vous ne pouvez remporter le jeu que si vous comprenez que c'en est un. Prenez un joueur d'échecs, dites-liui que chaque pion est un de ses amis. Incitez-le à penser que les deux fous sont sacrés. A ce souvenir des jours heureux passés à l'ombre de ses tours. A aimer sa reine. Voyez comme il les perdra tous.

Froid, cynique, Jorg joue continuellement son existence sur un coup de dés, tentant l'impossible, se mesurant systématiquement à plus fort et plus nombreux que lui. Sentant qu'on veut le tenir à l'écart de sa contrée natale, il force le destin en rentrant au bercail. Sans pour autant déterminer qui est ce "on". L'occasion de revoir ses ambitions à la hausse.

Un empire morcelé en une centaine de fragments qui s'en prenaient les uns aux autres, dans un cycle interminable d'escarmouches, de vendettas, d'échaufourrées ; des royaumes qui se développaient, s'étiolaient avant de se développer à nouveau, en proie à un conflit qui durait depuis des générations entières, et rien ne changeait. C'était à moi d'apporter le changement, de mettre un terme à ça, de gagner.

Bien que cet univers médiéval soit à peine esquissé, on devine quelques éléments post-apocalyptique mêlés à une magie discrète. Bien qu'improbable, l'alchimie fonctionne. Nécromants cruels, sorciers s'emparant des rêves, cotoyant les places fortes en béton armé sans qu'on se pose trop de question. Du côté de Jorg, sa violence mais surtout sa maturité extrêmement précoce passent aussi grâce à une pirouette narrative.

Nerveuse, faisant une bonne place à l'action, la narration, ponctuée de flashbacks, est assez prenante. Le roman se lit tout seul, rapidement mais cela est sans doute aussi dû à la taille de la police de caractère et à la mise en page assez aérée.

Après mon entrevue avec Sagien dans la cour Ouest, j'avais besoin d'un soupçon d'Eglise de Roma, d'une bouffée d'encens, d'une bonne rasade de dogme. Les incroyants possédaient apparemment beaucoup de pouvoirs, alors il m'aurait semblé normal que l'Eglie soit en mesure de conférer un peu de magie aux fidèles méritants et, on pouvait l'espérer, aux mauvais croyants qui prenaient la peine de montrer le bout de leur nez. Si tel n'était pas le cas, j'avais de toute façon besoin d'un prêtre.

Au final, bien que générant des sensations déjà-vu, tant au niveau du contexte politique, que de la moralité du protagoniste, ce roman est une lecture agréable, distrayante à défaut d'être incontournable ou mémorable.

Les avis de Gromovar et SBM.