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Dans la lumière du soleil, ils se paraient de rayons d'argent. Les fidèles se massaient derrière elle : prêtres et prêtresses de la Triple Déesse, mais aussi pieux individus venus prier pour le salut d'un sestier dans lequel ils n'avaient jamais mis les pieds et, plus rares, quelques habitants du quartier.

Là, se trouvaient les dernières masures, construites en planches de bois mal ajustées, à peine protégées par des toiles pourrissantes. Là, vivaient les plus humbles citoyens de Cribella : plongeurs, mendiants et petits pêcheurs s'entassaient dans des cahutes insalubres. Les réfugiés de Matricia, fuyant l'étrange peste qui ravageait leur île, avaient également trouvé asile en ces lieux de misère. Ou plutôt : on les y avait groupés, en attendant que soit écarté tout risque de contagion. Cela durait depuis la fin de l'automne : ils ne semblaient pas plus mal en point que les miséreux d'Hypotie, mais nul n'avait jugé utile de mettre fin à cette quarantaine.

A Cytheriae, île de l'archipel des Numidées, la renaissance se fait plus sentir qu'à Arachnae. Cribella, sa capitale, cité lacustre, héberge outre les opéras et théâtres quelques journaux. Feuilles à sensation qui n'hésitent pas à dénoncer l'indolence du pouvoir vieillissant et son autisme quant aux problèmes qui frappent la cité : les réfugiés de Matricia sont toujours tenu à l'écart, des créatures étranges et dangereuses hantent les canaux de la cité, une vague de suicide se manifeste dans le quartier de Métida...

Nola, écrivain public de ce quartier, connaissait plusieurs victimes et tente de continuer à mener sa profession d'écrivain public. Une tâche rendue difficile par les demandes de miliciens pourris désirant se débarrasser de leur officier, d'un soupirant jaloux et manipulateur, d'un client étrange et surtout l'attention du frère de la reine, le demi démon enfermée dans un dédale, allégorie du minotaure.

Celui ci a réussi à faire sortir ses mémoires de sa prison et les faire remettre à la jeune femme. La lecture se révèlera fascinante tant pour elle que pour son amant, l'ex nécromancien Angelo. Ce dernier sens que quelque chose ne va pas en ville et enquête sur les suicides. Les mémoires du démon pourraient en être la clé.

- Animer des cadavres, contrôler des spectres. Certains le peuvent. Mais faire revenir de cette façon un défunt ? Renouveler ses chairs, lier son âme à son corps. Il faut autre chose. C'est l'affaire de miracles... ou de pactes. Mais, Fosca, nul démon n'est à l'oeuvre, ici. Il s'agit d'un mal bien plus puissant - et bien plus ancien. Un mal qui se repaït de folie, de souffrance, de désespoir. Un mal qui a détruit les âmes, se repand sous de multiples formes et a trouvé en Dandolo un instrument parfait.

- La Bête ?

- Non. La Bête est son adversaire le plus terrible. Mais ses jours sont comptés : combien de temps, à votre avis, faudra-t-il à la Moravia et à ses Moires pour céder à la colère du peuple et la lui livrer ?

Malheureusement, les jalousies tant au sein de la police que dans l'entourage de la jeune femme compliqueront la tâche du couple...

Avec Cytheriae, Charlotte Bousquet peint avec succès une atmosphère pesante de spleen. Tout semble aller plus mal, inexorablement, emporté par l'inertie. L'ambiance est moins noire que dans Arachnae mais plus sclérosée. Les problèmes sont moins importants, les morts moins nombreux mais personne n'agît de manière efficace. Presque tout le monde se laisse guidé par ses préjugés et rancoeurs personnelles.

La galerie de personnages est trop fournie pour maintenir la tension, le récit tourne au roman choral et certains intervenants n'ont pas grand intérêt (comme le condamné dans sa cellule). De fait la torpeur et la lente dégradation de la situation devient pesante, l'enquête relève plus d'un roman d'Agatha Christie que d'un roman noir et c'est avec détachement que l'on assiste aux nouvelles morts...

Déprime et poésie, l'ambiance est réussie mais, desservie par la narration qui accroche moins, ne parvient pas à emporter l'adhésion, on s'ennuie un petit peu. Moins prenant qu'Arachnae, Cytheriae ne convainc pas totalement. Une petite déception.

 

L'avis de Gromovar.