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Et nous voici désormais dans les eaux brumeuses et sombres de ce petit roman qui parait être l'assemblage de trois nouvelles sans véritables liens autre que l'oubli qui tombe sur Elric et la constante maritime de l'introduction...

 

Le Navigateur sur les mers du destin (1976)


Dans Cap sur l'avenir, traqué, Elric trouve refuge en bord de mer. Alors qu'il se laisse aller peu à peu, un navire surgit des brumes. Il embarque et découvre à bord outre le mystérieux capitaine aveugle, une assemblée d'hommes d'armes dont Erekosë, Corum et Hawkmoon.  Le maître de bord souhaite que la troupe monte à l'assaut de deux sorciers venus d'un autre multivers et détruisent leur forteresse respective.

Moorcock dans ses oeuvres : multivers et héros éternel... Salle, monstre, obstacle, baston... A part pour l'ambiance initiale sur le navire, ce premier récit n'est vraiement pas terrible. Sans grand intérêt, d'autant plus que l'on trouve ce récit rédigé avec d'autres points de vue dans les cycles propres de Corum et Hawkmoon.

 

Dans Cap sur le présent, Elric débarque du précédent navire sur une côte désertique et visiblement pas dans son univers. En affrontant des ruffians de diverses époques de son propre monde, Elric rencontre Smiorgan Tête-Chauve, un armateur des Jeunes Royaumes avec qui il sympathise. Alors que les deux hommes errent sur ce qui se révèle être un îlot perdu, une femme apeurée se place sous leur protection, tandis qu'un étrange cheval sans cavalier les suit à distance...
Les enjeux deviennent plus clair quand entre en scène, un noble melnibonéen, sorcier légendaire, disparu longtemps avant l'ère d'Elric, et surtout protagoniste dément d'un tragique triangle amoureux. Les deux melnibonéens ne souhaitent pas s'affronter mais chacun détient quelque chose que l'autre désire : Elric a offert sa protection à la jeune femme tandis que le sorcier détient la clé pour sortir de ce monde étrange...

Avec son dénouement à la façon d'un conte, ce récit est assez sympathique malgré le décors quelque peu minimaliste. On ne s'ennuie pas.

 

Enfin, dans Cap sur le passé, Elric et Smiorgan sont recueillis en mer par le Duc Avan, un aventurier renommé qui désire explorer un continent perdu, berceau du peuple qui dont descendent les melnibonéens. Un lieu mythique censé avoir abrité une réunion des dieux du Chaos et la Loi, marqué par une gigantesque statue de jade et résidence d'un homme maudit, condamné à l'éternité pour avoir défier les dieux.

- Mes motifs sont clairs, reprit Smiorgan, mais les vôtres sont loin d'être aussi simples : vous semblez désirer le danger comme d'autres désirent boire ou faire l'amour - comme si dans le danger vous trouviez l'oubli.

- N'est-ce pas le cas chez beaucoup de soldats de métier ?

- Vous n'êtes pas un simple soldat de métier, Elric, et vous le savez aussi bien que moi.

- Et pourtant, peu des dangers que j'ai affronté m'ont aidé à oublier, fit remarquer Elric. Ils ont plutôt avivé le souvenir de ce que je suis, du dilemne auquel je suis confronté : le combat entre mes propres instincts et les traditions de ma race.

Elric doute mais se laisse entraîner par l'enthousiasme du Duc Avan, l'aventure qui s'ensuit n'a rien d'exceptionnelle. Périple dans la jungle avec disparition progressive de l'équipage puis rencontre avec un mythe avant l'inévitable...

L'ensemble n'a rien de bien captivant, le récit est assez mécanique, passé les introspections d'Elric, d'autant plus que la fin est assez frustrante pour ce dernier. Un thème qui deviendra d'ailleurs récurrent dans d'autres aventures de ce genre.

 

Au final, Le Navigateur sur les mers du destin peine à convaincre, tant par la médiocrité du récit initial que la brièveté des textes. Vite lu et vite oublié. On peut sans problème faire l'impasse sur ce récit sans sensation de manque. Une déception lors de ma première lecture qui se confirme avec cette relecture.