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Avec ce roman tardif et plus abouti que la plupart des romans du cycle, Moorcock provoque une grosse incohérence temporel avec Le Navigateur sur les mers du destin. En effet, celui est censé prendre place une poignée de mois avec Elric des Dragons sans grande aventure ou épopée depuis le premier tome. Or non seulement La Forteresse de la Perle est une grande aventure mémorable (si ce n'est pas la plus marquante du cycle) mais son petit texte d'introduction fait référence à d'autres aventures marquantes narrées en deux lignes. Ceci n'est pas un problème à la lecture de ce roman mais diminue encore le peu d'intérêt du médiocre Navigateur sur les mers du destin.

 

La Forteresse de la Perle  (1989)

Elric s'est échoué dans les sables de Quarzhasaat, cité enfouie au coeur du Désert des Soupirs que ses sorciers d'autrefois ont créés en voulant se protéger de Melniboné. Quarzhasaat n'a plus que du sable en guise d'empire mais dispose toujours des richesses datant du temps où sa gloire valait celle de Melniboné. A Quarzhasaat, l'eau est détenu par les puissants et a pour le commun la valeur de l'or dans lequel nage leurs nobles. Ces derniers, arrogants et décadents luttent aprement pour le pouvoir au sein de la cité, pouvoir qui ne s'étend pourtant guère plus loin que ses remparts...

Mais revenons à Elric, en quête d'herbes curatives pour survivre sans l'aide impie de Stormbringer, il a été vaincu par le désert. Recueilli par un gamin en quête de trésors, éventuellement révélés par le vent du désert, est mené dans une masure en ville. Il se meure et ses options se réduisent. Il veut vivre mais sans le recours à la folie meurtrière de son épée... En discutant de la nature de cette dernière avec le gamin, un quiproquo voit le jour, le gamin le prend pour un très rare voleur de songes et s'en va lui trouver un employeur. Ce dernier se révèle puissant et retord. Il enchaîne Elric à une drogue qui le soutiendra un temps avant de le tuer, en l'absence de l'antidote, s'empare du gamin, et impose à Elric de se mettre en quête de la Forteresse de la Perle afin d'en ramener le dit objet.

Elric se soumet pour un temps et se met en route vers les peuplades nomades voisines. En cours de route, il sera confronté aux sectes mercenaires de Quarzhasaat qui se liguent pour l'aider ou le stopper selon leurs commanditaires et surtout rencontrera Alnac, un véritable voleur de songes... L'occasion de sympathiser et de revenir sur les motivations d'Elric.

- J'ignore si c'est là ce à quoi j'aspire, messire voleur de songes, mais je me connais l'espoir d'un monde où les forts ne fondraient plus sur les faibles comme des insectes sans cervelle, où les plus grands accomplissements possibles ne seraient pas interdits aux mortels, où tous auraient droit à la dignité et ne seraient jamais victimes d'une poignée d'êtres qui les surpasseraient en puissance...

- En ce cas, vous ne servez pas les bons maîtres, Prince Elric. Car il n'est d'autre justice reconnue par les Ducs de l'Enfer que celle de leur propre existence, de leur domination inconstestée. Ils sont à cet égard comme des nouveau-nés. Et opposés à tous vos idéaux.

Elric sentit grandir en lui un certain trouble et ce fut d'une voix presque inaudible qu'il répondit :

- Mais ne peut-on avoir recours à de telles forces pour les défaire... ou du moins pour défier leur puisssance et rétablir la Balance.


Quoi qu'il en soit, Elric découvrira la nature de l'emploi des voleurs de songes et la malédiction vicieuse que les luttes de pouvoir Quarzhasaatites ont portées sur la jeune vierge, destinée à détenir la sagesse de tout ce peuple. Un peuple qui correspond tant aux aspirations du mélnibonéen qu'il décide de faire cause commune avec eux, malgré l'empoisonnement qui le tient. Malheureusement, la situation est désespérée, la perle et sa forteresse n'existent pas ailleurs que dans les délires avides des nobles corrompus de Quarzhasaat.

Alnac échouera à sauver la jeune fille, échec d'autant plus cruel qu'il précèdera de quelques jours l'arrivée d'Oone, voleuse de songes expérimentée et mentor d'Alnac. C'est en sa compagnie qu'Elric se lancera dans les rêves tourmentées de la jeune nomade. Une quête symbolique aux allures de psychothérapie, mais surtout une aventure sans le concours de Stormbringer... Au terme de celle ci, Elric règlera alors ses comptes à la manière de ses ancêtres...

Ils parleraient d'une créature au visage ivoirin vomie par l'Enfer et dont l'épée déverserait des flots de phosphorescence anormale, dont les yeux cramoisis flamboyaient de rage hideuse et qui semblait elle-même possédée par quelque puissance surnaturelle, qui pas plus que ses victimes n'en avait le contrôle. Une créature qui tuait sans pitié, sans distinction, sans cruauté. Qui tuait comme tuent les loups saisis par la démence. Et qui tuait en riant.

Ce rire jamais ne se tairait sur Quarzhasaat. Il était voué à rester dans le vent qui soufflait sans violence et sans cesse du Désert des Soupirs, dans le chant des fontaines, dans la claire et complexe cadence des marteaux que dinandiers et joailliers faisaient rebondir sur la pièce en cours de façonnage. Et pareillement demeurerait l'odeur du sang, liée au souvenir du massacre, de cette terrible coupe sombre qui avait laissé la cité sans Conseil et sans armée.

La Forteresse de la Perle est sans doute, le roman le plus élaboré du cycle. Michael Moorcock prend son temps pour présenter les deux peuples antagonistes : la noblesse simple des hommes du désert et la corruption de l'aristocratie citadine, fossile d'une autre époque. Plus de la moitié du roman se déroule avant que ne commance réellement la quête de la Perle et pourtant on ne s'ennuie pas un instant, action, intrigue et surtout ambiance étant présentes.

Excellent roman d'aventure, La Forteresse de la Perle est sans aucun doute le meilleur récit du cycle et là encore un classique de la fantasy.