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Et voici le début d'une série de chronique sur l'intégrale d'Elric... Héros mythique de la fantasy, Elric m'avait impressionné adolescent par son côté sombre, maudit et larmoyant. J'en gardais l'image d'un bad guy, force de constater qu'on est plutôt en face d'un héros moral, produit curieux d'une culture amorale. On est assez loin finalement des héros de Fritz Leiber, dans l'ensemble ses romans sont plutôt courts mais les artifices de narration sont assez redondants, ce qui entraine parfois une certaine lassitude à la lecture...

Dans l'avant propos, Michael Moorcock présente quelques unes de ses inspirations pour Elric et date sa première nouvelle de 1961. Le côté "rock n roll" est revendiqué, de même que l'écriture rapide, l'auteur ne se relit pas et écrit très rapidement, confessant de possible incohérence, d'autant plus que les romans n'ont pas été écrits dans l'ordre chronologique de la série.

Elric a acquis une grande dimension à travers nombre de médias mais garde les faveurs de son créateur... Et force de constater que cette affection se ressent dans les romans les plus récents, plus aboutis ou novateurs, que les aventures formatées du coeur du cycle.

Je passe sur la préface de Jacques Goimard qui m'a lassé à mi chemin et ne m'a pas semblé présenté grand intérêt.

 

Elric des Dragons (1972)

Un teint d'une pâleur mortelle. De longs cheveux d'une blancheur laiteuse, qui tombent plus bas que les épaules. Des yeux en amande, de tristes yeux couleur de rubis, dans un beau et long visage. Deux fines mains de cette même blancheur cadavérique, qui émergent des manches vagues d'une robe jaune pour reposer sur les bras d'un fauteuil en rubis massif.

Les yeux pourpres sont inquiets.

L'empire de Melniboné n'est plus que l'ombre de lui-même, se résumant à l'île où se trouve sa capitale, Imrryr. Son peuple n'est pas tout à fait humain, cruel et amoral par nature... Après dix mille ans d'hégémonie, le temps de la décadence est venue. Les Jeunes Royaumes humains gagnent en puissance et en audace.

Elric, l'empereur en place, est singulier par bien des aspects : frêle albinos, il ne se maintient en forme que grâce à l'usage raisonné de drogues... Par ailleurs, contrairement à son peuple, il est doté d'une conscience et d'une morale. Cette dernière lui jouera d'ailleurs des tours cruels.

Yyrkoon le cousin d'Elric est son exact opposé, puissant guerrier, presque aussi versé en sorcellerie que l'empereur, il incarne pleinement les valeurs traditionnelles de Melniboné. Profitant des hasards d'une bataille navale contre une expédition de pillards des Jeunes Royaumes, ainsi que de la faiblesse physique d'Elric suite au combat, il jetera son empereur par dessus bord...

Dans une passion extatique, presque aveugle, l'Empereur Yyrkoon, pénétra dans la tour. Il marqua une pause devant les grandes portes de la Salle du Trône. Il fit signe à ses serviteurs d'ouvrir les portes pour jouir du spectacle qui allait se dérouler devant ses yeux. Les murs, les bannières, les trophées, les galeries, tout cela était à lui. La Salle du Trône était vide, mais elle serait bientôt pleine de couleurs, de cérémonies et de divertissements dignes de Melniboné. Il y avait bien longtemps que l'odeur du sang n'avait pas rempli l'atmosphère de cette salle. Puis son regard se mit à gravir lentement les degrés du Trône de Rubis ; mais avant de parvenir au sommet, il entendit Dyvim Tvar suffoquer derrière lui. Il regarda alors vers le Trône de Rubis et frémit. Il n'en croyait pas ses yeux.


Aveuglé par sa soif de pouvoir, Yyrkoon a sous estimé Elric. Ce dernier bien décidé à lui offrir une fin digne de sa trahison et des traditions qu'il chérissait commet la même erreur... Commence alors une traque vengeresse et des actes de sorcellerie qui annonceront le tournant d'une nouvelle ère pour ce monde.

Genèse de la légende d'Elric, ce premier roman comprend la plupart des éléments qui constituent le mythe : rapports équivoques avec les puissances du Chaos, malédiction de l'épée noire Stormbringer, voyages dans d'autres dimensions... Quoi qu'il en soit, les débuts du Loup Blanc n'ont pas pris une ride et le roman fonctionne parfaitement. Un classique de la fantasy.

 

L'avis d'A.C de Haenne.