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L'humanité a frôlée la catastrophe, un gouvernement mondial a été instauré. Des tentatives pour rallier et coloniser d'autres colonies voient le jour. L'expédition du Leonora Christina est la dernière en date.

Vingt-cinq hommes et vingt-cinq femmes triés sur le volet, scientifiques et techniciens embarquent pour un voyage sans retour.

En effet, le mode de propulsion du Leonora Christina lui permet d'accéler constamment en consommant l'hydrogène se trouvant dans l'espace, au point d'approcher une fraction de la vitesse de la lumière exprimée par le facteur tau. Plus celui ci est réduit, plus le vaisseau file vite. La relativité entre alors en jeu, le temps passé à bord s'écoule moins vite que pour l'extérieur. Le voyage devrait durer dix ans pour l'équipage mais représente cinq fois plus de temps sur Terre.

- Donc, nous devons réduire notre facteur tau au maximum, quels que soient les risques encourus. Pas seulement pour raccourcir le voyage et le rendre plus supportable. Mais aussi parce que, sur le plan psychologique, il est vital pour nous que nous nous surpassions.

- Comment cela ?

- Vous ne voyez donc pas ? C'est notre façon de rendre coup pour coup à l'univers. Vogue la galère. Jouons notre va-tout. Fonçons à toute vapeur et au diable les torpilles. Si je leur présente les choses en ces termes, je suis sûr qu'ils se rallieront à moi. Du moins pour un temps.

Alors que le vaisseau spatial suit son cours, un incident se produit et les décéllérateurs sont mis hors service. Le vaisseau ne peut plus qu'accélérer... Couper les moteurs est hors de question vu qu'ils génèrent le champ de force magnétique qui les alimente en hydrogène mais surtout protège le vaisseau. Impossible de les arrêter sans courir le risque d'être pulvérisé par une collision avec des particules. Par ailleurs, il est impossible de procéder au réparation tant qu'ils fonctionnent du fait des radiations énormes qu'ils dégagent, même un drone n'y résisterait pas...

Commence alors un nouveau défi, trouver une solution à ce cauchemar et la volonté de vivre en attendant. Charles Reymont, simple responsable de la sécurité mais doté d'une volonté de vivre chevillée au corps, fera son possible pour maintenir la cohésion de l'équipage, quitte à s'en faire détester.

Freiwald frémit. Ses joues mal rasées s'empourprèrent. "Je suis un homme, dit-il. Pas un robot. Tôt ou tard, j'ai tendance à penser.

- Mon ami, crois-tu que nous aurions survécu aussi longtemps si les officiers de ce vaisseau avaient renoncé à penser ?

- C'est pas ce que je veux dire - vos mesures, vos calculs, vos corrections de trajectoire, l'amélioration de l'équipement et tout le toutim, j'en ai rien à cirer. C'est de l'instinct de survie, rien de plus. Un homard cherchant à sortir de la marmite n'aurait pas plus de dignité. Ce que je voudrais savoir c'est : pourquoi ? Qu'est-ce qu'on cherche à faire au juste ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Toi aussi, mon fils", murmura Reymont.

En s'essayant à la Hard SF, Poul Anderson fait ici la démonstration de son talent et de sa maîtrise des concepts scientifiques évoqués (maîtrise confirmée par la postface de Roland Lehoucq). Le ton d'ensemble est assez froid, les personnages n'étant pas énormément approfondis (trois ou quatre personnages seulement m'ont marqués), mais reste néanmoins plus accrocheur que celui de Stephen Baxter (cela dit je n'en ai lu qu'un). Pour ce qui est du vertige, Poul Anderson se place sans problème au côté de Baxter ou Greg Egan. Au rang des défauts mineurs, je dois reconnaitre avoir eu du mal avec la présentation assez directe du facteur tau, malgré tout essentielle au récit, et au résumé de la situation entre chaque ellipse. Quoi qu'il en soit Tau Zéro est un roman prenant, accrocheur et porteur d'images très fortes. Un bon moment.

 

Les avis du Traqueur Stellaire, de Lorhkan et Nébal.

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