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Elle aurait préféré le silence à la voix stridente du speaker. La totalité des habitants de NP était-elle devenue sourde ? Chaque jour, il débitait les mêmes sornettes : les conflits entre concessions rivales, les explosions de colère à Alabina, l'ingérence croissante de la milice, les pannes, les accidents, la mauvaise gestion des denrées alimentaires, le surpeuplement des villages, sans compter les incartades de plus en plus téméraires des Enfants de Gemma.

La colonie n'était pas prête pour des jours meilleurs. Il y a plus d'un siècle, la planète s'était avérée un paradis pour la recherche scientifique, rassemblant une foison d'esprits formidables et avides de découvertes. Mais, depuis une cinquantaine d'années terrestres, l'optimisme avait tourné vinaigre. Les gens avaient changé, se détournant peu à peu de la Voie, ainsi que l'appelait Kobalski. Irrémédiablement. Rien n'avait pu ni ne pourrait y faire quelque chose. Pas même le Grand Arc. Surtout pas le Grand Arc !

En arrivant sur Gemma, l'humanité a été confronté au Grand Arc, une structure étrange en orbite autour de la planète. Malgré une ruée scientifique, l'artefact conserve ses secrets depuis une centaine d'année. La planète a visiblement subit un bouleversement astronomique douze mille ans auparavant, malgré l'ère glaciaire qu'elle traverse, les humains s'y sont établis. L'exploitant sans vergogne, ni trop de préocupations écologiques. Quelque peu délaissée par la planète mère, le pouvoir sur place oscille entre deux factions, une autorité scientifique et la milice, dans l'indifférence des exploitations minières. Le groupe des Enfants de Gemma, des autonomistes écologistes se posent en challenger et bouc émissaire à tous les accidents étranges qui pullullent sur le glacier.

- Réfléchissez-y, insista-t-il. Une planète avec une atmosphère respirable, une gravité quasi équivalente à celle de notre berceau, deux étoiles décidées, pour l'heure, à se tenir à carreau et, à notre actif, une technologie de pointe au service de nos désirs. En dépit de mes propos provocateurs de tout à l'heure, tout devrait être parfait ici, malgré le froid, malgré la glace. Vous voyez un paradis, vous ? La Terre promise s'est muée en dépotoir, en gigantesque terrain de prospections. Et tout ça pour quoi ? Parce que nous vivons en pleine confusion. Le Grand Arc pèse sur nos consciences comme une malédiction, il nous empêche de fixer nos racines, de faire de cet endroit notre nouvelle patrie. Son mystère insondable est un supplice et un affront. En apparence, nous semblons l'avoir accepté, mais en vérité, nous crevons de trouille. Nous nous sentons menacés, inquiets. En sursis. Les Enfants de Gemma l'ont bien compris, au point de le notifier dans un article de leur manifeste ! S'affirmer en tant que nation gemmienne est une façon comme une autre d'endiguer les peurs liées à cette présence malvenue. Mais c'est une chimère, une méthode Coué qui ne fonctionnera qu'à courte échéance. L'angoisse finira par les rattraper. Sans une explication satisfaisante, le mythe gagnera en puissance et les ruminations reviendront à la charge. Pour quelle raison est-il là ? Pourquoi est-il abandonné ? Où ont disparu ses occupants ? Quel drame terrible s'est joué sur Gemma, il y a plus de douze mille ans ? Et, surtout, pourrait-il se reproduire ?

Bien que déstabilisée par des cauchemars depuis son arrivée dans le système, la brillante Ambre Pasquier a contribuée à la localisation de vestiges souterrains sous le glacier. Elle s'est vue confier la direction de l'équipe qui forera et explorera le site. Haziel Delaurier est un pilote à tout faire d'une équipe scientifique indépendante qui étudie un étrange phénomène physique sur le glacier, qui prendrait sa source en profondeur. Le chef de cette équipe, Stanilas, le charge d'infiltrer l'équipe de Pasquier et surtout de contacter cette dernière pour mettre en commun leur moyens. Kya une effroyable gamine, fille de Stanilas, qui oscille entre l'influence de Delaurier et de celle de Miguel, le chef des Enfants de Gemma, va faire ses propres découvertes dans une combe du glacier. Enfin un milliardaire vient de faire irruption dans le système, grâce à ses finances la milice se sent pousser des ailes et avances ses pions...

Laurence Suhner prend le temps pour poser son intrigue et les différents enjeux. Un démarrage lent pas inutile tant le niveau d'intrication de toutes ces intrigues et personnages va être élevé. Passé ce cap, avec la fin du forage, les évènements s'accélère et les ambiances changent au fil des pages qui se tournent rapidement : découverte scientifique d'un site extra-terrestre, coup d'état militaire, huit clos oppressant et final potentiellement apocalyptique. Premier tome de la trilogie Quantika, Vestiges s'avère un bon premier roman et moment, le seul point noir étant le fait que ce premier tome ne se suffit pas à lui même, arrivé à son terme on attend la suite !  Un auteur à suivre en espérant qu'elle transforme cet essai.

L'avis du Traqueur Stellaire.