img954

Quelque part en Europe de l'Est, non loin de la Turquie se trouve une cité état atypique. En un même lieu se trouve deux cités imbriquées : Beszel et Ul Qoma. Quelques zones sont propres à chaque ville mais pour le reste l'imbrication est anarchique, un immeuble peut être dans une ville et celui d'à côté dans l'autre, sans parler de portions se trouvant dans les deux. De cultures différentes, les habitants sont habitués à ne pas tenir compte des éléments de l'autre ville et de ses habitants dans les lieux tramés. Une mystérieuse autorité neutre est chargée de faire respecter la frontière entre les deux cités : la Rupture. Une puissance toujours aux aguets...

J'avais décroché l'examen bien des années auparavant : ma mention passable, expirée depuis longtemps, ornait un passeport caduc. Cette fois-ci, j'avais subi une orientation accélérée, deux jours. J'étais seul en compagnie des divers formateurs, des Ulqomans envoyés par leur ambassade à Beszel. Immersion en illitant, lecture de divers documents d'histoire ulqomane, géographie municipale, points clés des lois locales. Comme dans nos propres équivalents, le cours se consacrait pour l'essentiel à aider les Besz à franchir le cap potentiellement traumatique qui consistait à se retrouver pour de bon à Ul Qoma, à éviser tous nos alentours familiers où nous vivions le reste du temps, et à voir les immeubles proches que nous avions passé des décennies à ne surtout pas remarquer.

Tyador Borlù est un flic de Beszel, enquêtant sur la mort d'une jeune femme. Alors que l'enquête piétine dans les milieux extrêmistes réunificateur ou ultra nationaliste, un informateur appelle Borlù (rompant délibérement la séparation psychologique entre les deux cités) lui indiquant l'identité de la victime : une étudiante canadienne de l'université d'Ul Qoma. Les gouvernements des deux cités refusant d'impliquer la Rupture dans cette affaire, Borlù devra se rendre à Ul Qoma pour assister ses homologues dans leur enquête...

Polar dans un univers kafkaïen, ce roman de China Miéville est moins baroque que Perdido Street Station et surtout plus accessible. L'ambiance noire est bien rendue, de même que la différence entre les deux entités :  Beszel en récession et Ul Qoma en plein boom économique.  Un roman court, nerveux, qui fonctionne parfaitement. On accroche rapidement et pénètre très facilement dans cet univers aliénant et paranoïaque, voulu par la majorité des autochtones. Un très bon moment.

 

Il m'a donné envie de le lire : Nébal.

L'avis de Tibérix chez Gromovar.