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Desjardins n'était pas pathologiste. Il n'en avait pas besoin. Seules deux matières dans tout l'univers valaient la peine d'être connues : la thermodynamique et la théorie de l'information. Des cellules sanguines dans un vaisseau capillaire, des émeutiers dans la grand-rue, des voyageurs porteurs de nouveaux arbovirus en provenance de la Réserve amazonienne - la vie et ses effets de bord -, tout ça était en réalité la même chose. Il y avait juste une différence d'échelle et d'étiquette. Une fois qu'on avait compris cela, on n'avait pas à choisir entre épidémiologie et contrôle aérien. On pouvait faire les deux, immédiatement. On pouvait faire à peu près tout ce qu'on voulait.

Suite apocalyptique de Starfish, les cheminées Channer et l'installation géothermique ont été pulvérisés par l'ARE pour éradiquer les conditions permettant la subsistance du nanobe Béhémoth. Mesure radicale mais qui n'a pas été assez rapide pour empêcher Ken Lubin et Lenie Clarke de s'échapper, chacun de son côté. Par ailleurs, la défaillance initiale des IA biologiques contraint l'ARE a transmettre ses données aux autorités de gestion de crise afin de lutter plus efficacement contre la pandémie qui menace la biosphère. Seul soucis, Lenie Clarke commence à découvrir le traitement qu'on lui a infligé et semble déterminé à prendre sa revanche, consciemment ou non. Tout en ralliant ses terres natales, elle propage Béhémoth d'autant plus efficacement que les modifications faisant d'elle un rifteur lui permettent d'y résister. La traque est lancée mais le Maelstrom, version améliorée de l'internet, outil principale de traque et de communication des autorités est infectée par un petit virus opportuniste, surfant sur les priorités accordées au paquet contenant l'information "Lennie Clarke".

Il a pas mal grossi, depuis. Depuis l'époque où il ne faisait que 94 mégaoctets et était beaucoup plus bête. Il en pèse à présent 128, sans la moindre graisse. Pas de précieuse ressource gâchée en souvenirs nostalgiques, par exemple. Il ne se souvient pas de ses minuscules ancêtres à la millionième génération. Il ne se souvient de rien qui ne l'aide pas d'une manière ou d'une autre à survivre, suivant en cela son implacable empirisme minimal.

La configuration est essentielle. La survie est tout. Vénérer ses ancêtres ne sert à rien. Les stratagèmes des obsolètes ne sont qu'une perte de temps.

Et dans ce réseau où les principes de la génétique ont été appliquées aux programmes, le problème prend très vite une ampleur démesurée, communiquant vers la population, révélant des informations de plus en plus frappantes : l'intérêt devient une mode, le mode, un culte, virant au un réseau révolutionnaire protégeant Clarke, lui permettant de passer entre les mailles des filets... et Béhémoth se propage de plus en plus, provoquant la stérilisation par incinération de régions entières...

Tout en menant le récit de son thriller apocalyptique, Peter Watts développe son univers, présentant une société dystopique assez terrifiante, hantée par les changements climatiques et la raréfication de l'énergie. Peu ou plus d'états, quelques organisations transnationnales toute puissante au service de multinationales en concurrence féroce. Les solutions aux problèmes sont systématiquement cyniques et économiques...

On avait cessé de faire semblant bien avant que Sou-Hon Perreault soit recrutée.

A une époque, elle le savait, on soignait sur place les réfugiés qui tombaient malades. Il y avait des cliniques sur le Strip, juste à côté des bureaux en préfabriqué où les réfugiés venaient remettre des formulaires et garder espoir. Le Strip était alors une mesure temporaire, un simple pis-aller jusqu'à ce que nous nous occupions du travail en retard. Les gens venaient frapper à la porte et un flot régulier la franchissait.

Très peu comparé à la cascade qui s'accumulait derrière.

Les bureaux avaient disparu. Les cliniques aussi. N'AmPac avait depuis longtemps baissé les bras devant la marée montante et cela faisait des années que personne n'avait décrit le Strip comme une étape : il était à présent un véritable terminus. Et désormais, quand cela se gâtait derrière le mur, il ne restait plus de cliniques à mette sur l'affaire.

Il ne restait que les ramasseurs de la fourrière.

Techno thriller efficace, Rifteurs apporte les réponses aux questions soulevées dans Starfish. Les concepts utilisées sont variées, de l'évolution d'internet aux modifications de comportements par interactions avec le système nerveux, en passant par son extraordinaire nanobe préhistorique... L'ambiance est assez sombre même si plusieurs révolutions sont en marche pour le pire ou le meilleur. On est quelque peu soulagé de voire cette dystopie prendre l'eau de toute part même si on se demande s'il quelque chose survivra... Un très bon moment.

Toute le problème était là, d'ailleurs : plutôt que de débarrasser le monde de sa merde, les gens se transformaient en coprophages. Il ne faudrait plus que quelques années à l'espèce humaine pour devenir à moitié cafard. Si un désastre planétaire ne survenait pas d'ici là.

Ce qui serait d'ailleurs préférable. Mieux valait tout casser pour recommencer. Ca mettrait tout le monde sur un pied d'égalité, pour une fois.

Voilà pourquoi Aviva Lu se trouvait à présent à cet endroit-là : elle attendait que Lenie Clarke arrive.

Lenie Clarke, la Madone du Désastre.

 

Une lecture dans le cadre du Challenge Fins du Monde.

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