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Les lectures d'Efelle
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17 mars 2012

La fille automate de Paolo Bacigalupi

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Hock Seng est déjà assis devant son ordinateur. Ses jambes osseuses poussent régulièrement la pédale pour faire fonctionner les microprocesseurs et le petit écran de douze centimètres. Dans la lumière grise de la machine, Anderson aperçoit les yeux du Chinois, le regard d'un homme qui craint un massacre chaque fois qu'une porte s'ouvre. Le tressaillement du vieil homme est aussi hallucinogène qu'un cheschire, - là un instant, disparu le suivant -, mais Anderson a suffisamment l'habitude des réfugiés yellow cards pour reconnaître la terreur réprimée. Il ferme la porte, faisant taire le rugissement de la fabrique, son assistant se calme.

Fin du pétrole, les hydrocarbures sont extrait du charbon à un coût réservée aux quelques états encore en place et aux organisations puissantes... L'énergie est fournie en partie par des gaz produit par la décomposition de déchets organiques ou le stockage dans des ressorts de la force humaine ou animale. Les dirigeables ont remplacés les avions dans les airs, le règne des clippers sur les mers est revenu... L'agriculture s'est effondrée et les sociétés de génie biologique sont devenus des puissances majeures. Leur production est stérile mais est la seule à même de résister aux maladies et parasites qui ravagent la végétation spécialisée...  AgriGen et SoyPro font et défont les gouvernements au gré de leur intérêt. Enfin quand les émeutes de la faim et/ou religieuse ne bouleversent pas leurs plans. La guerre et les massacres ethniques abondent...

La Thaïlande a survécu grâce à une politique d'isolement extrême pendant les troubles et sa maîtrise du piratage génétique des plantes des grands sociétés d'agronomie. Avec son indépendance alimentaire est venue l'indépendance énergétique, de gigantesques éléphants transgéniques alimentant par leur mouvement divers les générateurs de son industrie. Les réfugiés abondent à Banhkok, population de seconde zone vivant dans un taudis dans la crainte des lynchages ou refoulement à la frontière.

Un cri s'élève du côté des bouchers du syndicat. Ils ont ouvert le ventre de la bête. Les intestins jaillissent. les ramasseurs d'ordures - les gens du Seigneur du lisier - pataugent dans la masse et commencent à la pelleter dans leurs carrioles à main. Venant d'une source aussi propre, inespérée, les abats vont certainement nourrir les chiens des fermes périphériques du Seigneur du lisier, ou fournir la soupe populaire des yellows cards, alimenter les réfugiés chinois de Malaisie qui survivent dans les ruines des vieilles tours de l'Expansion sous la protection du même Seigneur. Ce que ni les porcs ni les yellows cards ne mangeront sera entassé sur les composteurs à méthane de la ville avec les écorces de fruit et les déjections quotidiennes pour lentement fermenter et se transformer progressivement en compost et en gaz, avant d'éclairer un jour les rues de la cité de la lueur verte du méthane légal.

Dans ce monde rythmé par les mutations des virus, toute une gamme de personnages luttent pour leur survie ou le pouvoir : Jaidee, officier intègre du ministère de l'Environnement ; Kanya, son adjointe sans illusion ; Anderson, cadre d'AgriGen et officieusement barbouze expérimenté ; Hock Seng, réfugié chinois de Malaisie chargé de faire fonctionner l'usine de pile à ressort d'AgriGen et enfin Emiko, jeune femme génétiquement conçue et éduquée pour servir et abandonnée par son propriétaire, un diplomate japonais lors de la fin de mission... Une galerie de personnage tout en nuance de gris, tous des salauds, tous des braves gens, tous voulant tirer leur épingle du jeu dans la période troublée qui se profile.

Au Japon, elle était une merveille. Ici, elle n'est rien d'autre qu'une automate. Les hommes rient de ses mouvements étranges et grimacent de dégoût à son existence même. Elle est une créature interdite pour eux. Les hommes thaïs aimeraient beaucoup la jeter dans leurs cuves de compost à méthane. Entre elle et un homme d'AgriGen, il est difficile de savoir qui ils préféreraient se débarrasser en premier. Et il y a les gaijin. Elle se demande combien appartiennent à l'église grahamite, dédiée à la destruction de tout ce qu'elle représente, cet affront à l'humanité et à la nature. Pourtant, ils restent assis, satisfait d'eux-mêmes, et profitent malgré tout de son humiliation.

Le tableau dressé par Paolo Bacigalupi n'est pas réjouissant mais très bien vu, notre société s'est effondrée mais une autre s'est reconstruite sur ses ruines. Des moyens de transport plus économiques sont revenus à la mode, d'autres moyens de production d'énergie ont été trouvés, le génie génétique règne sur ce siècle à la fois solution et source de la plupart des maux. Les personnages décrit sont attachants pas tant pour leur qualités, ils sont tous bourrés de défauts et loin d'être intègres que par leur volonté de survie. Cette dernière étant le moteur de bien des rebondissements dans le dernier tiers du roman. Ce dernier démarre doucement, le temps de poser le décors et les enjeux avant une accélération de l'intrigue qui va crescendo jusqu'à la conclusion. Une histoire aussi prenante que le décors horrible et fascinant dans lequel elle se déroule. Une réussite à tout les niveaux, un excellent moment.

 

Ils m'ont donné envie de le lire : Gromovar, Guillaume.

 

Une lecture dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly.

challenge_fin_du_monde_apocalypse_post-apo_7

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Commentaires
Z
Je l'ai lu cet été. Entièrement d'accord avec toi. Les personnages sont tout en nuances. Emiko m'a beaucoup marquée, son état est horrible. Plus malsain comme invention, tu meurs ! Le livre présente un futur glaçant totalement dans les préoccupations actuelles (émeutes de la fin, OGM, fin du pétrole). Il faut que je le relise, car je crois que je suis passée à côté de certaines choses. Le roman est très dense.
G
Il sort prochainement en poche, je lui souhaite un très bon succès !
E
Tes extraits sont bien représentatifs du livre. C'est un très bon roman, qui se lit presque comme un thriller (surtout sur la fin), j'ai eu du mal à accrocher au début et du mal à suivre aussi mais en définitive c'est du bon !
A
Je te rejoins tout à fait.
L
Un jour je le lirai. Oh oui un jour...
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