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Élevé par un grand père antisémite, Simon Simonini débute dans la vie plein de haine pour les juifs mais aussi pour les jésuites qui ont assurés son éducation. Les déconvenues qui le priveront de son héritage feront ensuite de lui, un faussaire, un escroc et finalement un agent secret... Lancé dans la tourmente révolutionnaire garibaldienne, il rencontrera Dumas et assistera à l'unification de l'Italie avant de s'exiler en France.

Sur place, il traversera l'époque prenant part à divers mouvements pro et anti napoléonien, anti maçonnique, anti catholique, luciférien, la Commune puis l'Affaire Dreyfus. Simonini participera à nombre de publications haineuses aux cibles variées tant par appât du gain, que par conviction personnelle ou plus simplement sur ordre, ainsi qu'à quelques impostures du même acabit, tout en jouant à l'agent secret bas de gamme.

Voilà qui me suggérait déjà que, pour vendre en quelque sorte la révélation d'un complot, je ne devais fournir à l'acquéreur rien d'original, mais bien seulement et spécialement ce qu'il avait ou déjà appris ou qu'il pourrait apprendre plus facilement par d'autres canaux. Les gens ne croient qu'à ce qu'ils savent déjà, et là était la beauté de la Forme Universelle du Complot.

Modèle d'érudition, Eco convoque dans son roman les acteurs de l'époque Dumas, Hugo, Freud, Zola ainsi que nombre d'individus de l'ombre comme Ratchkovski, agent de l'Okhrana, et démonte les grandes affaires de l'époque. La fin du XIXe, début du XXe est parfaitement rendu, les tendances révolutionnaires pointent tandis que les idéaux socialistes et communistes voient le jour.

Malgré un protagoniste parfaitement antipathique, Eco accroche l'attention par une narration en deux temps et une construction rappelant les feuilletons de l'époque. Les complots et théories du complots abondent, les premiers étant bien plus simples que les secondes.

Quelqu'un a dit que la patriotisme est le dernier refuge des canailles : qui n'a pas de principes moraux se drape d'habitude dans une bannière, et les bâtards se réclament toujours de la pureté de leur race. L'identité nationale est la dernière ressource des déshérités. Or le sentiment de l'identité se fonde sur la haine, sur la haine de qui n'est pas identique. Il faut cultiver la haine comme passion civile. L'ennemi est l'ami des peuples. Il faut toujours quelqu'un à haïr pour se sentir justifié dans sa propre misère. La haine est la vraie passion primordiale. C'est l'amour qui est une situation anormale.

Avec maestria, Eco démonte ici les mécanismes de la haine, les illustrant par le contexte historique dans lequel navigue son personnage.  Modèle d'érudition, Le Cimetière de Prague est sans doute un des meilleurs romans de l'auteur. Son récit parfaitement maîtrisé illustre parfaitement l'antisémitisme de l'époque notamment à travers la rédaction laborieuse et plagiaire des fameux Protocoles des sages de Sion... Un excellent roman, incontournable.

 

Ils m'ont donné envie de le lire : Cédric Ferrand, Gromovar.

Une lecture commune avec Isil.