29 novembre 2011

Victimes et Bourreaux

img858

Troisième anthologie des Imaginales d'Epinal dont le thème, ou la couverture à moins que ce ne soit l'absence de buzz ne m'attirait pas plus que cela. C'est finalement Gromovar qui m'a convaincu de me lancer.

Charlotte Bousquet ouvre le bal avec La stratégie de l'araignée et prend à bras le corps la problématique : une femme accusée de sorcellerie est torturée. Heureusement rien n'est simple dans cette histoire, les frontières sont floues entre le bourreau et la victime, la magie opère, on en redemande. Il ne me reste plus qu'à aller acquérir Matricia  et surtout lire les deux autres romans de Charlotte Bousquet présents dans ma bibliothèque.

Qjörll l'Assassin de Michel Robert ne m'a pas enthousiasmé. Un petit groupe de mercenaire tente de ramener vers la civilisation un bandit de grande classe. Entre l'assassin retors et rétif qui ne souhaite pas être livrer à la justice et les bandes de guerriers nomades qui harcèlent la troupe on retrouve bien le thème du Western. C'est là que le bât blesse, il m'a paru que la transposition était maladroite, les revolvers ayant simplement été remplacés par des arbalètes. Pas convainquant et peu original.

Porter dans mes veines l'artefact et l'antidote de Justine Niogret met en scène un cirque étrange, traversant visiblement les univers pour présenter une faune bien maltraitée... Je n'ai pu me départir de l'impression de lire un texte de SF mais surtout de rester sur ma faim, le récit étant sans surprise.

Que justice soit faite ! de Maïa Mazaurette met en scène un fanatique religieux au cours d'une épidémie de peste. Manichéen et sans intérêt.

Avec Qui sera le bourreau ?, Pierre Bordage fait la démonstration de son talent de conteur. Un tyran vient d'être défait par une coalition et l'on recherche des témoins ou des victimes des atrocités qu'il commanditées. De témoignages à réminiscences, on découvrira que le monstre n'est pas forcément unique...

Ton visage et mon coeur de Nathalie Dau met en scène, dans un contexte crépusculaire, une passion dévorante et destructrice. Bien amenée et narrée, un excellent moment.

Que ce soit par la préciosité des descriptions qui tranchaient avec le reste du texte, la veulerie du narrateur ou l'univers présenté, je n'ai pas accroché à cette histoire de bizutage qui tourne mal dans Frères d'Armes de Jeanne-A Debats. Un gros bof.

Désolation de Jean-Philippe Jaworski met en scène une petite troupe de nains et leurs porteurs gnomes tentant de ravitailler une cité alliée assiégée par des peaux vertes, en passant par une cité troglodyte abandonnée où sommeille un  dragon. A partir d'un synopsis digne des pires romans de licence, Jaworski tisse une trame très subtile, prenante et surprenante. Un excellent moment à la fois épique et fin.

Le deuxième oeil de Sam Nell m'a furieusement fait penser de Jodorowsky et Bess en moins bien. Laborieux et pas convainquant.

Avec Au-delà des murs, Lionel Davoust nous plonge dans un univers mi fantasy mi steampunk (je laisse la dénomination exacte aux maniaques de l'étiquettage) à travers le regard d'un vétéran, profondément marqué par le dernier conflit. Réminiscences coupables de massacres et paranoïa sont au programme pour cette nouvelle qui cultive l'ambiguïté. Un très bon texte.

Le démon de mémoire de Paul Béorn ne m'a pas convaincu sans être déplaisant pour autant. Il manquait un petit quelque chose pour emporter l'adhésion, le récit est peut être un peu trop démonstratif.

Mazbaleh de Xavier Mauméjean est un texte très court apparemment basé sur l'Ancien Testament qui colle au thème de l'anthologie avec cynisme. Un bon moment.

Bilan en demi teinte avec une impression de douche écossaise. Quelques textes m'ont paru très longs tandis que d'autres sont passés à la vitesse de l'éclair (Désolation et Au-delà des murs notamment).

Posté par efelle à 19:34 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
Tags : , ,


27 novembre 2011

Test Cyclades - Compte rendu ludique 26 novembre

Cyclades

Fin du silence ludique suite à l'absence de nouveaux jeux sur notre table (nous étions revenu sur Key Largo et Palais Royal) surtout parce que les batteries de l'appareil photo était morte.

Ayant acquis Cyclades, Groquik nous a rejoint, Darth So So et moi même pour le tester.

P1010017

Petite aire de jeu pour faible nombre de joueur, on a toujours un voisin trop proche.

 

Après avoir résumé les règles, nous nous sommes lancés timidement et prudemment. Alors que Groquik et Darth So So ont développés patiemment leur économie, j'ai rapidement érigé ma première métropole et mis la main sur deux philosophes... Le Kraken manié par Darth So So s'est mis en travers de mon chemin et je n'ai pu accroître mon économie pour en terminer rapidement. Groquik et Darth So So ayant chacun obtenu leur première métropole, j'ai joué défensif face à l'impérialisme de Groquik qui remporte la partie grâce à son trésor de guerre qu'il avait patiemment thésaurisé. Une enchère à 16 sur Athéna nous a pris au dépourvu, surtout suivi de l'acquisition immédiate des deux philosophes qui lui manquait. A noter tout de même que le lascar nous a fait deux fois les poches grâce à une créature mythologique (revenu une seconde fois de la défausse via la Chimère).

P1010018

A trois joueurs, seuls trois cultes sont accessible par tour.

 

Au final Cyclades s'avère un jeu aux mécanismes simples, très fluide, riche en possibilités stratégiques et rebondissements, parfaitement équilibré. Les possibilités de coup de pied en vache sont nombreuses mais le rythme rapide de la partie ne les rend pas trop pesantes. Par contre la tension autour de la table s'accroit notablement dès que les métropoles font leur apparition. A noter que le jeu doit prendre tout son intérêt à quatre ou cinq joueurs, avec un plus grand choix de dieu par tour.

Un excellent jeu, vraisemblablement un classique à ressortir aussi souvent que 7 Wonders. Ne reste plus qu'à s'y mettre à 4 ou 5  (dommage que le sieur Viper n'ai pas été disponible) pour lutter sans pitié dans cet archipel.

Posté par efelle à 10:20 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
25 novembre 2011

L'apocalypse des homards de Jean-Marc Agrati

img857

Après avoir dédicacé mon exemplaire de son recueil, lors des Dystopiales, Jean-Marc Agrati m'a indiqué que ce bouquin risquait de piquer un peu le cerveau...

857

Ce recueil alterne nouvelles et "shots", des textes sibyllins très courts, généralement moins d'une page...

Gros silence tout d'un coup.

- JE PARLE TROP FORT ?

- Oui.

- DEPUIS QUAND ?

- Depuis le début.

Je n'ai pas menti une seule seconde. Il gueule tout le temps, ce gamin.

- ET TOI, TU PARLES PAS TROP FORT ?

- Ah non. Moi, je pousse l'eau délicatement... Je suis une petite pagaie.

- MAIS PAPA... T'AS RIEN A VOIR AVEC UNE PETITE PAGAIE !

- Si... Et toi, t'installes un gros bordel devant ta bouche. Et ça se propage, tu frappes la mer comme un dingue... T'es une grosse hélice qui secoue le cosmos...

- UNE GROSSE HELICE ? ET JE SECOUE LE COSMOS ?

- Exactement.

Fin de la parenthèse éducative. Le petit paquet de neurones chauffait un maximum. Il avait de l'aliment pour longtemps. J'étais content, j'avais introduit des rudiments de mécanique des fluides. Le sens physique se bâtit très tôt. ll faut profiter de la moindre occasion.

Extrait de "Je gagne toujours à la fin"

 

La démarche apparaît assez vite pour ce qui est des nouvelles : un point de vue cynique sur la société de consommation dont les travers sont dénoncés à grands coups d'ironie ou d'humour noir. Les chutes sont souvent violentes, exutoire de personnage en proie à la frustration (Fin des mathématiques) ou à des situations à la fois kafkaïenne et burlesque (Ma discussion avec le chef de la révolution). Agrati cherche apparement à obtenir des réactions épidermiques du lecteur en alternant défouloir et provocation par des scènes de transgression marquantes (Le couloir de la momie), la recette fonctionne...

- Je veux voir les indiens, elle dit.

- Ah ?

- Près de Las Vegas, il y a des indiens.

Elle me montre la carte. C'est le désert Hopi.

Alors, on y va. On loue une Chrysler climatisée noire avec de grosses ailes rétro et on pénètre la zone où il n'y a plus rien. De la caillasse et du beau soleil, c'est sûr. Et un distributeur de coca rouge au bord de la route.

Extrait du shot "Carte Postale"

 

Pour ce qui est des shots, je suis plus dubitatif, certains sont assez frappants tel L'inverse du lapin  ou Carte Postale  d'autres laissent interrogateur comme Depuis que j'ai perdu mes couilles où l'effet recherché n'est pas évident (s'il y en a un).

 

Et je me suis rappelé que j'avais un problème à résoudre.

- Si t'es le jardinier, tu peux me le dire, alors : c'est l'herbe ou c'est toi qui est libre ?

- Je n'ai jamais su.

- Parce qu'il y a un panneau imbitable dans ton jardin.

 - Ah oui ! C'est un con de la mairie... On l'a eu.

Il a ouvert un de ses sacs et il m'a montré la tête. Elle était enveloppée dans un torchon. Le gars était devenu un morceau des ténèbres.

- Quand ils nous prennent pour des cons, on les décapite.

- C'est bien, j'ai dit.

L'organique reste, la connerie s'évapore. Les yeux sont clos. Un sacré objet, tout de même.

Extrait de "Ici, l'herbe poussera librement"

 

Quoi qu'il en soit pour ce qui est de la démarche cynique, le pari est réussi. Les scènes du quotidien sont bien détournées ou poussées jusqu'à l'absurde, notamment celles prenant place dans un supermarché avec Fin du sucre étanche et Je gagne toujours à la fin. Il en va de même avec l'absurdité des démarches de communication ou de marketing à outrance, le ton est juste et la fin généralement jubilatoire... Reste la vacuité de la vie des cadres mais ne connaissant pas ce monde, je ne peux me prononcer sur le côté objectif ou fantasmé de la démarche mais le ton ironique fonctionne bien.

Il fallait maintenant négocier le lieu. Du temps où ils se voyaient, les derniers rendez-vous se passaient déjà comme ça. Hector voulait voir Achille dans le 8e et Achille voulait voir Hector dans le 18e. Côté Monceau pour l'un et côté porte de Clignancourt pour l'autre. Et ce qui sépare ces deux lieux, c'est tout simplement un gouffre. La société, la race, la culture, le sexe, les finances, on pouvait tout mettre là-dedans. un dégradé implacable de tout ce qui existe.

Extrait de Balade sur les remparts

 

Au final, L'apocalypse des homards est un recueil frappant, parfois énigmatique, qui ne laissera personne indifférent, que ce soit sous forme d'adhésion ou de rejet. Une expérience intéressante et globalement un bon moment.

Posté par efelle à 22:27 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags :
23 novembre 2011

New York 1947 de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

img853

Retour dans l'univers de Block 109, évidemment avant les évènements de 1953.

Décembre 1947 - Zytek vient de prendre le pouvoir et reprend à son compte le bombardement bactériologique sur Manhattan. Un commando est débarqué pour une mission secrète. Font partie de l'équipe un officier, deux vétérans, un scientifique, un journaliste et un spécialiste...

img854

Rapidement, ils découvriront qu'ils ne sont pas seuls et que leur officier, le Ritter, est différent... tant physiquement que psychologiquement. Quoi qu'il en soit les périls qui les attendent les empêcheront de s'interroger sur leur situation.

img855

Confronté à la poignée de survivants new yorkais, aux aberrations résultants du bombardement bactériologique, les délires du Ritter, tant leur survie que le succès de la mission resteront dans la balance...

img856

Un récit choral, très prenant du fait de l'incompréhension des uns et de l'agenda secret d'autres. Ce périple dans les ruines new yorkaise, plein de rebondissements, est prenant et la fin éclaire quelque peu la résolution inexorable de Zytek. Un très bon complément à Block 109, graphiquement moins enlevé qu'Opération Soleil de Plomb mais très agréable à lire.

 

Posté par efelle à 21:41 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags :
22 novembre 2011

A comme Alone

img852

Pourtant, un Alone comme moi, rôdé par le temps, est habitué à la prudence. D'autant plus que si l'on se risque en terrain découvert. J'avais soif, et le soleil de plomb m'avait tanné le cuir toute la journée. La découverte miraculeuse d'un puits - dans la cour d'une antique ferme - m'avait fait perdre tout sens de la prudence. J'aurais dû me méfier : la cour n'était pas envahie par la végétation, au contraire des bâtiments de la ferme dont les toits et les murs de pierre s'écroulaient lentement, mais sûrement. Que le puits soit dégagé aurait dû me mettre la puce à l'oreille : le coin n'était pas totalement abandonné, un groupe de Rassemblés l'entretenait avec amour. L'eau c'est assez rare, surtout buvable. Tomber par hasard sur une source inconnue, dans ce coin perdu dans les terres, relevait donc de la chance de cocu. Je n'étais ni cocu ni veinard. Non, le Pépé, c'est plutôt le genre abruti !

Pépé est un Alone, un survivant solitaire errant au sein des contrées dévastées de l'ex France. Comptant aller hiverner dans le sud, une imprudence le retardera... Un peu plus tard, il croisera la route d'un autre Alone, Gaby, avec qui il hivernera. Ayant appris à se connaître, Pépé l'accompagnera pour une incursion dans les ruines de Rennes.

La ville, ça ne me plaisait vraiment pas du tout. Immeubles effondrés, voitures rouillées, abandonnées, pare-brise défoncés. Conducteurs encore au volant de temps à autre. Routes encombrées d'obstacles en tout genre aussi : affaissement de terrain, éboulis de béton armé, entrelacs d'objets métalliques pour la plupart méconnaissables. Et puis le pire dans tout ce fatras : le silence. Un silence réellement pesant. Pas même un vol d'oiseau dans le ciel. On s'attendait aussi à trouver des rats. Pas la moindre trace pour l'instant. A croire que même la charogne ne pouvait vivre ici.

Eprouvante pour les nerfs, cette expédition aura au moins le mérite de le mettre sur la trace de Grise son ancienne amante et mentor qu'il croyait morte. Voilà donc Pépé en quête de son amie, sans se douter qu'il va devoir faire face à très forte partie.

Avec Gaby, on avait pas mal discuté des anciens temps. Ceux-ci étaient définitivement révolus. La preuve en était que des découvertes inconnues et déstabilisantes pouvaient avoir lieu à chaque instant. Notre génération entrevoit un autre monde. Sinistre pour ceux qui y vivent, sinistre pour ceux qui y naîtront. Comme l'ancien, mais en neuf justement, avec tout plein de désastres à repenser, remonter, réinventer, et avec de nouveaux paramètres. La belle affaire, quoi. L'homme resterait troujours l'homme, malgré ses évolutions.

Roman dans la lignée de l'Autoroute Sauvage de Julia Verlanger, hommage même, A comme Alone est une très bonne distraction. L'ambiance post apocalyptique est maîtrisée et l'intrigue réussit assez vite à s'afranchir de l'influence de Julia Verlanger, Thomas Geha adaptant l'univers à sa façon. Court et nerveux, un bon moment dans la ligne de Fleuve Noir Anticipation.

 

L'avis de Nébal.

Une lecture effectuée dans le cadre du Challenge Fins du Monde.

challenge_fin_du_monde_apocalypse_post-apo_7

Posté par efelle à 21:14 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
Tags :


19 novembre 2011

Le Dragon Griaule de Lucius Shepard

img850

Les écailles étaient des hexagones irréguliers de trente pieds de large sur quinze de haut ; leur couleur était un or pâle nuancé de vert, mais il y en avait aussi des blanches, drapées dans des lambeaux de peau morte, et d'autres recouvertes d'une mousse viride, et l'immense majorité d'entre elles étaient marbrées d'algues et de lichens qui semblaient dessiner les caractères d'un alphabet ophidien. Les oiseaux avaient niché dans les fêlures, les fougères avaient poussé dans les interstices, tels des milliers de panaches verts frémissant sous la brise. Méric eut le souffle coupé en contemplant l'immensité de ce jardin suspendu - on eût dit une lune fossile à la courbure prononcée. L'idée de tous les siècles accumulés dans ces écailles lui donna le vertige, et il s'aperçut qu'il n'arrivait pas à détourner les yeux, comme s'ils restaient rivés à ce panorama pendant que son âme se flétrissait à mesure qu'il prenait conscience de la masse et de l'intemporalité de cette créature sur laquelle il rampait comme une mouche.  Il perdit toute distance par rapport à la scène : le flanc de Griaule était plus vaste que le ciel, pourvu de sa propre gravité potentielle, et il lui semblait totalement raisonnable de marcher dessus sans jamais courir le risque de choir.

Quelque part en Amérique du Sud, repose depuis des millénaires le Dragon Griaule, figé pour l'éternité par un sortilège raté... Au fil des siècles, le monstre a continué de grandir, atteignant une longévité et une taille normalement inconnue de son espèce. Alors que cette dernière se fait rare, les hommes pullulent et une frange malveillante de l'humanité s'est abritée dans l'ombre inquiétante du monstre. L'influence supposée de ce dernier devenant l'alibi de la tendance belliqueuse de ma population...

Ce recueil de six nouvelles constitue à la fois le récit de ce monstre imposant et immobile qu'un témoignage de l'évolution de l'écriture de Lucius Shepard, chaque nouvelle étant commentée dans la postface.

img851

Dédicace de Nicolas Fructus réalisée le 15/11/2011 lors des Dystopiales.

L'homme qui peignit le Dragon Griaule narre la tentative d'arnaque ingénieuse d'un jeune artiste du XIXeme siècle qui tombera dans les rêts du monstre et se lancera dans un projet dément résultant de la fascination qui l'envahit. Un récit doux amer très prenant.

Puis elle leva les yeux vers le coeur et se figea. Les motifs d'ombre et de lumière s'altéraient plus vite que jamais et leur complexité, elle aussi, allait en croissant ; et cependant, ils étaient aussi limpide à ses yeux que si elle en était l'auteur : pulsations de ténèbres et tourbillons de lumières dorée se déroulant à la surface ridée du coeur. C'était un message tout simple et, l'espace de quelques secondes, elle refusa d'accepter l'information dont il était porteurn de croire qu'arrivait enfin le point culminant de sa destinée, qu'elle avait gâché sa jeunesse pour de telles futilités ; mais, en se rappelant tous les indices, ses rêves de dragon endormi, ses visions répétées d'un torse en train de respirer, l'histoire de Senso telle que l'avait racontée Mauldry, l'exode des animaux, insectes et oiseaux, le choc étouffé dans les profondeurs du dragon, après quoi tout était resté calme durant un millénaire... elle sut que c'était la seule explication.

Comme il l'avait fait mille ans auparavant, et comme il le referait dans mille ans de cela, le coeur allait battre.

La Fille du chasseur d'écailles, nous emmène du village perché sur le dos de Griaule dans ses profondeurs, où une jeune fille va se terrer pour échapper à une vendetta. Sur place elle découvrira la faune locale, la population qui y vit de manière symbiotique et tentera de décrypter la volonté du dragon qu'elle perçoit autour d'elle et dans ses songes. Un récit amer et dépaysant.

Le Père des pierres change radicalement d'ambiance et s'éloigne de Griaule. A Port Chantay, un père a assassiné le gourou d'une secte axé sur Griaule soit disant sous l'influence du monstre, exercée sur lui par l'intermédiaire d'une gemme. L'avocat chargé de sa défense ne croit pas trop à cette thèse mais elle reste la seule capable de sauver la tête de son client. Son enquête lui fera rencontrer des personnes perverses et la complexité de l'intrigue le dépassera un temps... Un texte captivant qui pose la question de l'influence supposée du dragon.

La  vie, qui lui paraissant lointaine depuis si longtemps, tel un trésor hors de portée, la vie semblait l'étreindre, l'envelopper et le griser de ses spectacles éblouissants, de ses parfums capiteux. Que lui importait, se dit-il, de savoir qui dirigeait le monde tant que le monde demeurait doux et dispensait tous ses plaisirs ? Il éclata de rire, il lança une oeillade à une jolie fille, il s'abandonna à des idées de violence et de duplicité, autant de choses qui le faisaient jouir.

D'une façon ou d'une autre, le dragon était lâché dans Port-Chantay.

La Maison du Menteur reprend un peu la même thématique tout en évoquant le besoin vicéral de reproduction du dragon figé. Une histoire au final assez rude, l'évocation de la présence du dragon dans son environnement immédiat est très efficace.

L'Ecaille de Taborin présente l'ultime manipulation de Griaule, une mise en scène spectaculaire, permettant à quelques personnages bien abimés de se rencontrer et espérer prendre un nouveau départ...

Le crâne se déroule au XXeme siècle, de Griaule, il ne reste plus qu'un crâne titanesque oublié dans la jungle. Evocation d'un pays d'Amérique du Sud, ravagé par les dictatures et révolutions successives. Un texte fort empruntant beaucoup au vécu de Lucius Shepard.

Le Dragon Griaule est un superbe recueil aux ambiances variées, même si assez sombres dans l'ensemble. Le thème est bien exploitée et semble constitué un fil rouge dans l'oeuvre de Shepard. Un excellent moment.

 

Posté par efelle à 18:18 - - Commentaires [8] - Rétroliens [0]
Tags : ,
16 novembre 2011

Batman Dark Victory de Jeph Loeb et Tim Sale

img846

Reprise de la trame de Batman The Long Halloween, les Falcone ne sont plus que l'ombre d'eux même. Le patriache est mort, Sofia "Gigante" est dans un fauteuil roulant, Alberto à Arkham et Mario qui revient d'exil ne cherche qu'à rendre la famille respectable et développer des affaires honnêtes.

img847

Las, Janice Porter, la nouvelle procureur fait sortir Alberto pour l'assigner simplement à résidence suite aux problèmes juridiques causés par l'intervention de Batman lors de son arrestation. Peu de temps après, une descente de mafieux à Arkham permet la libération de tous les "freaks" qui s'y trouvaient dont Double Face. C'est à ce moment que démarre une nouvelle série d'assassinat lors de chaque jour férié : des ex flics corrompus sont pendus avec en guise de message un petit jeu de pendu présentant une phrase sybilline sur un document d'Harvey Dent...

img848

Gordon est sur les dents, tandis qu'il constitura une équipe d'élite et d'incorruptible pour enquêter, Batman oeuvrera seul. Rapidement les assassinats s'étendront même au flic intègre et Double Face l'un des premiers suspects tentera de se disculper en sauvant Gordon. Ce qui ne l'empêche pas de suivre son propre agenda criminel...

img849

Une solide intrigue qui fait feu de tout bois, chaque faction menant son enquête à sa manière... Le récit très agréable termine la genèse de Catwoman et introduit Robin, de manière très sombre. Avec cette série Jeph Loeb et Tim Sale concluent l'arc narratif sur les Falcone, un excellent moment.

 

Posté par efelle à 10:56 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags :
15 novembre 2011

Retour sur les Dystopiales

Ce soir se déroulait les Dystopiales à la Librairie Charybde avec la bénédiction des éditions Denoël, du Bélial et Dystopia. Suite à quelques aléas étaient présents dès 17 heures : Lisa Tuttle, Mélanie Fazi, Lucius Shepard, Ian McDonald, Jean Daniel Brèque, Nicolas Fructus ainsi qu'au bar le Comme Cochon Jean Marc Agrati et Léo Henry.

Ne disposant pas de ma soirée, j'ai effectué un passage éclair (enfin deux heures quand même) et me suis chargé comme un âne histoire de ne pas être trop tenter par des achats compulsifs... J'ai ainsi fait dédicacer Le Dragon Griaule, Roi du matin Reine du jour, Comme des fantômes, Yama Loka Terminus, Bara Yagoï et Rouge gueule de bois.

Malgré tout, on ne se refait pas... et voici mes emplettes avec pour alibi la présence de l'auteur (à l'exception d'un) et la nécessité d'en profiter pour les faire dédicacer.

P1010016

 

- Kadath, le Guide de la Cité Inconnue (Gromovar m'avait convaincu l'année dernière et j'ai profité de l'occasion)

- Desolation Road d'Ian McDonald (enfin mis la main dessus).

- Compagnon de nuit de Lisa Tuttle.

- Arlis des forains de Mélanie Fazi.

- L'apocalypse des homards de Jean-Marc Agrati (recommandé par Nébal et puis avec un tel titre et une telle couverture il était impossible de résister).

- Rashômon d'Akutagawa Ryûnosuke (curieusement absent).

Je pourrai aussi faire la liste des bouquins que j'ai eu aussi envie d'acheter mais ça serait trop long.

Mon anglais étant plus que rouillé (8 ans sans pratique), je n'ai que peu échangé avec Lucius Shepard, Ian McDonald et Lisa Tuttle. J'ai toutefois réussi à faire part de mon enthousiasme à leur égard à ces deux derniers.

L'accueil de Mélanie Fazi a été très chaleureux, ayant été reconnu grâce à ma photo sur Facebook, une auteur très sympathique. Je me aussi renseigné des prochaines sorties au Bélial concernant Poul Anderson avec Jean Daniel Brèque (et dit du bien de Whittemore), passé le coucou à Gilles Dumay, admiré la rapidité d'exécution et l'inspiration immédiate de Nicolas Fructus sur Le Dragon Griaule et Kadath. Finalement j'ai échangé avec Léo Henry surpris par mon grand déballage. J'ai aussi croisé Nébal qui lui aussi m'a identifié grâce à Facebook.

 

Bref deux heures bien remplie (je suis reparti chargé comme une mule), la librairie Charybde est un lien agréable, j'y repasserai sans doute lors de mes virées à Scylla, tombant effectivement de l'une dans l'autre...

Posté par efelle à 22:17 - - Commentaires [11] - Rétroliens [0]

Le chant du cosmos de Roland C. Wagner

img845

Retour dans l'univers de Cette crédille qui nous ronge, bien des siècles plus tard... L'humanité s'est bien assagie, quatre vingt pour cent de la population humaine est devenue végétarienne, les crimes sont rares,  persiste juste deux enclaves ultra violentes.

Venu dans le cadre de ses études linguistiques sur la planète Diasphine, Yeff, peu de temps après avoir gagné l'affection d'une sympathique créature pelucheuse le Maedre, se retrouve recruté par la muse Clyne pour le Jeu de la Pensée. Un jeu psychique qui n'est pas sans risque du fait de l'existence d'un style de jeu minoritaire mais agressif qui peut entraîner la lobotomisation des vaincus...

- Une telle attitude n'est-elle pas contraire à l'esprit du Jeu ? interrogea Yeff.

- L'opinion générale est que la Voie tranchante doit être admise puisqu'elle existe.

- Vous n'avez pas l'air d'accord.

Clyne affronta le regard toujours aussi paisible du jeune Océanien. Soit il possédait des nerfs d'acier, soit il était totalement imperméable aux sentiments humains. En tout état de cause, elle ne s'était jamais retrouvée confrontée à quelqu'un d'aussi fondamentalement différent.

-J'ai vu ce dont les Incisifs sont capables, martela-t-elle d'une voix dure, essayant de dissimuler le malaise qui s'était emparé d'elle. Mais il paraît que ça donne du "piment" au Jeu... (Elle plissa les yeux.) N'oubliez pas que nous sommes au bord de la civilisation ; ici dans les Marches de Rochass, les gens ont conservé le goût du risque...

Yeff devient rapidement un champion du Jeu et enchaîne succès pendant dix années, à l'arrivée du trio sur la pourtant très civilisée planète Visage... Un joueur, pratiquant la Voix tranche, tente de supprimer le maedre dès leur arrivée.

Le Penseur et sa Muse l'avaient remarqué, à présent, et le regardaient avec curiosité. Il aurait préféré de l'inquiétude - ou, mieux, de l'angoisse. La vermine avait précipitamment filé sous la table où elle se terrait désormais, tremblant de tous ses membres.

Il se sentit réjoui à l'idée d'inspirer la peur. Il avait peut-être raté cette sale bête en orbite - mais au moins, il avait su lui flanquer la frousse. Parfait. Impeccable.

Si l'incroyable résistance du maedre lui a permis de survivre, les actes malveillants contre les Penseurs classiques se poursuivent, éliminant les participants les mieux côtés par diverses manoeuvres, mais le point culminant du complot sera l'assassinat du policier enquêtant sur la tentative de mise à mort du maedre. Au jour du tournoi, Yeff, seul concurrant de valeur, sera vaincu par l'Incisif et profondément blessé sortira un temps du récit...

Complot il y a et divers individus vont tenter de discerner le schéma logique qui se cache derrière le chaos de ses actions malveillantes, apparement gratuites et sans liens entre elles. Cette trame les mènera sur la chaotique Eden, le mouton noir de l'humanité, sous embargo depuis des siècles...

Nous avons pris l'habitude de penser à Eden comme à un monde de type autoritariste individualiste, où la collaboration est entravée par la méfiance ; grâce à leur corps secondaires, ses habitants parviennent plus ou moins à travailler ensemble, mais l'efficacité d'un tel système reste faible. Une société autoritariste collectiviste - je pense à un modèle à parti unique - aurait été nettement plus productive.

Et dangereuse.

Avec ce space opera très sympathique, Roland C. Wagner utilise quelques uns de ses thèmes favoris (assagissement de l'humanité, psychosphère, aya) à l'échelle galactique à la manière de Jack Vance. Bien entendu, tout n'est pas rose dans cette univers et les antagonistes sont proprement terrifiants. Le récit est très agréable grâce aux ellipses et à la passation de relais entre les différents protagonistes, permettant ainsi de dévoiler progressivement la trame, tout en ménageant des surprises jusqu'à la fin du récit. Un roman plaisant et maîtrisé qui se lit tout seul, un bon moment.

Posté par efelle à 08:30 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : ,
13 novembre 2011

Prix Planète SF 2011 - Le lauréat

 

Nominés

 

Après une préselection sans pitié, avait été retenu pour le Prix des blogueurs Planète SF :

Rêves de Gloire de Roland C. Wagner

CLEER, une fantaisie corporate de L. L. Kloetzer

Treis, altitude zéro de Norbert Merjagnan

Planète à louer de Yoss

Les débats ont été passionnés et des mesures moralement discutables ont été déployées par certains pour arriver à leur fin (c'est d'ailleurs pour celà que j'écrit actuellement depuis une cellule de la RNC sur le Strip de New Vegas)...

Les membres encore en liberté du jury (Férocias et moi même étions absents) composé d'Anudar, Férocias, Gromovar, Guillaume44, Lhisbei et moi même, ont donc procédés à la remise du prix aux Utopiales, en compagnie de notre soutien moral Tigger Lilly.

Le lauréat est donc...

Trophée

 

... les lauréats en fait : Laure et Laurent Kloetzer pour CLEER, une fantasy corporate !

70047713

 

IMG_8481

Photos gracieusement mises à disposition par C. Schlonsok

Posté par efelle à 14:03 - - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
Tags :


  1  2