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Retour dans l'univers de Cette crédille qui nous ronge, bien des siècles plus tard... L'humanité s'est bien assagie, quatre vingt pour cent de la population humaine est devenue végétarienne, les crimes sont rares,  persiste juste deux enclaves ultra violentes.

Venu dans le cadre de ses études linguistiques sur la planète Diasphine, Yeff, peu de temps après avoir gagné l'affection d'une sympathique créature pelucheuse le Maedre, se retrouve recruté par la muse Clyne pour le Jeu de la Pensée. Un jeu psychique qui n'est pas sans risque du fait de l'existence d'un style de jeu minoritaire mais agressif qui peut entraîner la lobotomisation des vaincus...

- Une telle attitude n'est-elle pas contraire à l'esprit du Jeu ? interrogea Yeff.

- L'opinion générale est que la Voie tranchante doit être admise puisqu'elle existe.

- Vous n'avez pas l'air d'accord.

Clyne affronta le regard toujours aussi paisible du jeune Océanien. Soit il possédait des nerfs d'acier, soit il était totalement imperméable aux sentiments humains. En tout état de cause, elle ne s'était jamais retrouvée confrontée à quelqu'un d'aussi fondamentalement différent.

-J'ai vu ce dont les Incisifs sont capables, martela-t-elle d'une voix dure, essayant de dissimuler le malaise qui s'était emparé d'elle. Mais il paraît que ça donne du "piment" au Jeu... (Elle plissa les yeux.) N'oubliez pas que nous sommes au bord de la civilisation ; ici dans les Marches de Rochass, les gens ont conservé le goût du risque...

Yeff devient rapidement un champion du Jeu et enchaîne succès pendant dix années, à l'arrivée du trio sur la pourtant très civilisée planète Visage... Un joueur, pratiquant la Voix tranche, tente de supprimer le maedre dès leur arrivée.

Le Penseur et sa Muse l'avaient remarqué, à présent, et le regardaient avec curiosité. Il aurait préféré de l'inquiétude - ou, mieux, de l'angoisse. La vermine avait précipitamment filé sous la table où elle se terrait désormais, tremblant de tous ses membres.

Il se sentit réjoui à l'idée d'inspirer la peur. Il avait peut-être raté cette sale bête en orbite - mais au moins, il avait su lui flanquer la frousse. Parfait. Impeccable.

Si l'incroyable résistance du maedre lui a permis de survivre, les actes malveillants contre les Penseurs classiques se poursuivent, éliminant les participants les mieux côtés par diverses manoeuvres, mais le point culminant du complot sera l'assassinat du policier enquêtant sur la tentative de mise à mort du maedre. Au jour du tournoi, Yeff, seul concurrant de valeur, sera vaincu par l'Incisif et profondément blessé sortira un temps du récit...

Complot il y a et divers individus vont tenter de discerner le schéma logique qui se cache derrière le chaos de ses actions malveillantes, apparement gratuites et sans liens entre elles. Cette trame les mènera sur la chaotique Eden, le mouton noir de l'humanité, sous embargo depuis des siècles...

Nous avons pris l'habitude de penser à Eden comme à un monde de type autoritariste individualiste, où la collaboration est entravée par la méfiance ; grâce à leur corps secondaires, ses habitants parviennent plus ou moins à travailler ensemble, mais l'efficacité d'un tel système reste faible. Une société autoritariste collectiviste - je pense à un modèle à parti unique - aurait été nettement plus productive.

Et dangereuse.

Avec ce space opera très sympathique, Roland C. Wagner utilise quelques uns de ses thèmes favoris (assagissement de l'humanité, psychosphère, aya) à l'échelle galactique à la manière de Jack Vance. Bien entendu, tout n'est pas rose dans cette univers et les antagonistes sont proprement terrifiants. Le récit est très agréable grâce aux ellipses et à la passation de relais entre les différents protagonistes, permettant ainsi de dévoiler progressivement la trame, tout en ménageant des surprises jusqu'à la fin du récit. Un roman plaisant et maîtrisé qui se lit tout seul, un bon moment.