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Je vais suivre les voies de chemins de fer. Je hanterai l'ombre des trains tandis qu'ils passeront au-dessus des maisons, des tours, des casernes, des bureaux, des geôles de la ville ; je marcherai dans leur sillage sur ces arches qui les arriment à la terre. Je dois trouver le moyen d'entrer.

Ma cape, un drap lourd, insolite et cuisant sur ma peau me ralentit, et ma besace me pèse. Ce sont elles qui me protègent ici, elles et l'illusion que j'ai chérie, fondement de ma peine et de mon infamie, du supplice qui m'a mené ici - dans ce kyste qui n'a de ville que le nom, cette cité poussiéreuse toute d'os et de brique, cette conspiration d'industrie et de violence trempées dans l'Histoire et les arcanes du pouvoir. cette contrée funeste dont j'ignore tout :

Nouvelle-Crobuzon.

 

Un univers baroque peuplé d'humains mais aussi de peuples hybrides tel les garuda (oiseaux), khépri (scarabés), des cactacés (cactus) et les vodyanoi (amphibiens)  - à moins que les humains ne soit simplement des hybrides entre khépris  singe, si chaque peuple vit dans ses propres contrées, il est une ville qui les réunit tous : Nouvelle-Crobuzon. Bâtie autour de son réseau ferroviaire, elle compte nombre de quartiers pitoresques comme celui construit dans les ossements d'un léviathan ou les communautés khépri égayées par les sculptures monumentales des sororités khépri.

Pittoresque mais corrompue, la démocratie n'est qu'une mascarade, le pouvoir se maintient grâce une police secrète des plus efficace et à ses propres accords avec la pègre. Les classes laborieuses sont sous pression et les mouvements sociaux promptement réprimés dans le sang... La justice est une parodie cruelle où des apprentis sorciers égaillent les condamnations de transformations physiques atroces, accroissant la caste des pires exclus : les recréés.

- Cambriolage... dit-il rapidement. On m'a pris alors que j'essayais de tirer un vieux portrait de Garuda chez une vielle conne à Chnum. Ce truc valait une fortune. Le magistrat, il a dit que puisque les Garuda m'inpressionnaient à ce point-là, eh ben, j'en serais un.

Isaac avait remarqué que les plumes du visage étaient fichées impitoyablement dans la peau, sans doute reliées par une colle sous-cutanée de façon à dissuader l'ablation, trop déchirante. Il imagina le processus d'insertion au compte-gouttes - une torture. quand le Recréé se tourna légèrement vers Derkhan, Isaac distingua dans son dos un noeud affreux de chair durcie là où ces ailes, arrachées à quelque busard ou vautour, avaient été soudées aux muscles humains. Les terminaisons nerveuses étaient reliées entre elles au petit bonheur et les deux appendices s'agitaient dans les spasmes d'une agonie longtemps prolongée. Le nez d'Isaac se plissa devant la puanteur. Ces ailes pourrissaient lentement sur le dos du Recréé.

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Malgré la déliquescence de la cité, la vie se poursuit, plutôt bien en ce qui concerne Isaac et Lin. Isaac Dan der Grimnebulin est un savant hors norme, un rebelle à toute autorité qui vit en parasitant l'université et grâce à des missions ponctuelles effectuées pour des individus plus ou moins recommandable... Sa compagne ligne est une artiste ayant rejeté son propre peuple. Tous deux forme un couple hors norme, accepté uniquement dans les cercles artistiques...

Leur destin basculera avec l'arrivée en ville de Yagharek, un paria garuda issu du désert après que ses ailes lui ait été arraché pour un crime dont il ne révèle rien. Au cours de ses errances, la réputation tortueuse d'Isaac lui est parvenu et il a franchit un océan pour soumettre son problème au savant : voler de nouveau. Lin de son côté a attiré l'attention d'un parrain local, un criminel dément à l'apparence hors norme et au désir pervers.

La fortune de Yagharek et l'absence de scrupules d'Isaac mettront en branle une mécanique infernale, enchaînement de d'évènements improbables résultant en la libération d'un fléau exotique et mortel sur la cité. Le couple sera emporté dans cette tourmente infernale.

Les calovires s'accroupissaient. Ils se contaient des histoires de monstres dans le ciel. La nuit venue, ils prenaient place autour de leur flambées de déchets, dans les grands dépotoirs de la ville, et menottaient leurs petits pour les calmer. Ils se relayaient alors pour se narrer les brusques bourrasques d'air bousculé et les visions éclair d'horribles choses. Ils avaient distingué des ombres compliquées dans l'air ; senti les gouttes d'un liquide acide les éclabousser d'en haut. Certains des leurs figuraient parmi les victimes.

La situation dégénérera rapidement et une sourde terreur envahira la ville, la pègre et le gouvernement impliqué dans la catastrophe tenteront l'impossible pour redresser la situation et surtout préserver leurs intérêts. Isaac alors qu'il n'est qu'un des responsables mineurs de la présence des monstres, rongé par un sentiment de culpabilité tentera l'impossible pour trouver et abattre les monstres tout en fuyant la milice. Tous les moyens seront bons et toutes les alliance possibles...

L'univers imaginé par China Miéville est totalement baroque, la fantasy coexiste avec le steampunk et frôle la science fiction dans certains de ses thèmes (l'intelligence artificielle et la singularité), aussi improbable qu'il paraisse la magie opère et le tout devient homogène, cohérent. En plus de l'intrigue qui agite les protagonistes de cette tragédie, la Nouvelle-Crobuzon est dévoilée en toile de fond. Le roman est assez dense et la narration lente mais la cité fascinante maintient l'attention. Plus qu'un simple récit fantastique, Perdido Street Station est une fresque naturaliste marquante, la Nouvelle-Crobuzon est une destination à la fois merveilleuse et atroce qui marque durablement.

 

Une lecture commune avec Lhisbei, Maelig et Shaya.