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Il tenait ses notes à la main. Avec une pudeur hypocrite à laquelle, pas un instant, il n'avait cru, il s'était d'abord dit qu'il les brûlerait immédiatement, mais il savait bien qu'il lui faudrait d'abord les relire, quitte à ressusciter le souvenir de terreurs sans nom.

1885, Sir William Crookes est un physicien de talent, noble qui avec quelques pairs se passionnent pour les médiums et l'au-delà, suite à un drame familial. La controverse qui frappe ce type d'activité, blesse Sir William. Pour éviter les simulateurs, il décide de mettre au point une machine capable de mesurer puis d'enregistrer ce type de manifestation. Pour ce faire, il installe un laboratoire tranquille dans un immeuble de Whitechapel... Après quelques expériences, il lui apparait rapidement que s'il ne peut convoquer des spectres, son appareil mesure parfaitement la psyché humaine et tout sa part refoulée.

Un mois bientôt que je n'ai pas touchés à ces carnets. Je dois le dire, j'ai peur. Un peu comme si la magie de l'écriture devait conférer aux spectres la redoutable dimension du réel. J'avais été presque ému par les nostalgies familiales du vieux vagabond, mais la fièvre que cette épreuve avait suscitée en moi n'était pas d'une qualité morale du même niveau. Il s'agissait à présent d'une curiosité que je voulais encore appeler scientifique, mais que ma lucidité intime me montrait déjà comme morbide. J'étais attiré, fasciné, subjugué par l'attrait du mystère, par ces profondeurs de l'âme qui, comme celles des océans, recèlent en leurs abysses les monstres les plus hideux et les plus inattendus...

Patiemment, construit ce petit roman, contourne l'obstacle des similitudes avec quelques romans du XIXeme en convoquant dans son récit tant les oeuvres de Robert Louis Stevenson, Oscar Wilde et Guy de Maupassant que leurs auteurs ou certains détails de leur vie... Technique habile qui permet de mener l'intrigue et de poser l'obsession des prostituées jusqu'à sa conclusion en 1888.

J'y ai perçu, mon appareil comme un gigantesque électro-aimant, attirant, puis retenant à la manière d'une limaille de fer, l'ensemble des obsessions éparses, les haines, les peurs, les hontes, non seulement les miennes mais aussi celles de Walter, celles de Stevenson, celles de sa femme, celles de Luwellyn, et de toutes les âmes perdues errant sous le smog de Londres. Elles se mariaient dans le tube pour engendrer quelque puissant subconscient collectif, synthèse des névroses actuelles et des terreurs venues des âges révolus, fonds obscur effrayant, peut-être infra-humain, monstrueuse abstraction issue d'une quatrième dimension psychique...

Habile exploitation du mystère de Jack l'Eventreur, un petit texte bien documenté et érudit sans être pédant, très efficace et prenant. Le style rappelle un peu les romans de H. G. Wells, les auteurs et oeuvres de l'époque en plus.  Un excellent moment.