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Si je comprends bien, le but de ce jeu consiste à marquer au moins un but de plus que l'adversaire. Mais nos deux équipes se contentent de courir un peu partout, et tout le monde cherche à donner des coups de pied dans le ballon en même temps. Oh, des buts ont été marqués, mais seulement quand l'opportunité s'est présentée. Comme aux échecs, il faut assurer la sécurité du roi, votre but. Oui, vous allez dire que vous avez le gardien de but, mais ce n'est qu'un seul homme, métaphoriquement parlant. Tous les ballons qu'il arrête déshonorent ceux de l'équipe qui ont laissé l'adversaire autant s'approcher. Mais, en même temps, ils doivent maximiser leurs chances d'envoyer le ballon dans le but opposé. C'est un des problèmes que je dois aborder. J'ai évoqué les échecs, mais, dans ce jeu-ci, et en particulier à cause de la facilité avec laquelle le ballon s'envole, l'action peut passer d'un bout du terrain à l'autre en quelques secondes, tout comme un seul pion nain peut chambouler tout un plateau de jeu dans une partie de Thud.

Alors que le fouteballe n'est qu'une activité de rue violente, rude, sans foi ni loi, et populaire, l'Université de l'Invisible se trouve contrainte de s'y intéresser pour conserver un legs indispensable au maintien du train de vie culinaire des mages. A cela s'ajoute le fait que ce jeu pourrait être le bon moyen de purger l'antagonisme qui oppose l'université d'Ankh-Morpork à celle de Pseudopolis. Rivalité aggravée suite à quelques défections en faveur de la nouvelle institution de Pseudopolis. La situation serait insoluble si le tyran Vétérini n'avait décidé de reprendre en main ce jeu de rue...

Elle parcourut l'article de la une d'abord d'un oeil morne puis avec une colère grandissante. Vétérini avait réussi. Il les avait soûlés, et ces crétins avaient signé l'abandon de leur fouteballe pour une pâle version combinée par le Palais et l'Université. Evidemment, rien n'est jamais aussi simple dans les têtes. Elle devait bien s'avouer qu'elle détestait la bêtise du jeu actuel. Elle détestait les bagarres débiles et les bousculades ridicules, mais c'était à elle de les détester. Ca sortait de l'imagination du peuple, et tout boiteux et stupide qu'était ce jeu, il lui appartenait. Et voilà que les aristos s'accaparaient une fois de plus e qui n'était pas à eux et disaient tout le bien qu'ils en pensaient. Le vieux fouteballe allait être interdit.

Pendant que les mages s'activent et s'invectivent, que Vétérini avancent ses pions, ça bouge aussi au sein du petit peuple. Tant pour Glenda, la redoutable cuisinière lucide de la cuisine de nuit de l'Université, que pour sa jolie et stupide amie Juliette destinée à une belle carrière de top modèle en arborant la révolutionnaire micromaille naine. Mais aussi Trev Probable, employé à la confection des bougies, fils de l'icône du fouteballe, et son nouveau collègue Daingue, un étrange gobelin très instruit et anxieux de plaire...

Alors que tout semble en place pour le premier match régulier de fouteballe, les terreurs de la rue s'en mêlent et l'avenir des mages bedonnants s'annoncent mal malgré les efforts de Daingue. Que peuvent faire des mages bedonnants contre des professionnels es coups tordus ?

Le seigneur Vétérini se goure sur toute la ligne. Il a cru pouvoir mettre le grappin sur le fouteballe, et ça marche pas. C'est pas comme la Guilde des Voleurs, voyez. Il a pas eu de mal avec la Guilde des Voleurs. parce que la Guilde des Voleurs est organisée. Le fouteballe est pas organisé, lui. C'est pas parce qu'il a persuadé les capitaines que tout le monde va docilement se mettre en rangs derrière eux. Il y a eu des bagarres partout cette nuit. Vos copains, avec leur nouveau ballon reluisant et leurs maillots tout propres, vont recevoir une peignée demain. Non, pire qu'une peignée - une raclée.

Au fil de l'intrigue soigneusement mise en place, tous les éléments entremêlés seront révélés pour dévoiler un tableau qui excède largement les simples enjeux d'une partie de fouteballe ou du destin du plateau de fromages des mages. Vétérini a une fois de plus tendu sa toile et placé ses pions dans une configuration explosive et révolutionnaire...

- Vous les attendiez ?
- Disons que je n'ai pas été surpris outre mesure. je suis bien sûr au courant de la composition de l'Entente Morporkienne. Tout comme le Guet.
- Et vous allez les laisser entrer dans une arène avec une bande de vieux mages qui ont promis de ne pas recourir à la  magie ?
- Une bande de vieux mages et monsieur Daingue, précisa Vétérini d'un ton joyeux. Il est manifestement très doué en stratégie.
- Je ne peux pas le permettre.
- C'est ma ville, Margolotta. Il n'y a pas d'esclave à Ankh-Morpork.
- C'est mon pupille. Mais vous n'en tiendrez pas compte, je suppose.
- J'ai la ferme intention de continuer. Après tout, ce n'est qu'un jeu.
- Mais un jeu qui dépasse le cadre des jeux. Et à quelle espèce de jeu croyez-vous que vous aurez affaire demain ?
- A une guerre, répondit Vétérini. Et ce qu'on peut dire de la guerre, c'est qu'elle reste la guerre.

Un roman touffu qui met un petit peu de temps à démarrer vu le nombre imposant de sous intrigues mise en place mais qui une fois lancer réuni toutes les qualités des romans des Annales du Disque-Monde : personnages attachants (on retrouve avec plaisir le bibliothécaire de l'Université), tendresse, noirceur et humour. La recette n'est pas révolutionnaire mais fonctionne toujours, je me suis laissé entraîner et l'ai dévoré avec plaisir, le contrat est rempli. A noter toutefois que ce tome se réfère énormément aux précédents.