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Nouveau recueil de Thierry Di Rollo chez ActuSF, j'ai eu la faiblesse de me laisser influencer par le discours désespéré de Pascal Godbillon, lors de sa conférence sur les 10 ans de Folio SF, au sujet de cet auteur qu'il apprécie visiblement. Profitant d'un nouveau passage au stand d'ActuSF, au 7eme rencontres de l'imaginaire sous la tutelle bienveillante de Lhisbei, j'ai acquis ce petit recueil.

Le contenu de ce dernier est assez varié, on passe de la SF au fantastique et les ambiances ne sont pas toutes aussi noires que celles de Cendres.

La main effilée du Népérien m'indiquant encore le troupeau bleu.
- "Si ces bêtes imbéciles ont fini par s'adapter, faites donc de même, familiarisez-vous aux spécificités de ce monde et trouvez très vite une issue à cette affaire ; c'est un conseil sans frais de ma part. Le transfert de nouveaux forçats coûte cher à la Garmak. Et vous pourriez très bien ne rien nous coûter du tout. En clair ; repartir à bord de votre belle navette sans avoir été dédommagé du moindre crédit pour le déplacement. Je me suis bien fait comprendre ?"
Alors le troupeau qui s'éloigne, s'éloigne. Indéfiniment. La mer du monde qui défile à une allure insensée. La mer. La mer du monde. La vie qui glisse trop vite. Et qui échappe. Qui échappe à la vie. Qui m'échappe. Et Rank si calme, à mes côtés.
Si calme.

Eléphants bleus met en scène une enquête sur des morts suspectes arrivées dans un complexe minier pénitentiaire sur une planète aux conditions extrêmes. Les forçats meurent sans raison, la productivité risque d'en pâtir. Un enquêteur et son robot sont dépêchés pour enquêter sur place. Le cadre est déjà vu mais l'ambiance est intéressante et les causes bien amenées. Le personnage du privé paumé, déphasé et quelque peu dégouté par son employeur est bien mis en scène.

L'Hippo s'est bientôt arrêté de nouveau, dodinant sa grosse tête. Et c'est là que les ennuis ont commencé. Parce que ce satané engin n'a tout simplement jamais voulu repartir.
Je n'ai pas compris pourquoi. Je n'ai pensé qu'à tirer sur les rênes aussi fort que je le pouvais, pour tenter de ramener à la raison ce balourd qui s'obstinait à ne pas bouger d'un pouce. Rien n'y a fait. J'ai bien senti la monture s'ébrouer plusieurs fois, mais sans aucun effet. Et si on continuait comme ça, j'allais tout bonnement risquer l'attaque d'un narclan, et me faire réduire en charpie par ce prédateur qui ne se jette que sur les proies immobiles. Les cadavres, en règle générale. Ou qu'il croit tels. Et c'est ce qui est arrivé, bien sûr.

Hippo ! est dans la même veine qu'Eléphants Bleus, un prospecteur de l'extrême est contraint de tester la nouvelle bestiole génétiquement créé à partir d'un hippopotame et dirigé par une IA censé le remplacer... Le test tourne mal, le prospecteur est accusé de tout, viré et poursuivit en justice. Pendant ce temps, les nouveaux Hippo sont déployés en masse mais rien ne se passent comme prévu. La fin délicieusement ironique est plaisante et amusante.

Seconde Mort verse dans le roman noir à la sauce fantastique, la triste relation entre une prostituée boiteuse et l'homme amoureux d'elle. Entre eux deux, un souteneur bien décidé à ne pas perdre une de ses meilleures filles, les tordus faisant des kilomètres pour elles. Une histoire sombre où le fantastique, bien amené, tient une part importante. Un petit texte noir, très efficace.

Un dernier sourire
, Sida et loup garou, un récit mené tambour battant, cynique et très réussi.

La ville où la mort n'existait pas
, curieuse expérience que celle de cette ville où l'on arrive au monde mort pour rajeunir ensuite. Curieux et dépaysant.

Le crépuscule des dieux, conte crépusculaire et vraisemblablement post-apocalyptique tournant autour de la notion de sacrifice volontaire christique. Je suis passé un peu à côté de celui-ci. 

Au final, un recueil très plaisant qui confirme le bien que je pensais de Thierry Di Rollo après Cendres. Son horizon noir et désespéré est fascinant, je me tournerai vers lui à nouveau.