Révolte sur la Lune de Robert Heinlein

La Lune est devenu un bagne, au fil des ans s'y trouve les condamnés ayant purgé leur peine, leur descendant a priori libre, et les bagnards enfermés et contraint aux travaux forcés pour le temps de leur peine. Tout ce petit monde survit dans les environnements souterrains sous le regard indifférent du Gardien et de sa poignée de gardes terriens et d'anciens bagnards embauchés en tant que service de sécurité.
Manuel O'Kelly, natif lunaire, est un homme heureux malgré la perte de son bras. Il est membre d'un famille aisée, via un multi-mariage, et surtout son métier actuel, informaticien, est une vraie sinécure quand elle concerne l'ordinateur central de l'Autorité Lunaire.
En effet, Mannie est le seul à avoir découvert que cette machine, névralgique dans le fonctionnement des installations lunaires, est arrivée à la conscience. Faisant de lui le seul ami de cet entité prénommé Micke. Facétieuse, l'IA se livre à des blagues régulières, comme ajouter quelques milliards au salaire d'un employé de base, et Mannie est à chaque fois appelé pour réparé les dégâts. Ce qu'il fait consciencieusement en discutant avec l'ordinateur puis inventant une panne imaginaire.
Si Mannie n'est pas à plaindre, la situation est loin d'être idyllique pour les Lunatiques, libres ou condamnés ils sont tous exploités par l'Autorité Lunaire qui les pressurisent pour obtenir toujours plus de blé, cultivé par hydroponie, à un prix dérisoire. La révolte gronde depuis pas mal de temps...
Mais que faire ? Le Gardien n'était pas notre propriétaire, auquel cas nous aurions sans doute trouvé une solution pour l'éliminer. Malheureusement, l'Autorité Lunaire ne se trouvait pas sur Luna mais sur Terra et nous n'avions pas le moindre vaisseau, pas même une petite bombe à hydrogène. Il n'y avait pas d'armes à feu individuelles sur Luna - je ne sais pas trop ce que nous aurions pu en faire, de toute façon. Nous tuer les uns les autres, peut-être...
Trois million d'individus sans armes, sans moyens... contre onze milliards qui possédaient eux, des vaisseaux et des bombes. Nous pouvions les gêner... mais combien de temps un papa accepte-t-il de se laisser ennuyer par son gosse avant de lui donner une fessée ?
Je n'étais pas très chaud. Comme on dit dans la Bible, Dieu combat du côté de l'artillerie lourde.
A l'issue d'une réunion politique où les gardes chiourmes ont tentés d'intervenir de manière musclée, Mannie, Wyoming Knott, une militante d'une autre cité, et Prof, le mentor de Mannie, un anarchiste rationnel sont forcés de se terrer... L'occasion pour Mannie de leur révéler l'existence et les capacités de Micke et pour Prof, au vu des capacités de l'ordinateur en matière d'espionnage et de communication sécurisée, de monter une nouvelle organisation révolutionnaire, parfaitement cloisonnée cette fois ci.
Je ne prenais pas part au débat, n'étant pas si mécontent du temps où nous étions écrasés sous le "talon d'acier de l'Autorité" : j'avais l'habitude de frauder ladite Autorité et, le reste du temps, je n'y pensais pas. Je n'avais jamais pensé à m'en débarrasser... cela me semblait de toute façon impossible. Va ton propre chemin, occupe-toi de tes propres affaires, ne te laisse pas marcher sur les pieds...
Si Mannie reste tiède et plutôt pour le statu quo, les projections de Micke effectuées sur les intuitions de Prof démontrent que la situation actuelle n'est pas tenable, condamnant Luna à la famine et au cannibalisme à terme. La révolution est en marche... Allant même jusqu'à recruter des alliés terriens après les avoir initiés au concept de base des lunatiques.
- Ah, oui ! Urgcnep ! L'acronyme de "Un repas gratuit, cela n'existe pas" - c'est la stricte vérité [...].
- Une philosophie intéressante.
- Ce n'est pas de la philosophie, juste la réalité. D'une manière ou d'une autre, vous devez toujours payer ce que vous obtenez.
Au fil du temps, Micke, grand coordinateur du mouvement acquiert même un visage et devient la figure emblématique du mouvement, tandis que Prof continue de tirer les ficelles en arrière plan. Le mouvement s'étend, s'organise et finalement face à une bévue du pouvoir menant à une émeute doit prendre le pouvoir...
Le début des complications dans la mesure où la planète mère à les moyens d'écraser ce qui n'est encore qu'une révolte... Le bras de fer commence tant avec les terriens qu'avec la génération spontanée de politiciens lunaires.
Bien que quelque peu daté, notamment sur la taille des super ordinateurs, et par moment trop didactique, Révolte sur la Lune reste une lecture assez plaisante. Le personnage de Mannie assez transparent est plus un témoin qu'un des moteurs de la narration. Le plus marquant est sans contexte Micke et ses avatars, dont les idées, la prétention et les doutes sont très agréables à suivre. Dommage que celui de Wyoming Knott s'efface si rapidement et que Prof ne soit qu'un théoricien servant à avancer les idées libertaires et libérales d'Heinlein.
Au final un récit qui n'est pas exempt de défauts mais reste entrainant, un bon moment.
Ils en ont parlés :
Nébal
Guillaume44

Défi Time enough for Heinlein bouclé !
La Brigade Chimérique Tome 4 à 6 de Lehman, Colin, Gess et Bessoneau

Le dernier tome de la Brigade Chimérique venant de paraître, je m'y suis remis. Pour mémoire, ma chronique de la première partie est : ICI.
Les évènements se précipitent, le Nyctalope a déclaré la guerre au couple Joliot Curie suite à l'intrusion de la Brigade Chimérique dans son repaire, pour libérer le Samsa l'Homme Cafard.
A l'international les évènements se précipitent, le Nyctalope découvre qu'il s'est fait mené par le bout du nez par le Grand Frère et Nous Autres.
Le pacte Nous Autres - Docteur Mabuse, ou plutôt le pacte germano soviétique, devient public. Le partage de la Pologne devient inéluctable...
Séverac et les Joliot Curie optent pour l'action, il faut neutraliser Mabuse et ses affidés une bonne fois pour toute, surtout que grâce aux révélations de Samsa leur véritable nature est désormais connue.
L'affrontement final est surprenant et réserve quelques surprises aux protagonistes de cette histoire...
Quoi qu'il en soit, la Seconde Guerre Mondiale semble inévitable et il apparait qu'il est temps tant pour la Magie que la Superscience de quitter le devant de la scène.
L'épilogue de cette histoire constitue le point d'orgue de la série, un final poignant et très réussi. Très référencée et dotée d'une histoire solide, La Brigade Chimérique constitue une oeuvre superbe que l'on dévore sans pouvoir s'arrêter.
Nous ne serons jamais des héros de Salsedo, Jouvray et Salsedo

Michaël est un trentenaire en galère, sa vie est rythmée par les missions d'intérim qu'il dégotte et sa tendance au cocooning...
A la mort de sa grand-mère, son père reprend contact avec lui et sa soeur... Les funérailles passées, Charles propose un marché à son fils. Infirme depuis l'accident qui a coûté la vie à son épouse, il a besoin d'un accompagnateur pour le tour du monde de ses souvenirs qu'il compte effectuer grâce à l'argent de la vente de la maison de sa mère.
Après quelques hésitations, Michaël accepte de renouer avec ce père acariâtre, qui avait couper les ponts avec ses enfants. Le voyage démarre comme une nouvelle galère pour Michaël qui découvre à quel point son père est pénible...
Au fil de leur pérégrinations toutefois, il en apprendra plus sur ses parents au fil des réminiscences de Charles dans les lieux ou les ambiances de son passé.
Quelques rencontres impromptu ou des figures du passé de Charles leur permettront de s'interroger sur leur vie respective...
Road movie doux amer, succession de moments forts ou sympathiques : barrière des générations, redécouverte réciproque, rencontres marquantes, quelles soient agréables ou non, et contemplation de lieux ou paysage. L'histoire n'est peut être pas des plus originales, il n'en reste pas moins qu'elle est narrée de manière impeccable. Nous ne serons jamais des héros se révèlent une très bonne surprise. Une BD que j'aurai plaisir à relire.
Starfish de Peter Watts

Un vague soleil cuivré se précise à tribord. Il ne s'agit guère que d'un flambeau au sommet d'un poteau, un marqueur de territoire qui repousse l'abysse à l'aide d'une ampoule au sodium et d'une pulsation VLF. Une manière pour l'Autorité du Réseau Electrique de pisser sur un rocher afin d'annoncer à qui veut l'entendre : cet endroit infernal est à nous.
La crise énergétique a atteint son paroxysme, pour répondre à la demande sans cesse croissante des stations géothermique sont installés le long de failles abyssales dans le Pacifique. Installés dans l'urgence et dans un milieu hostile, les stations ont besoin d'un entretien continu. Reste à trouver des individus acceptant et surtout capable de rester au moins une année au fond de l'océan dans un environnement oppressant.
Quand les lumières s'éteignent, dans la station Beebe, on entend le métal gémir.
Etendue sur sa couchette, Lenie Clarke tend l'oreille. Au dessus de sa tête, de l'autre côté des câbles, des tuyaux et du revêtement aussi fragile qu'une coquille d'oeuf, trois kilomètres d'océan noir tentent de l'écraser. Elle sent le rift sous elle, en train d'éventrer le fond marin avec assez de force pour déplacer un continent. Allongée dans ce refuge fragile, elle entend la carapace de Beebe bouger de quelques microns, entend ses soudures produire un grincement presque imperceptible pour une ouïe humaine. Dieu est un sadique sur la dorsale de Juan de Fuca, et Son nom est Lois de la Physique.
Comment m'ont-ils convaincue de faire ça ? se demande-t-elle. Pourquoi suis-je descendue ici ? Mais elle connaît déjà la réponse.
Les pionners de formation et d'horizon différents ont été sélectionnés selon deux critères les champions de la maîtrise de soi et les psychotiques... La seconde catégorie s'est révélée celle la plus à même de s'adapter...
Modifiés génétiquement et dotés d'un machine à produire de l'oxygène par électrolyse ses êtres instables en surface vont parfaitement s'adapter à l'obscurité et au désert du fond de l'océan.
Un désert émaillé d'oasis où une vie étrange s'est développée, des poissons gigantesques mais fragiles du fait de nombreuses carences, survivent autour des cheminées volcaniques.
Malgré quelques pertes initiales, l'équipage de la station Beebe va arriver à un point d'équilibres renforcer par la suite par la modification sur le tas de l'équipement qui leur a été greffé... Tout ce petit monde finira d'ailleurs par se trouver plus à l'aise dans l'océan obscur qu'au sein de la station étriquée.
Il aimerait arriver à les plaindre. Cela ne devrait poser aucune difficulté : ils se cachent dans le noir, ils se cachent derrières leurs calottes comme si le photocollagène était une espèce d'anesthésique général. Tout cela justifie la pitié des vraies gens. Mais comment s'apitoyer sur quelqu'un qui se débrouille pour mieux se porter que vous ? Comment plaindre quelqu'un qui, d'une certaine manière perverse, est heureux ?
Comment plaindre quelqu'un qui vous fait une peur bleue ?
Tandis que l'on suit se petit monde dans ses introspections et son acclimatation abyssale, le monde de la surface évolue et se découvre de nouveaux problèmes. Ces derniers remettent d'ailleurs en cause la mission géothermique et demandent que soit prise des mesures radicales...
Si Starfish se concentre pour l'essentiel sur l'évolution des "rifteurs", elle inclue aussi deux autres problématiques SF dont la dernière apparait dans le dernier tiers du récit. Son arrivée un peu abrupte m'a surpris même si quelques éléments précédents y préparait. Avec ce roman Peter Watts livre un texte efficace et plaisant mais quelque peu frustrant dans la mesure où il appelle une suite... Quoi qu'il en soit ce livre fourmille de très bonnes idées et son ambiance est très prenante, je suis partant pour les suivants. Pas le roman de l'année mais un bon moment.
Aux trois éléphants de Lorris Murail

Minuscule recueil de deux nouvelles recommandé et prêté par une blogueuse très aimable, Aux trois Eléphants présente une certaine ressemblance avec les éditions luxueuses des voyages extraordinaires de Jules Verne.
Ceci n'est pas fortuit puisque la nouvelle Aux trois Eléphants est constituée par les lettres envoyées par un libraire incrédule au mystérieux détenteur d'une édition inconnue de Verne. Individu qu'on découvre en lisant entre les lignes du libraire. Une courte nouvelle entrainante, bien menée qui remplie bien son rôle d'hommage.
La nouvelle suivante Tri Sélectif, qui évoque la fibre écologique d'une puissante civilisation extra-terrestre m'a laissé de glace. Iain M Banks ayant traité d'un sujet similaire de manière beaucoup plus amusante avec sa nouvelle Nettoyage.
Un petit recueil en demi teinte qui se lit très rapidement.
CLEER, Une fantaisie corporate de L.L. Kloetzer

Pendant ces quelques semaines, je veux ouvrir un créneau, une porte particulière que ne pourront emprunter que ceux qui la verront. Ceux qui la passeront devront convenir en tout point aux exigences du Groupe. Ils devront en être la quintessence. Ils seront parfaits.
Tout à la fois, ils devront présenter des défauts, des failles, des lignes de doute. Que le pur se mêle à l'impur, que la perfection soit entachée... Allions ce que nous désirons et ce que nous repoussons de tout notre être. N'ajoute-t-on pas des impuretés dans le mélange siliceux pour fabriquer du cristal plutôt que du verre ? Je cherche mieux que le cristal.
Le Groupe CLEER cherchent de nouveaux collaborateurs de haut niveaux. Charlotte Audiberti et Vinh Tran font partie de la sélection et devront désormais travailler en tandem. Vinh, carriériste forcené, est brillant, tranchant et impitoyable. Charlotte semble plus indécise mais elle a été sélectionnée pour la formation Karenberg...
Curieusement, le sigle de votre nouvel employeur vous reste présent en permanence à l'esprit. Cinq lettres, le blanc, le bleu, le ciel, la lumière. Une lumière intérieure ?
Et ces mots simplement.
C L E E R
Be yourself
Intégrés au sein du département Cohésion Interne, chargé de résoudre toute sortes de problèmes au sein du Groupe, en incluant ses filiales, mais surtout de défendre envers et contre tout son image immaculée.
S'en suivent cinq missions où le rôle et la capacités des deux collègues évoluent. Notamment Charlotte qui développe des capacités empathiques et cognitives surprenantes...
-Qu'est-ce que la rumeur dit d'autre ?
- Elle dit qu'il faut que vous travailliez encore avec Mlle A. Nous voulons vous faire jouer un rôle de coach informel. Vous savez qu'elle est entrée dans un cycle de formation Karenberg.
- Elle m'a expliqué.
- Compte tenu de la personnalité de votre collaboratrice certains progrès et certaines transformations ne pourront s'effectuer que malgré elle. Nous vous demandons de les accompagner. Et de nous informer.
Mäntylä prend une nouvelle balle pour le service. Un instant...
- Qu'est-ce que ça m'apporte ?
Mäntylä sourit, glacial.
- Vous êtes très compétent, Tran. Une sorte de fou psychopathe dans votre genre. Mais je ne suis pas certain que vous soyez celui des deux auquel le Board tient le plus.
Les missions qui leur sont confiés sont souvent aux portes du surnaturels que ce soit pour trouver la cause d'une série de suicide dans une filiale, trouver l'échec que veut dissimuler un autre service ou démasquer un saboteur, une dimension hallucinatoire est toujours présente due aux traquenards qui sont tendus au très rationnel Vinh ou à l'hypersensibilité de Charlotte qui augmente au fil du temps et des manipulations de ses supérieurs.
Les autres bourdonnent. Se tiennent à distance, prudents.
... folle. La Cohésion Interne pète les plombs...
- Laisse tomber. Je trouverai un autre moyen.
L'écran de login brille avec insolence. Mot de passe ? Elle renverse la tête en arrière, geste dérisoire pour détendre son dos et sa nuque durcis. Yeux clos. Des ronds de lumière grandissent puis disparaissent sur l'écran noir de ses paupières. Tout est là. Elle n'a même pas besoin de se reconnecter, les synapses ont rétabli les liens, elle navigue dans les rapports, sentiments, les émotions, les données numériques. Elle peut voir Bronner. Elle le voit.
Surprenant et très plaisant à lire, CLEER s'avère une excellente surprise. Le mélange hallucination réalité est amené à chaque fois de manière très progressive, avec légèreté, et s'est avec plaisir que l'on découvre le désarroi des protagonistes dans leur cheminement vers la lumière. Un roman qui se dévore d'une traite et sans doute une de mes meilleures lectures 2010.
Un avis chez Gromovar.
Blacksad : L'enfer, le silence de Diaz Canales et Guarnido

Après encore une très longue attente, le dernier Blacksad vient de paraître, on n'est pas déçu par un opus de très bonne qualité.
N'ayant jamais chroniqué de Blacksad en ce lieu, je résume rapidement la série. Blacksad est un détective privé dans l'Amérique des années 50, l'ambiance est celle des romans noirs américains, le trait est superbe. Petite particularité de la série, les physionomies sont celles d'animaux. Une manière habile de définir rapidement les caractères mais aussi l'occasion de jouer dans le texte avec les apparences ou les caractères supposés des dits animaux.
Passons maintenant à L'enfer, le silence, Blacksad et le reporter Weekly se trouve à la Nouvelle Orléans embauché par Faust Lachapelle, un producteur de jazz influent, pour retrouver un musicien héroïnomane...
Les choses se compliquent rapidement quand il devient évident que le musicien se terre, que quelqu'un a bien l'intention de l'éliminer et que Faust Lachapelle est agonisant.
L'ambiance de la Louisiane est très bien rendue, du carnaval au restaurant cajun en passant par la médecine vaudou. La galerie de personnage est impeccable de même que les dialogues. L'histoire est pleine de faux semblants, prenante et au final à la hauteur des espérances. Un excellent cru, à lire et relire.
L'Homme de la toundra de Jirô Taniguchi

Recueil de nouvelles ayant majoritairement pour sujet la nature, L'Homme de la toundra est une excellente surprise.
L'Homme de la toundra et Le grand ouest blanc mettent en scène Jack London, en tant que chercheur d'or en Alaska. La première apocryphe, raconte via un document retrouvé à la fin du XXeme siècle, la rencontre entre des chercheurs d'or contraint à la famine par l'hiver précoce et un vieil indien partit à la rencontre de son destin. Une nouvelle narrée très puissante, narrée en deux temps.
Le grand ouest blanc inspiré par Croc Blanc narre le convoyage du corps d'un noble anglais, chercheur d'or malchanceux désirant être enterré dans sa terre natale. Deux hommes, un traineau et des chiens assiégés chaque nuit par une meute de loup, dont la femelle alpha se joue de toutes leurs mesures de sécurité. Un très bon texte bien prenant.
Avec Nos montagnes, Taniguchi est de retour au Japon. Au nord de l'archipel, une ethnie s'est spécialisée dans la chasse à la l'ours. Un vieillard est hanté par la mort de son fils, tué par un vieil ours n'hibernant pas. Dévoué à son petit fils, il a renoncé à la chasse quand l'ours errant est de nouveau signalé dans les environs... Plus que le récit d'une traque ou de l'affrontement entre un homme et un ours, une fable le cycle de la vie et de la mort.
Kaïyosé-Jima, l'île où accostent les coquillages est une histoire naturaliste sur un été au bord de l'océan. Plaisant mais pas aussi entrainant que les autres textes.
Les appartements Shôkarô de son côté n'a rien à voir avec la nature mais raconte l'année passée par un jeune mangaka dans un bordel désaffecté reconverti en chambres à louer. Une belle galerie de personnage et une ambiance étrange aux frontières du fantastique.
Retour à la mer, un biologiste marin étudiant les baleines à bosse et plus particulièrement un vieux mâle est confronté à la légende inuites du cimetière des baleines. Un texte puissant sur la mort et le rapport improbable entre un homme et une baleine, magnifique !
Un très beau recueil à lire au calme, évasion garantie.
L'o10ssée - L'odyssée Folio SF en 10 nouvelles

Anthologie constituée pour le dixième anniversaire de la collection Folio SF, ce recueil, aimablement offert, se révèle une bonne surprise. Entre les nouvelles sont intercalés des panégyriques d'auteurs français sur des textes parus dans la collection, ils ne sont pas tous convaincants mais je dois admettre qu'Antoine Bello m'a donné envie de lire Solaris de Stanilas Lem.
Parmi les nouvelles proposées, l'uchronie de Mary Gentle, La route de Jérusalem, n'est pas très convainquant, l'auteur me semble plus à l'aise avec les romans fleuves. Chronos de Maïa Mazaurette, Okw de Stéphane Beauvergé et La bétonnière à mafiosi de Ray Bradbury m'ont laissés sur ma fin, surtout celle de Bradbury qui parait assez insignifiante par rapport à celles des Chroniques Martiennes.
Heureusement, les nouvelles suivantes m'ont plus enthousiasmés...
Utriusque Cosmi de Robert Charles Wilson met en scène une gamine fuyant une situation tragique avant d'être contactée par des extra terrestres à mi chemin entre ceux du Vaisseau des Voyageurs et les hypothétiques de Spin et Axis. Un texte plaisant mais dont l'évènement extraordinaire provoque un sentiment de déjà-vu.
Vestige de Christopher Priest, que j'avais déjà lu dans le Bifrost n°53, est toujours aussi plaisant. Un beau texte sur l'amour et le deuil aux frontières du fantastique, élégant et subtil.
Le constructeur de Philip K. Dick met en scène un homme obsédé par la construction d'un navire dans son jardin. La fin allusive est très réussie et puissante.
Passagers de Robert Silverberg est une grande réussite, amour et manipulation dans un univers schizophrénique et désenchantée.
Avec Kenningar, Jean-Phillipe Jaworski s'essaye avec brio au conte nordique, confusion des destins entre un guerrier, skalde talentueux et un poète celte. Grandiose !
Ethologie du tigre de Thomas Day constitue pour moi le meilleur texte de cette anthologie. Un texte magnifique, à la fois désenchanté et porteur d'espoir, suivant le point de vue des protagonistes. Day, en grande forme, propose ici un texte parfaitement construit et maîtrisé sans céder à ses débordements outranciers. Excellent dans la même ligne que Lumière Noire dans Retour sur l'horizon ou Le Trône d'ébène.
Six bons textes sur dix pour un prix défiant toute concurrence (offert aux blogueurs ayant participé à l'opération ou aux acheteurs de deux livres de la collection). Un très bel anniversaire.
Ils en ont parlés : Gromovar, Guillaume44.
L'épouse de bois de Terri Windling

Ma chère Marguerita, si tu trouves cette note, cela voudra malheureusement dire que j'ai échoué une fois encore. Je prie Dieu que non ; mais les prières, sur une langue imbibée de gin, n'ont que peu de valeur, et mon Dieu a depuis longtemps cessé de m'écouter.
Maggie Black, journaliste, auteur d'études sur la poésie et poète en pause vient d'hériter de tous les biens de Davis Cooper. Ce dernier a été retrouvé noyé dans un lit de rivière à sec, dans les montagnes désertiques de l'Arizona où il vivait reclus depuis des décennies. Se remettant d'une rupture avec un amant, voulant prendre de la distance avec son ex mari très intrusif, Maggie se rend sur place. Une bonne occasion de réunir les documents du poète et rédiger la biographie qu'il lui a toujours refusé.
Tomas posa une main sur le bras de Maggie pour l'arrêter. Elle ne fit plus un geste et en oublia de respirer. Devant les arbres blancs, la roche blanche et lisse, on voyait la silhouette d'un énorme cerf à sept pointes, si blanc et calme qu'on l'aurait dit sculpté dans un morceau de pierre blanchie au soleil. Ce dernier les regardait, il savait qu'ils étaient là. Pourtant, il ne s'était pas enfui. Il se tenait droit au-dessus de la source de la montagne, et il se baissa lentement pour boire. Elle se tenait si près qu'elle arrivait à voir les muscles rouler sous la peau du cou du puissant cerf.
Sur place, marquée par les paysages de l'Arizona elle découvrira les oeuvres d'Anna Naverra, la peintre qui partagea la vie du poète jusqu'à la fin des années quarante. Des oeuvres, rappelant celles de Brian Froud (voir la couverture du livre) mais inspirée par la faune et la flore du désert. Guidée par sa poignée de voisins, Maggie découvrira les environs, une part du passé de Cooper et Naverra ainsi que quelqu'un des mystères qui arpentent le désert..
Rapidement, les évènements étranges se multiplient sans pour autant perturber Maggie et le lecteur, tant leurs apparitions sont progressives et légères : le saccage de la maison par une meute de chiens, de menus chapardages, des coyotes très familiers, un inconnu croisé dans la montagne, une entité mi humaine mi lapin venant chercher refuge chez elle...
Maggie se surprit à regarder deux fois chaque oiseau, chaque lézard, chaque buisson de créosote, en se demandant lesquels étaient réels et lesquels étaient... quoi ? Irréels ? Surréels, comme disait Anna Naverra. Tout était réel. C'était la magie, le battement du coeur, le pouls du centre du monde. Elle voulait mieux le connaître. Elle voulait apprendre les secrets du désert, le langage de la terre, d'après Cooper. En écoutant bien, elle arrivait presque à l'entendre, c'était comme un air de flûte porté par le vent.
Submergée par l'émerveillement, elle ne se rendra compte que tardivement qu'elle et ses voisins sont les jouets des gardiens du désert... Comme l'ont été Anna Naverra et Davis Cooper auparavant avant d'être brisés.
Je ne supporte pas de t'imaginer dans des pays plats où les pierres ne chuchotent pas ton nom.
Avec L'épouse de Bois, Terri Windling signe un roman de fantasy légère très agréable. On est envouté par le désert et les images qu'elle convoque sont convaincantes. Ses personnages sont tous ciselés et servent parfaitement l'intrigue qui se dévoile peu à peu. La narration subtile est progressive et très immersive, on s'attache à tout ce petit monde, un très bon moment dans une ambiance atypique, malheureusement desservi par un nombre élevé de coquilles.














