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Ma chère Marguerita, si tu trouves cette note, cela voudra malheureusement dire que j'ai échoué une fois encore. Je prie Dieu que non ; mais les prières, sur une langue imbibée de gin, n'ont que peu de valeur, et mon Dieu a depuis longtemps cessé de m'écouter.

Maggie Black, journaliste, auteur d'études sur la poésie et poète en pause vient d'hériter de tous les biens de Davis Cooper. Ce dernier a été retrouvé noyé dans un lit de rivière à sec, dans les montagnes désertiques de l'Arizona où il vivait reclus depuis des décennies. Se remettant d'une rupture avec un amant, voulant prendre de la distance avec son ex mari très intrusif, Maggie se rend sur place. Une bonne occasion de réunir les documents du poète et rédiger la biographie qu'il lui a toujours refusé.

Tomas posa une main sur le bras de Maggie pour l'arrêter. Elle ne fit plus un geste et en oublia de respirer. Devant les arbres blancs, la roche blanche et lisse, on voyait la silhouette d'un énorme cerf à sept pointes, si blanc et calme qu'on l'aurait dit sculpté dans un morceau de pierre blanchie au soleil. Ce dernier les regardait, il savait qu'ils étaient là. Pourtant, il ne s'était pas enfui. Il se tenait droit au-dessus de la source de la montagne, et il se baissa lentement pour boire. Elle se tenait si près qu'elle arrivait à voir les muscles rouler sous la peau du cou du puissant cerf.

Sur place, marquée par les paysages de l'Arizona elle découvrira les oeuvres d'Anna Naverra, la peintre qui partagea la vie du poète jusqu'à la fin des années quarante. Des oeuvres, rappelant celles de Brian Froud (voir la couverture du livre) mais inspirée par la faune et la flore du désert. Guidée par sa poignée de voisins, Maggie découvrira les environs, une part du passé de Cooper et Naverra ainsi que quelqu'un des mystères qui arpentent le désert..

Rapidement, les évènements étranges se multiplient sans pour autant perturber Maggie et le lecteur, tant leurs apparitions sont progressives et légères : le saccage de la maison par une meute de chiens, de menus chapardages, des coyotes très familiers, un inconnu croisé dans la montagne, une entité mi humaine mi lapin venant chercher refuge chez elle...

Maggie se surprit à regarder deux fois chaque oiseau, chaque lézard, chaque buisson de créosote, en se demandant lesquels étaient réels et lesquels étaient... quoi ? Irréels ? Surréels, comme disait Anna Naverra. Tout était réel. C'était la magie, le battement du coeur, le pouls du centre du monde. Elle voulait mieux le connaître. Elle voulait apprendre les secrets du désert, le langage de la terre, d'après Cooper. En écoutant bien, elle arrivait presque à l'entendre, c'était comme un air de flûte porté par le vent.

Submergée par l'émerveillement, elle ne se rendra compte que tardivement qu'elle et ses voisins sont les jouets des gardiens du désert... Comme l'ont été Anna Naverra et Davis Cooper auparavant avant d'être brisés.

Je ne supporte pas de t'imaginer dans des pays plats où les pierres ne chuchotent pas ton nom.

Avec L'épouse de Bois, Terri Windling signe un roman de fantasy légère très agréable. On est envouté par le désert et les images qu'elle convoque sont convaincantes. Ses personnages sont tous ciselés et servent parfaitement l'intrigue qui se dévoile peu à peu. La narration subtile est progressive et très immersive, on s'attache à tout ce petit monde, un très bon moment dans une ambiance atypique, malheureusement desservi par un nombre élevé de coquilles.

 

La chronique de Calenwen