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- ... sans coercition, incitation ni promesse d'aucune sorte et après avoir été pleinement averti et éclairé quant aux conséquences de mon serment, je déclare m'engager ce jour au Service de la Fédération Terrienne pour un temps qui ne saurait être inférieur à deux années et qui peut être prolongé au gré des nécessités du Service...

Là, j'ai légèrement tiqué. J'avais toujours considéré que la durée d'engagement était de deux années, sans doute parce qu'il en était ainsi dans l'idée de tous les civils. En fait, nous étions en train de nous engager pour la vie.

Juan Rico est un jeune homme plein d'avenir, du fait de la richesse de ses parents son avenir est tout traçé : université pour intégrer l'entreprise de papa pour prendre, à terme, la relève. Tant pour l'appel de l'aventure et du voyage que par l'influence de ces amis, Johnny décide de s'engager pour le service fédéral qui lui octroiera à sa sortie la pleine citoyenneté... Moins brillant que ces camarades, il est affecté à l'infanterie mobile, des marines équipés d'exosquelettes surarmés...
Pendant sa formation, le conflit latent avec les Punaises éclatent... La carrière de Juan ne fait que commencer.

Bien que le roman démarre par un flashback en pleine action, ce récit initiatique se concentre sur la formation de Juan et la philosophie sous-jacente à ce régime militariste non autoritaire. La citoyenneté n'est en effet accordé qu'aux anciens soldats partant du principe que les seuls acteurs valables du régime sont ceux qui ont eu le courage et la volonté de se dresser pour le défendre. Les civils ne sont pas pour autant sous le joug d'une dictature, seul la justice est expéditive le fouet pour les délits, la corde pour les crimes.

L'armée imaginée par Heinlein est à la fois une utopie et une critique des armées du XXeme siècle, on ne recrute que sur la base du volontariat, après un tri impitoyable sur le volet, les démissionnaires sont instantanément rayé des cadres et renvoyés dans leur foyer. Dans ces conditions, la formation est impitoyable, seul 20 % des recrues sont retenues au terme d'une formation où les accidents mortels sont possibles.

Ted avait commis la faute à ne pas commettre. Et c'était vraiment une faute. Nous détestions tous le Régiment (qui l'aimait, au fait ?) mais Ted avait vraiment essayé de toutes ses forces de gagner sa franchise de citoyen. Il avait l'attention de se lancer dans la politique dès son retour à la vie civile. Il nous disait toujours :"Vous verrez... il va y avoir du changement."
Maintenant, il n'avait plus aucune chance de se retrouver jamais derrière un bureau. Mais si cela lui était arrivé à lui, il pouvait en être de même pour moi. Moi aussi je pouvais craquer. Demain, dans une semaine... Et je n'aurais pas le droit de donner ma démission. Et je recevrais autant de coups de fouet que Ted.

Passé ce cap, la survie des soldats devient la principale motivation des officiers, on ne sacrifie personne volontairement, on ne laisse personne derrière dans la mesure du possible... Dans ce régime, nombre de généraux français ayant officiés entre 1914 et 1918 aurait été pendu.

Heinlein explore son hypothèse à l'extrême, imaginant une société disciplinée (en opposition au laxisme de l'éducation du XXeme siècle) et une armée totalement utopique. L'argumentation n'exclue toutefois pas une société libérale (au sein US du terme). Le récit fait la part belle à la formation et l'éducation de Juan, individu somme toute assez moyen auquel il est facile de s'attacher. Les scènes d'actions sont rares, pas plus de deux sauf erreur, mais prenantes.

Rien de ce qui a de la valeur n'est gratuit. Même le souffle de la vie, nous ne l'obtenons à notre naissance que par la souffrance et un sursaut d'effort.

Ce court roman d'Heinlein remplit parfaitement son rôle, après un démarrage au coeur de l'action, l'idéologie explorée l'auteur  est lancée violemment à la face du lecteur. Développée et nuancée ensuite, elle ne laisse pas indifférent et remplit son rôle épidermique, à savoir la critique des systèmes politiques actuels. Plus que le panégyrique d'un système disciplinaire et militariste (le point de vue est trop utopique et critique des armées passées pour être crédible), j'y ai vu une critique des failles de nos systèmes politiques. Un roman coup de poing qui ne laisse pas indifférent.

Sur la lancée, j'ai revu le film de Verhoeven, joyeusement subversif et second degré, l'armée utopique ayant disparue au bénéfice d'une critique acerbe des dérives sécuritaires, puis relu l'excellente chronique de Nébal sur le Cafard Cosmique.

L'avis de Traqueur Stellaire.

 

 

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