03 septembre 2010

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Reif Larsen

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Le téléphone a sonné un après-midi du mois d'août, alors que ma soeur Gracie et moi étions sur la véranda en train d'éplucher le maïs doux dans les grands seaux en fer-blanc. Les seaux étaient criblés de petites marques de crocs qui dataient du printemps dernier, quand Merveilleux, notre chien de ranch, avait fait une dépression et s'était mis à manger du métal.
Peut-être devrais-je m'exprimer de manière un peu plus claire. Quand je dis que Gracie et moi épluchions le maïs doux, ce que je veux dire, en fait, c'est que Gracie épluchait le maïs doux tandis que moi, de mon côté, je schématisais dans l'un de mes petits carnets bleus les différentes étapes de cet épluchage.

Tecumseh Sansonnet Spivet est un gamin de 12 ans vivant dans un ranch, à Divide, Montana. Fils ainé du couple improbable composé par son père rancher et sa mère scientifique, c'est aussi un génie précoce en matière de science et plus précisément dans l'élaboration de schéma technique ou de cartes. Le Docteur Yorn, un ami de sa mère, l'accompagne dans ses oeuvres et lui permet d'être publié dans diverses revues scientifiques. A son insu, le docteur l'a même inscrit au prestigieux concours du Smithsonian à Washington....

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Je faisais des croquis très détaillés de toutes ces activités depuis que j'avais huit ans, âge auquel mes facultés cognitives et mon intelligence avaient commencé à s'épanouir, juste assez pour m'accorder le recul nécessaire au travail du cartographe. Je ne prétends pas que mon esprit était entièrement développé : j'aurais été le premier à reconnaître que je restais un enfant à bien des égards. Pour tout dire, il m'arrivait encore de faire pipi au lit, et je conservais une peur panique du porridge. Mais j'étais fermement convaincu que la cartographie avait gommé beaucoup de mes croyances enfantines. Quelque chose, dans le fait de mesurer la distance entre l'ici et l'ailleurs, dissipait le mystère de ce qui se trouvait entre les deux, mystère parfois terrifiant pour moi qui, comme la plupart des enfants, manquais de connaissance empiriques. Comme la plupart des enfants, je n'étais jamais allé ailleurs. J'étais à peine arrivé ici.

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Pour sa plus grande surprise, il remporte le concours. Les responsables de ce dernier le contacte directement court circuitant le Docteur Yorn. Si le premier réflexe de T.S. est de décliner l'invitation, sans pour autant lever le quiproquo concernant son âge, un petit incident avec son père va déclencher une mutation profonde.

Quelque chose, dans la façon dont mon père avait poussé ce serpent du bout du pied, dont il n'avait vu que lui à cet instant et l'avait complètement oublié l'instant d'après, me troublait profondément. Sitôt la crise évitée, il en était revenu à son souci initial : la remise en eau des fossés, et cela avec une assurance qui signifiait, en substance : Il n'y a pas de miracles sur cette Terre.
Je n'étais pas né pour vivre ici. Je le savais depuis longtemps, sans doute, mais le geste de mon père avait cristallisé cette vérité. Je n'étais pas une créature de l'Ouest.
J'allais me rendre à Washington. J'étais cartographe, scientifique, et on avait besoin de moi là-bas. Le Dr Clair elle aussi était scientifique, mais je ne sais trop pourquoi, le ranch lui convenait aussi bien qu'à mon père. Ces deux-là étaient à leur place ici, ensemble, à se tourner autour sur les pentes infinies du divide.

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T.S. fugue alors et compte bien couvrir les quatre milles kilomètres qui le sépare de Washington, il prend d'ailleurs rapidement ses aises en arrêtant avec astuce un train de marchandises. Commence alors un petit road movie émaillé de rencontres étonnantes, des digressions incessantes de T.S. et de la lecture d'un carnet, emprunté dans le bureau de sa mère,  narrant la vie d'une lointaine aïeule de son père, une des premières géologues du XIXeme siècle.

Le texte est abondamment illustré, en marge de dessins et schémas, donnant corps aux multiples digressions. T.S. se révèle un gamin attachant autant passionné par la cartographie que les Mac Donald. Le récit est très vivant et on s'attache rapidement à cet enfant, hanté par un énorme sentiment de culpabilité, présenté par petites touches au fil des pages. Le voyage prend finalement moins de temps que prévu mais est riche en rencontres surprenantes, par forcément aimables.

Un très beau texte, qui s'il est assez classique dans son thème de la fugue, est narré de manière originale et foisonne d'autres problématiques. En sus des problèmes du gamin, on trouvera ainsi un historique sur la place des femmes dans la communauté scientifique, la théorie de l'évolution, la mécanique quantique, des trous de vers, le côté pontifiant des représentants des institutions prestigieuses, un prophète dément, un flic pas bien malin, une société secrète...
L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet ne relève pas réellement de la littérature de genre mais l'omniprésence de la science sous toutes ses formes, même les plus improbables, ne peut que séduite l'amateur de SF. Un excellent roman que je  recommande chaudement, un des moments les plus marquants de cette année.

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Posté par efelle à 10:06 - - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires sur L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Reif Larsen

Ha c'est celui dont tu parlais sur le forum de planet sf. J'adore ce genre de bouquin. Définitivement il est noté sur ma làl.

Posté par Tigger Lilly, 03 septembre 2010 à 11:26

Mmmh que ce billet ouvre l'appétit...

Posté par Guillaume44, 03 septembre 2010 à 13:41

Voilà une chronique qui donne envie !

Posté par Val, 03 septembre 2010 à 15:07

J'ai littéralement été happé par ce bouquin, je ne peux que vous inciter à y venir.

Posté par Efelle, 03 septembre 2010 à 15:12

Intriguant et intrigué...

Posté par El Jc, 04 septembre 2010 à 01:10

Absolument superbe. Je note et j'offre sans aucun doute (je sais précisément à qui je vais offrir).

Posté par gromovar, 04 septembre 2010 à 09:38

Je viens de le sortir il n'y a pas une demi-heure de l'étagère (sélectionné parmi tant d'autres!) et je te dirai donc bientôt ce que j'en ai pensé.

Posté par BiblioMan(u), 04 septembre 2010 à 17:45

Je ne demandais pas mieux, après t'avoir lu, d'accrocher à cette histoire qui partait pourtant bien mais le discours de ce jeune homme ne m'a pas emporté. Parfois trop de digressions à mon goût et une certaine lassitude qui s'est faite avec ses croquis en marge.

Posté par BiblioMan(u), 11 septembre 2010 à 17:35

Le coup des digressions est très particulier, on accroche ou pas. Moi, j'ai adoré mais je comprends qu'on puisse décrocher.

Posté par Efelle, 11 septembre 2010 à 17:47
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