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Anthologie de fantasy, de 1999, présentant quelques auteurs français, Légendaire s'avère une bonne surprise malgré quelques fausses notes.

Songe Ophidien de Mathieu Gaborit ouvre le recueil, autant j'ai bien aimé l'auteur pour ses Crépusculaires autant sa nouvelle tombe quelque peu à plat. En effet, elle prend place dans l'univers d'Agone et présente les déboires d'une jeune méduse dont les serpents meurent. Assez plaisante sans être particulièrement prenante, le récit s'effondre sur une conclusion très maladroite et expédiée liant la jeune méduse à un personnage secondaire d'Agone.

Oh et un dernier détail : le monde des rêves n'est pas éternel. Pour tout vous dire, il appert même qu'il se prépare, au moment qui nous intéresse, à vivre ses ultimes instants. Personne ici ne veut encore y croire. Des oracles l'annoncent, certes, des textes anciens le prédisent, et notre bonne ville de Londres comme à s'agiter, d'autant que la Reine a été enlevée, mais lorsque le Songe est votre seule réalité, la fin du monde même a les apparences d'un rêve, et peut-on vraiment s'inquiéter de la naissance d'un rêve ?

Forgiven de Fabrice Colin, nous plonge dans un reflet onirique de Londres au XIXeme siècle. Un vieillard et un adolescent tourne autour de la même prostituée alors que le songe semble devoir s'arrêter. Quelque part entre rêve et cauchemar, entre Peter Pan et Hyde, une nouvelle folle et prenante. Très agréable à lire, sans doute un des meilleurs textes de l'anthologie.

Avec Novinia, Laurent Genefort signe un texte qui rappelle les mésaventures du Cugel de Jack Vance. Alaet sauve une sorcière crucifiée et jetée dans un cours d'eau, pas totalement désintéressé il tente d'obtenir des concessions en échange. La vengeance de la sorcière sera cruelle et Alaet devra faire preuve de beaucoup d'ingéniosité et de persévérance pour se sortir de ce mauvais pas. Très sympathique et rafraichissant.

Contre-Magie de Nathalie Dau, un couple errant se trouve au prise avec la malédiction qui pèse sur une auberge. L'univers dépeint est original et la nature de la malédiction bien mise en scène. De la fantasy élégante et légère, encore un texte agréable.

Le style de Bien-être, Travail envié, d'Erik Wietzel est impeccable mais le sujet l'est moins dans son traitement. Sous couvert de conflit médiéval fantastique, un parallèle est tracé avec la Shoah et la Seconde Guerre Mondiale, le calque est posé de manière maladroite et je suis rapidement sortie du récit tant la solution d'extermination est crétine. Le point d'orgue en la matière étant l'apparition du dragon - crématoire...

Elfine
de Pierre Grimbert souffre du même problème que le texte de Gaborit, on met en avant un détail d'un univers existant, ici celui de la Malerune, avec une nouvelle qui ne présente pas grand intérêt en elle-même.
Le manque d'inspiration est flagrant.

La nuit des Labyrinthes de David Calvo est une enquête nocturne déjantée dans le Marseille du XIXeme. Un texte quelque peu surréaliste qui finit toutefois par retomber sur ses pattes. Je ne me suis pas ennuyer en le lisant, il m'a bien marqué mais je reste incapable de dire si j'ai aimé.

Isabelle Collet m'a agréablement surpris avec Yèrne, gardant un souvenir mitigé des romans tirés du jeu de rôle Néphilim, Le chant de la terre. La nouvelle commence tambour battant avant de présenter la lutte entre deux êtres pouvant se projeter à travers les siècles. De simple émulation, le conflit a tourné à l'affrontement à mort. Efficace et varié, un très bon moment.

Il erra dans les jardins, ne sachant plus quoi penser au sujet de cet endroit. Le spectacle auquel il avait insisté avait laissé en lui un désir violent et un peu malsain. Il avait envie de drogue ou d'alcool, et surtout d'une femme qui se plierait à sa volonté sans rien dire.


Mademoiselle Belle
de Laurent Kloetzer constituait la principale raison à l'achat de cette anthologie, l'auteur ayant déjà mis en ligne sa lecture des trois premiers quarts de cette nouvelle. Le podcast m'a séduit et donné envie de connaître la fin au plus vite...
On retrouve Jaël de Kherdan invité à une fête au sein des jardins d'un somptueux château provincial. L'énigmatique auteur de l'invitation demeure introuvable et les jeux deviennent de plus en plus malsain et pervers au fur et à mesure que la soirée avance. Un texte qui se suffit à lui même, même si l'avancée de la soirée n'est pas sans rappeler les ambiances de la Petite Dvern. Prenant et bien mené, un des meilleurs textes du recueil.

Pour une poignée de cailloux
de Roland C. Wagner est un conte avec inversion des codes propres à la fantasy. Très court et amusant, un bon moment.

Contre la fatalité de Magali Segura est un excellent texte en deux temps. Un mercenaire est pris dans les rets d'une créature légendaire et conduit à vivre deux fois la même semaine. Un texte prenant et poignant au fur et à mesure que le principal protagoniste s'humanise quelque peu. Bien mené jusqu'à son superbe dénouement, la nouvelle tranche complètement avec les poncifs du genre, en complète opposition avec mes dernières lectures de Gemmell, un excellent moment qui rejoint le panthéon de cette anthologie avec les nouvelles de Laurent Kloetzer et Fabrice Colin.
J'ai effectué quelques recherches sur l'auteur mais je ne suis pas sûr que sa trilogie chez Bragelonne soit dans la même veine, si quelqu'un peut m'apporter des précisions à ce sujet...

Pas mal de bonnes surprises dans cette anthologie découverte avec une décennie de retard... Par contre j'ai été assez surpris de voir le nombre d'auteurs qui ont disparus du paysage...