Océanique de Greg Egan

Dernier recueil de nouvelles de Greg Egan chez Le Bélial, récompensé récemment du Prix du Cafard Cosmique. Au programme treize textes de bonne facture. Globalement les mathématiques n’envahissent pas les textes et ne laisse pas les béotiens, moi par exemple, sur la touche comme fut le cas avec l’Assassin Infini dans Axiomatique et La plongée de Planck dans Radieux.
Gardes-frontières ouvre le bal avec une partie de football quantique dans une société d’immortels, la thématique se déploie ensuite au niveau de la durabilité des relations humaines et du poids de la mémoire, surtout en ce qui concerne les souvenirs d’une époque révolue.
Les Entiers sombres prolongent l’intrigue de
Underwood entendit les gens siffler le 164 partout (au travail, dans les rues, dans les magasins) mais il savait que sa perception était faussée, qu’il le remarquerait davantage que tout autre mélodie qu’il pourrait distinguer. Magda le sifflotait, sans s’en rendre compte, et il finit par renoncer à faire un commentaire. Lui-même le chantonnait et s’endormait le soir en l’entendant ; écouter d’autres musiques chassait bien le 164, mais il revenait rapidement avec le silence – parfois seul, le plus souvent accompagné de ses détestables paroles. Ce qui le surprenait, c’est que les gens ne fracassent pas des bouteilles de Milworth & Hobbs en guise de protestation, qu’ils ne prennent pas d’assaut les bureaux de l’entreprise – ou ceux de son agence de publicité, que personne ne réclame la tête de quelqu’un. Mais non. Il n’y avait pas de tollé général. Ils avaient l’habitude qu’on déverse une musique détestée dans leur cerveau et, aussi révolutionnaire et efficace que fût la méthode de Halbright, ses compositions entraient dans le cadre d’une tradition bien établie et acceptée par tous.
Mortelles ritournelles présente les dernières avancées en matière de connaissance du cerveau. Un institut de recherche vendant sa découverte à une agence de publicité. Une fable acide et violemment ironique.
Quand le jet frais de l’anesthésique toucha sa peau, il éprouva un moment de panique absolue. Ils allaient découper son cerveau. Pas celui d’un Réserviste grognant et bavant, pas celui d’un inculte des bidonvilles, mais son propre cerveau, nourri d’une grande musique, de littérature et d’art, peuplé d’instants de joie et de lucidité suscités par les drogues psychotropes les meilleures, rempli d’ambitions qui pourraient avec le temps changer le cours de la civilisation.
Le Réserviste exploite le thème de l’immortalité via le clonage au travers des provocations d’un milliardaire. Une approche Hard SF d’un des thèmes d’Outrages et Rébellion de Catherine Dufour avec un texte encore une fois très ironique et cinglant.
Poussière, un chercheur créé des copies numériques de son esprit et les fait évoluer dans un univers virtuel. Ces copies existent-elles réellement ? Ont-elles conscience d’elle-même et que se passe-t-il dans l’ordinateur qui les contient est éteint ? Intéressant et très bien mené.
Les humains de chair inventaient des histoires dans lesquelles des extraterrestres venaient « conquérir » la Terre pour dérober leurs « précieuses » ressources matérielles, pour les anéantir par crainte de la « compétition »… comme si une espèce capable d’effectuer un tel voyage n’avait pas les moyens, l’intelligence ou l’imagination suffisante pour s’affranchir de tels impératifs biologiques dépassés. Conquérir la galaxie, c’est ce que feraient des bactéries disposant de vaisseaux spatiaux, par ignorance et parce qu’elles n’auraient pas d’autres alternatives.
Les Tapis de Wang présente une humanité qui s’est affranchie des limites de la chair et arpente la galaxie à la recherche d’autres formes de vie, sans verser dans l’interventionnisme. Mais aussi évolué que soit cette humanité, elle n’est pas à l’abri des idées préconçues… Un excellent moment.
Océanique approche l’acquisition de la foi, de l’aveuglement fanatique et de leur perte, cruelle mais présente aussi une société humaine ayant révolutionné sa sexualité. Un excellent texte assez amer.
Fidélité présente une société où les couples durent de moins en moins longtemps, après plusieurs expériences malheureuses un couple opte pour la préservation de leur sentiment via un implant. Encore une fois un texte amer qui sonne très juste.
Lama est un petit techno thriller tournant autour d’un implant permettant d’appréhender le langage d’une manière révolutionnaire et lucide. Bien construit et bien mené, que demander de plus ?
Dans Yeyuka, la biologie moléculaire a permis de vaincre toutes les maladies, enfin dans les nations industrielles occidentales. Un chirurgien décide d’aller se rendre utile en Afrique, où sévit une forme très virulente de cancer, pour se rendre utile. Il découvrira sur place que son engagement peut changer les choses s’il accepte de sacrifier un petit peu plus qu’un peu de temps. Un portrait sans concession des sociétés pharmaceutiques et une descente dans l’horreur et la frustration des missions humanitaires.
Singleton, un mathématicien, héros d’un instant, est traumatisé par la théorie quantique et les mondes multiples. Son acte héroïque improbable a changé positivement sa vie mais que ce serait il passé s’il ne l’avait pas fait, ce qui est le cas dans une infinité d’autres mondes. Obsédé par cette idée, il façonne sa vie et sa progéniture en conséquence. Un texte qui aurait pu être assez aride mais suffisamment bien emballé pour être prenant et qui déborde d’humanité.
Oracle reprend un personnage de Singleton qui se lance dans le sauvetage d’Alan Turing dans un monde parallèle. Ensemble, ils tenteront de changer durablement ce monde par petites touches.
Le Continent perdu sous couvert de science fiction, bien menée, présente la situation des réfugiés et de l’accueil qui leur est réservé par les sociétés occidentales. Un texte poignant, très réussi
Océanique se révèle donc un excellent cru, souvent amer et très convainquant, qui mérite amplement son prix. Personnellement il m’a convaincu de franchir le pas et d’aborder les romans de Greg Egan. A suivre !
Etoiles Mortes de Jean-Claude Dunyach

La planète est sinistrée, la Méditerranée asséchée, l’occasion de découvrir une mystérieuse cité organique engloutie, un Animal Ville. L’exploitation de la cité permet de mettre en place un réseau de transport instantané avec les autres Animaux Villes dispersées dans l’univers. Alors que la planète est ravagée, surpeuplée, l’élite trouve refuge dans un des Animaux Villes, nommé Supérieure, les habitants des autres cités vives ne sont que des citoyens de seconde zone dont la présence sert de contrepoids lors des déplacements inter cités de leurs employeurs.
Le seul autre moyen de quitter la Terre est de s’engager dans des missions sur des navires spatiaux lents, les individus sont plongés en hibernation et leur conscience est dissocié de leur corps, ils deviennent des Astraux, être insubstanciels spécialisés dans l’interface avec les cités vivantes.
Enfin existe des individus multiples, conscient de leur existence simultanée dans chaque cité comme Falstaff, le barman des Etoiles Mortes…
Nous sortons dans la neige, les yeux levés. Marilka s’échappe de moi en silence, s’écarte. Les étoiles de l’enseigne scintillent sur le ciel noir, une couronne rouge pâle qui s’éteint peu à peu. Un ultime éclair, le bruit d’un verrou dans mon dos. Les Etoiles sont mortes.
Closter est un artiste de seconde zone dont sa vie, et accessoirement celle de son chat, est rythmée par les transferts ordonnés par son employeur, un artiste richissime. Sa vie bascule quand il croise Marilka, une Astrale dont le corps a été perdue…
En sa compagnie, il prendra conscience que sa mémoire est régulièrement effacée et que ces œuvres innovantes lui sont soutirées…
D’ailleurs, je n’ai jamais vu les dessous d’une Animal Ville. Nivôse n’est pas celle que j’aurais choisie, mais je n’ai plus mon mot à dire depuis un bout de temps. Depuis cette première soirée chez Falstaff, pour être précis. Que devient-il ? Nivôse sans Etoiles Mortes est une idée déprimante. Ca fait trop longtemps que nous sommes échoués ici. Une ville n’est belle que si l’on est sûr de ne pas y rester.
Avec cette prise de conscience, vient rapidement les ennuis, la narration prend alors l’allure d’un thriller révolutionnaire. La traque est d’autant plus dure que Vorst, son meneur, dispose d’un double dans chaque ville. La mémoire de Closter semble avoir un pris important, grâce à Marilka il prendra conscience de la véritable nature des Animaux Villes et de leur potentiel.
Autour de nous, le brouhaha de l’astroport en pleine
effervescence. Nivôse est évacuée. Définitivement. Les rares propriétaires en
transit sont envoyées ailleurs, aussi vite que l’organisme de la ville le
permet. Les doubles excédentaires s’entassent dans le vaisseau gris et camus
qui affronte, stoïque, les rafales de neige de
Etoiles Mortes est un roman en deux parties, Etoiles Mortes et Voleurs de Silence. La première met donc en scène Closter et sa quête d’identité tandis que Voleurs de Silence est le dernier affrontement entre Vorst et Closter par le biais de rêves partagés… Cette première partie est assez lente et contemplative avec quelques accents Dickien tandis que la seconde est prétexte à l’intégration de nouvelles, les rêves, de qualité inégales mais pas déplaisantes.
Tout ce que je sais des évènements récents de ma vie se
résume à des questions. Aucune réponse. On peut faire beaucoup de choses avec
des questions sans réponse : tracer une liste de points d’interrogation,
les classer si l’on préfère les ennuis bien rangés. Ce n’est pas mon cas. Dans
le désordre qu’est devenu mon esprit, les soucis mineurs ont toutes les chances
de se perdre. Je sais depuis longtemps qu’il ne faut pas se hâter de réfléchir
à ses problèmes, ça leur donne une occasion de disparaître.
Etoiles Mortes avaient donc beaucoup de chances de me plaire pourtant le bilan sera mitigé. Si le style de Jean-Claude Dunyach est impeccable, le rythme lent ne facilite pas l’immersion d’autant plus que pas mal de points ne sont pas creusés, comme les êtres doués d’un quasi don d’ubiquité tel que Vorst ou Falstaff, voire quelque peu incohérents comme les Astraux. Insubstanciels, ils ne peuvent pourtant traverser la matière autre qu’humaine et peuvent être atteint via des parfums. Elégant, poétique, Etoiles Mortes est un roman bien écrit mais trop lent et s’affranchissant trop de toute cohérence dans la construction de son univers pour emporter mon adhésion. Dommage…
Revues de blog et statistiques
N'étant pas expert en matière de blog, je me permet de copier quelques idées vu chez Acadamia, Valunivers, que Traqueur Stellaire.
Mais le véritable déclic a été la présentation du petit dernier de la collection de robot de Sachka : JEA80, le genre de bestiaux a effrayer les cambrioleurs ou ridiculiser les titans d'Epic Warhammer 40k, que j'ai eu envie de faire connaître.
Puisqu'on en est a causé de Warhammer, Guillaume44 a déniché la source d'inspiration utilisé par les sculpteurs de Citadel pour un de leur blindés. Ses projets de peinture avancent bien et sont de toute beauté.
Ce qui ne l'empêche de faire un peu de prospective en matière de propulsion spatiale.
Pour remettre un peu de poésie, je me permet de vous signaler un très bel article sur Mon voisin Totoro chez Sachka. Plus onirique et mois poétique, Le Pendu a publié sa lecture de la troisième partie des aventures de Jaël à la recherche de Mademoiselle Belle, il n'y a pas à dire j'aime vraiment ce que fait Laurent Kloetzer.
J'ai découvert récemment le blog d'Anudar via une analyse impitoyable des méthodes de travail de Kevin J Anderson.
Nébal et Cédric Ferrand nous informe du décès de Frank Frazetta, un artiste emblématique disparait. Va falloir que j'achète un de ces artbooks à l'occasion, j'en ai repéré nommé Legacy...
Enfin Laurent se fait rare mais sa dernière chronique de spectacle met en lumière un artiste peu connu.
Question statistiques, Canalblog n'est pas très généreux d'autant plus que le détail des visites n'est pas très significatif du fait des apports nombreux via des recherches Google, à noter tout de même que les recherches à l'orthographe approximative sur la Tour Eiffel m'amènent moins de monde, curieusement par contre ma chronique d'avril 2009 sur Gagner la guerre à toujours la côte chez Google.
Globalement, mes commentaires chez Traqueur Stellaire et Hugin et Munin me valent pas mal de visites.
La page populaire de ce week-end est sans contexte le Mini quizz maquettes SF, plus de trente visites sur les cent dernières connexions.
En conclusion, si l'exercice de la revue de blog est sympathique (et amusant si je n'ai pas spammé les liens Wikio de quelqu'un qui se reconnaitra avec ce billet je ne sais plus quoi faire) celui sur les statistiques m'apparait assez rébarbatifs, je ne réitérerai donc pas ce dernier.
Mini quizz maquettes SF
J'ai craqué pour ces deux petites maquettes à clipser. En effet, il n'y a pas besoin de colle mais le cutter à maquette est indispensable du coup j'ai des doutes sur le "à partir de 6 ans"...
Jouons maintenant un peu, de quelles oeuvres sont extrait ces deux engins et quelles est leur dénomination ?
Le Shôgun de l’ombre de Jérôme Noirez

Mitsuo recule de quelques pas tout en tirant son sabre hors du fourreau. Daigaku ne peut s’empêcher de fixer du regard la lame dégainée. Son fil est usé, marqué de nombreuses encoches laissées par le choc des combats particulièrement brutaux ; il a été aiguisé par un paysan plutôt que par un homme de l’art. Et ses flancs portent des traces de rouille. Si Mitsuo faisait partie de sa garde, Daigaku le réprimanderait sévèrement pour ce flagrant manque d’entretien. Mais l’homme n’est après tout qu’un rônin, un mercenaire qui vend ses talents aux plus offrants. Son katana est à l’image de son existence.
Retour à Kyoto, vers la fin du XVeme siècle, le mystérieux Shôgun de l’ombre, évoqué dans Fleurs de dragon, commence à faire parler de lui dans la capitale en ruine. Un cimetière est curieusement saccagé, des apparitions troublent le peuple et le pouvoir… Ryôsaku est d’autant plus sur la sellette que Keiji entend bien venger la mort de son père via un père, Sozô est subjugué par une jeune fille et Kaoru toujours égal à lui-même.
- Où est Kaoru ? soupire l’adolescent aux cheveux longs sans quitter la rue des yeux.
- Tu sais bien, Keiji, que Kaoru se fait toujours attendre, répond calmement l’autre garçon. C’est sa manière…
- Sa manière de nous laisser prendre tous les risques à sa place.
- Il surgit toujours au bon moment.
- Jusqu’au jour où il arrivera trop tard et où il ne lui restera plus qu’à porter nos cadavres jusqu’au bûcher funéraire. Et même là, je crains qu’Amida ne s’impatiente dans l’attente de nos âmes.
- Amida ne connaît pas l’impatience.
- C’est parce qu’il ne connaît pas Kaoru…
Jérôme Noirez conclu ici son intrigue sur cette période très sombre du Japon. Les personnages sont toujours aussi bien campés et Noirez entretient élégamment la confusion quant au caractère fantastique ou non de l’intrigue. Confronté à la folie et au désespoir, les enquêteurs seront pris dans une tourmente cruelle et leurs destins basculeront…
L’adolescent appuie le tranchant du katana sur la nuque de son adversaire si aisément vaincu. Un frisson, pourtant, parcourt son bras. Il hésite à donner le coup fatal. La flaque de sang grossit à ses pieds, dessine des rivages pourpres. Il songe fugacement aux guerriers du clan Heike dont il a chanté la fin tragique, à leurs cadavres échoués sur la plage, aux crabes et aux mouettes qui se sont nourris de leur chair livide.
Et cet homme qui sanglote comme un enfant devant lui…
Jérôme Noirez réussit encore une fois à reproduire les ambiances japonaises, son récit est équilibré l’ambiance glauque étant rafraichi par les frasques de Kaoru. Le tout se lit d’autant plus facilement que s’agissant d’une suite on évite la présentation de l’époque et du pays. Nerveux et prenant, Le Shôgun de l’ombre est un roman qu’on ne lâche pas facilement.
Robur-le-Conquérant de Jules Verne

Où allait l’Albatros ? Ainsi que l’avait dit l’ingénieur, devait-il donc faire plus que le tour du monde ? En tout cas, il faudrait bien que ce voyage se terminât quelque part. Que Robur passât sa vie dans les airs, à bord de l’aéronef et n’atterrît jamais, cela n’était pas admissible.
Comment eût-il pu renouveler ses approvisionnements en vivres et en munitions, sans parler des substances nécessaires au fonctionnement des machines ? Il fallait de toute nécessité, qu’il eût une retraite, un port de relâche, si l’on veut, en quelque endroit ignoré et inaccessible du globe, où l’Albatros pouvait se réapprovisionner. Qu’il eût rompu toute relation avec les habitants de la terre, soit ! mais avec tout point de la surface terrestre, non !
Alors que l’on tente de créer des aérostats capables de se mouvoir de manière autonome dans l’air. Un étrange engin insaisissable nargue la planète : de la musique est joué depuis les nuages, des fanions sont plantés sur les plus édifices… Au club d’aérostats de Philadelphie, un débat fait rage quand à savoir où mettre une hélice sur leur projet de dirigeable. L’irruption d’un certain Robur met fin au débat. Ce dernier se fait en effet l’avocat du plus lourd que l’air et échappe de peu au lynchage. Alors que l’incident semble clos, deux membres éminents de cette assemblée sont kidnappés avec leur serviteur. Le commanditaire n’est autre que Robur, qui contraint les trois hommes à résider sur son navire héliporté, l’Albatros.
S’en suis alors une succession de visites géographiques un peu fades tandis que les deux américains, partisans des ballons, mijotent leur vengeance. Heureusement la narration devient un peu plus palpitante sur la fin avec la mise à l’épreuve des limites de l’engin, malgré tout je regrette que le personnage de Robur ne soit pas plus creusé.
Et, en effet, le lendemain, 19 juillet, un bâtiment se fût peut-être trouvé en perdition sur cette mer. Mais l’Albatros se jouait des vents et des lames, semblable au puissant oiseau dont il portait le nom. S’il ne lui plaisait pas de se promener à leur surface comme les pétrels, il pouvait, comme les aigles, trouver dans les hautes couches le calme et le soleil.
Ce roman démarre brusquement avec pas mal d’humour mais s’enlise rapidement tant dans sa mise en place que dans les pérégrinations de l’Albatros, les effets d’énumérations de Verne étant particulièrement horripilants quand l’intrigue ne suit pas. Au final un Verne un peu faiblard, plein de longueurs, ce qui est étonnant dans un roman aussi court, reste le dépaysement d’une époque qui ne connaissait ni l’hélium ni le moteur à explosion. On est loin de Voyage au centre de la Terre ou de Vingt Mille Lieues sous les mers.
La Créode de Joëlle Wintrebert

Ce recueil présente une vingtaine de nouvelles assez variées mais dans lesquelles prédominent quelques thèmes : l’amour, la mort, le corps, l’oppression et la révolte, habilement mélangés dans des textes bien aux ambiances bien différenciées.
La Créode
Les Ouqdar ont mutés, ils se reproduisent par parthénogenèse et contrôlent strictement leur population. Quand vient pour Damballah, le moment de se scinder, il se révolte. Pourquoi abandonnerait-il une part de lui-même ?
Hétéros et Thanatos
Un monde crépusculaire, un androgyne parfait, seul de son espèce, quasiment immortel s’attache à une proscrite, vouée au sacrifice.
Qui sème le temps récolte la tempête
Une société qui n’est pas sans rappeler le Meilleur des Mondes, la jeunesse est maintenu grâce à un traitement adéquat jusqu’à une brusque déchéance quand la vieillesse reprend ses droits. Les vieillards sont parqués dans des mouroirs déshumanisés pour attendre leur dernière heure, Ordalie refuse cette mise à l’écart.
Le Nirvâna des accalmeurs
Autre univers oppressif, des individus sont « choyés » pour leur capacité à rêver. Rêves, partagés avec les masses, qui permettent de maintenir l’ordre social en place.
Le Verbiage du Verbic ou vingt-quatre heures de la vie d’un chercheur
Des orphelins grandissent dans des centres, isolés du monde des adultes. Une poignée de chercheurs les étudient à leur insu via des caméras.
Il ne faut pas jouer avec les enfants
Etranges jeux d’enfants, une nouvelle aux accents fantastiques.
Et après ?
Transmission de la mémoire dans une société basée sur la survie, un court texte très efficace.
La Femme est l’avenir de l’homme
La société humaine a évoluée suite à une chute de la fécondité des hommes, elle ne compte désormais plus que des femmes. Ces dernières sortent de son sommeil cryogénique la chercheuse ayant permis ce fait quelques siècles auparavant pour l’accueillir dans leur utopie. Superbe texte surprenant et très bien mené.
La journée de la guerre
Une société a trouvée une méthode originale pour éliminer l’agressivité parmi ses membres mais tout à un coût. Un texte dur, froidement réaliste qui secoue.
Pur esprit
Clonage, duplication expérimentale de la mémoire, abus et dérapage dès la phase expérimentale… De quoi serait capable un être égoïste, amoureux et richissime ? Une approche originale du clonage et de la transmission de la personnalité.
Avatar
Autres saisons, autres temps. Aujourd’hui, les fleuves se
tarissent, le désert gagne sur les prairies, et toute la naissance requiert
Sacré bon principe, oui, qui réserve la reproduction aux riches. Nous sommes trop nombreux, n’est-ce pas ? Et prendre la responsabilité de mettre au monde, c’est se donner les moyens d’élever de façon opportune.
Pour pouvoir obtenir le droit de concevoir un enfant pour son couple, un homme décide de se livrer à une forme ultime de prostitution. Un texte très réussi, assez cynique et noir.
La Déesse noire et le diable blond
« Tu es mort, dit-elle d’un ton froid, ajoutant aussitôt pour pallier tout déni : le comte est mort dans ce bureau, je l’ai tué. Rien n’aurait pu le ressusciter. Toi, tu n’es qu’un train d’informations cristallisées, de simples bits de mémoire sujets à l’effacement. »
[Ah ? Les simples bits remercient l’hôtesse qu’ils ont colonisée, et lui font remarquer que si elle bénéficiait de sa chance, elle connaîtrait l’ivresse d’être deux fois née. Je te jure que je me sens plus que vif !]
Une voleuse est forcée de partager son corps avec la mémoire
de l’homme qu’elle a tuée. Une relation assez malsaine et une histoire pleine
de surprises et de rebondissements. Un bon petit polar SF.
Hydra
Des colons humains sont confrontés aux mystères de la planète sur laquelle ils se sont installés. Les femmes sont atteintes les unes après les autres d’un mal étrange qui les dessèchent tandis que dans la rivière proche pousse une plante, simulacre de l’agonisante.
Face au risque d’extinction de la colonie, l’irrationnel et l’intolérance prend le dessus et Hellas, veuf récent, aura bien du mal à faire valoir son point de vue.
Cendres
L’armée d’un empire galactique envoie une espionne sur une colonie perdue d’où les hommes sont absents. Quel est le secret de cette société matriarcale ? Une nouvelle assez légère et ironique, l’humour étant appuyé par le ton agacé utilisé pour subvocaliser les rapports de l’agent à ses supérieurs.
Arthro
Une expédition s’échoue sur une planète inconnue, les
survivants vont devoir s’adapter pour survivre se soumettre à des mesures
radicales, notamment en matière de reproduction vu leur faible nombre. Le tout en maintenant des relations amicales avec
la société patriarcale d’insectes géants qui peuplent
Imago
Les terriens tentent de coloniser une planète très lointaine en fixant la personnalité d’explorateurs et de diplomates dans les larves de l’espèce intelligente insectoïde locale.
Malheureusement, les envoyés ne disparaissent après avoir pris contact avec la sonde automatisée se trouvant sur place. Le gouvernement décide de poursuivre les expériences en envoyant des criminels, un terroriste écologiste soumis à un chantage fera l’affaire…
La colonisation revue à
Alien bise
Petit hommage à Alien, mais avec des symbiotes plutôt que des parasites, les réactions de la poignée d’explorateurs spatiaux infectés n’en est pas moins assez radicale. Une histoire efficace dans laquelle l’auteur déploie ses thématiques propres.
La Fiancé du roi
Un chercheur en génétique, condamné par une tumeur inopérable, s’injecte du matériel génétique, issu d’un dinosaure. Le résultat improbable est surprenant, de même que la réaction purement égoïste de l’intéressé. La chute est encore une fois pleine d’ironie.
Hurlegriffe
Une créature alien utilisée comme divertissement et méthode d’exécution des opposants politiques. L’entité se révèlera plus intelligente et puissante que ses geôliers ne le soupçonnaient. L’occasion aussi pour deux amants révolutionnaires de se retrouver de manière assez improbable.
Le recueil se conclu par une postface par l’auteur et une seconde de Roland C. Wagner avant de laisser place à un longue entretien avec l’auteur. De quoi faire plus ample connaissance avec Joëlle Wintrebert et son œuvre.
Si La Créode, puis Hétéros et Thanatos ne m’ont pas totalement convaincu, les textes suivants m’ont beaucoup plu dans l’ensemble. Ses thématiques se renouvellent au fil des textes et l’ensemble est vraiment très plaisant. Il ne me reste plus qu’à découvrir Joëlle Wintrebert en tant que romancière. Ce recueil se révèle une très bonne surprise.
Ravage de René Barjavel

Après avoir abandonné l'espoir d'un roman de SF made in Afrique noire, je me suis rabattu sur un ce vieux truc arraché à un vide grenier. Le genre de bouquins que les profs de français vous infligent en espérant vous détourner des littératures mineures. C'est ce que je pensais, et je m'étais complétement fourvoyé. Le roman, écrit en 1943, aborde des sujets étonnament modernes : réchauffement climatique, rôle et déchéance de l'homme dans une société automatisée, pouvoirs oligarchiques... dans un style qui a bien vieilli. La futur imaginé n'a malheureusement pas trop divergé de la réalité de 2010. J'ai comparé avec "A la poursuite des Slans", paru en 1942, et que j'ai relu récemment. Le roman de Barjavel a beaucoup mieux résisté.
Au fil de la lecture, j'ai pensé à de nombreux personnages et histoires actuelles (Berlusconi, Bové, la Brigade Chimérique, manifestations paysannes...).
En dépit de quelques relents douteux ("noir mais néanmoins très
intelligent", le rôle très traditionnel de la femme dans une société saine),
c'est pour moi une heureuse découverte. Un auteur d'avenir dans ma PAL :)
Vcube

