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Tous ces daimyos, ces seigneurs de guerre, ont de la fleur la brièveté d’existence et du dragon la férocité, ils s’entredéchirent pour des miettes de pouvoir… Partout à travers le Japon poussent ces fleurs de dragon à la sève vénéneuse.

Avec Fleurs de dragons, Jérôme Noirez s’essaye tant au roman jeunesse qu’au polar historique réussissant un coup de maître dans ces deux domaines, d’ailleurs réédité en poche en collection adulte.

1489 au début du Sengoku-Jidaï, des assassinats de samouraïs isolés sans liens politiques entre eux sont perpétrés. Le shogun enfermé dans son pavillon mandate un policier de Kyoto pour enquêter : Ryôsaku. Samouraï étrange qui ne porte pas de sabres, policier sagace et redouté, il se caractérise par son emploi d’un maillet, censé contenir un sage kami, et s’assène des coups sur le crâne pour y faire pénétrer de la sagesse. Il aura aussi la charge de trois adolescents déjà samouraïs pour le seconder et racheter les fautes qui leur ont valu bien des ennuis.

Ce maillet est le kami de mon arrière-grand-père et c’était un homme fort bon qui possédait en lui toutes les vertus du shintô : la droiture, l’honnêteté, l’harmonie, la pureté du cœur. Alors, en vous tapant sur le crâne, j’espère y faire entrer un peu de la sagesse de mon aïeul.

Il en fait aussitôt la démonstration sur le crâne de Kaoru.

- Je n’ai senti aucune des vertus que vous avez citées, grommelle l’adolescent.

- Cela signifie que la prochaine fois il faudra que je tape plus fort !

Kaoru, Sôzô et Keiji cornaqués à coup de maillet par Ryôsaku, sont bien campés et rappellent par certains aspects autant Les Trois Mousquetaires de Dumas (un crétin bon vivant, une âme d’artiste contrainte au métier des armes et un sombre guerrier hanté par la mort) que Les Septs Samouraïs de Kurosawa (les mimiques et vantardises de Kaoru rappelant celles de Toshiro Mifune dans le film).

Keiji hoche tristement la tête.

- C’est donc ça, la justice ?

- Non, affirme l’officier. Ce n’est pas ça, la justice. Mais c’est la seule justice dont soient capables les hommes. Peut-être que cela changera un jour. J’ai même un peu d’espoir depuis que je vous connais… Si vous continuez à suivre cette voie, vous pourriez y apporter votre pierre. Car seuls des hommes peuvent changer les hommes. Il ne faut pas compter sur les dieux pour ça.

Après un départ, un peu didactique dans sa manière de planter le décor, l’intrigue se déroule toute seule, développant les personnages et leur évolution au fil des pages. L’ambiance est bien rendue, les scènes d’action prenantes, l’histoire solide. Jérôme Noirez réalise un sans faute et confirme une fois de plus son talent.