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Les derniers Masques quittaient l’enceinte, ridicules dans la lumière du soleil levant. Une odeur de myosotis venait de la ville, pleine d’espoir. Ne m’oublie pas, disaient les fleurs. Le jeune homme se surprit à siffloter en remontant l’allée des Martyrs sur ses béquilles. Il avait perdu une jambe mais une légende venait de s’ajouter à son répertoire. Celle-ci avait pour nom Animamea et promettait beaucoup. Après tout, certaines légendes contiennent une part de vérité.

Fabrice est un homme très riche mais aussi désespérée, il a perdu un être cher et ne s’en remet pas. Désoeuvré, il arpente les rues d’un centre de suicide ludique cherchant une fin à laquelle il ne se résout pas totalement. Tout bascule quand il croise la route d’un condamné envoyé là bas pour y trouver un châtiment. Avant de mourir, ce dernier le met sur la piste d’un monde mystérieux, Animamea, où se retrouveraient les âmes des défunts. Fabrice accepte de prendre en charge le fils du condamné, Rudy. Accompagné par le gamin perturbé, élevé par une muette et qui ne s’exprime que par l’intermédiaire d’un clavier, il se met en quête de la planète.

Maintenant que ses blessures ne le contraignaient plus à rester allongé, Chris se surprenait à espionner l’enfant. Le transfert émotionnel devenait chaque jour plus improbable. L’image que sa mémoire relisait sans cesse s’éloignait de la copie qu’il traquait dans la pinède avec une frénésie malsaine. Elle se perfectionnait, s’idéalisait, se lissait, rendant le clone médiocre et donc haïssable.

Chris est une rock-star, hanté par la déchéance d’un des membres de son groupe. Tout bascule pour lui lors d’un concert où son fils meurt accidentellement. L’assurance, qu’il avait souscrit, produit un clone incluant la mémoire de son fils. Cependant la copie n’est pas l’original. Chris ne le supporte pas, il veut récupérer son fils. Manipulé par quelques individus sans scrupules, il tombe dans les rets d’un culte puissant aux buts obscurs.

Trois personnages poussés par des pulsions morbides qui finiront par se croiser dans leur quête d’un au-delà dans les étoiles… En travers de leur chemin se dressera le culte qui a supplanté les anciennes religions déboussolées par la conquête spatiale.

Dans le monde hyperprotégé où ils vivaient, la santé morale et physique était devenue une sorte de devoir civique. La médecine était puissante, gratuite, et toute volonté de ne pas y recourir relevait d’un caractère asocial. Depuis qu’elle en avait les moyens, l’humanité était belle et souriante.

Rudy et lui heurtaient les lois, du moins le confort esthétique de la masse… et la masse n’acceptait plus les singularités.

Trois personnages brisés par la mort de proches, tentant de se reconstruire en courant après un mythe, un rêve fugace, un espoir... La quête semblerait utopique si le culte de Virnhalt ne s’acharnait à vouloir les arrêter, dévoilant au passage son emprise titanesque sur la société humaine tout autant que la capacité de résistance de quelques marginaux.

Animamea est une expérience originale, une intrigue crépusculaire mais donnant lieu à des aventures hautes en couleurs dans des décors démesurés, la ville-vertige en étant un bon exemple. L’intrigue est très bien menée, les personnages sont creusés et attachants. Un roman original et ironique, moins sombre qu’il n’y parait et très agréable à lire. Un excellent moment.