Mémoire Vagabonde de Laurent Kloetzer

Jaël étudia l’image que la surface de verre lui renvoyait. L’homme lui ressemblait indubitablement. Il avait les mêmes traits, le même visage, peut-être juste un peu plus fin ; les mêmes lèvres sensuelles, la même expression, mêlée de cynisme et d’élégance… La même stature, aussi. Mais au lieu d’être châtains, ses cheveux étaient roux. Et longs, quand ceux de Jaël étaient courts. Ses yeux verts, ceux de Jaël gris. Ses vêtements entièrement noirs : ses bas, sa culotte, sa chemise et son gilet. Les bas de Jaël étaient blancs, sa chemise blanche et son gilet rouge.
Jaël pencha la tête, le reflet l'imita. Il aurait dû comprendre la nature de leurs points communs et de leurs différences, la réponse aurait dû être évidente...
Jaël de Kherdan est un écrivain à succès à défaut de véritable talent… Libertin, ses frasques le condamnent à devoir changer de ville fréquemment dès qu’il a déshonoré quelque pucelle parmi ses admiratrices. Ses écrits d’aventures assurant sa subsistance et son succès auprès des dames relèvent de l’auto biographie romancée, Jaël mettant en scène une version idéalisée de lui-même. Mais à force de réécrire sa vie, il finit par ne plus très bien savoir qui il est… D’autant plus que tentant d’oublier un crime et en proie à une mystérieuse chanson qui le hante il confond réalité et fiction. Victime d’amnésie de manière récurrente, il en vient à lire ses écrits pour appréhender son passé…
Elle avait raison… Jaël de Kherdan n’était jamais coupable de rien, même quand lui, Jaël l’était. Jaël de Kherdan n’avait pas déshonoré Fayna… Il était parfaitement possible qu’il ait tué Livar Mordien dans un geste de colère, qu’il n’y ait jamais eu le moindre spadassin, pas même d’insultes de la part de l’imprimeur… Et qu’ensuite, en écrivant… Non. Jaël préféra continuer à lire.
Ses pas finissent par l’amener dans la ville de Dvern. Les
intrigues et manipulations locales, le précipiteront dans le quartier de
Une cité d’esclaves, de marionnettes et de fous. L’Amance, la drogue des rêves, malgré le danger, il fallait qu’il essaye, pour s’échapper, du monde et de lui-même. Le rêve, à sa portée, ses rêves sous son contrôle… Il laisserait bien volontiers ses journées à Jaël de Kherdan, s’il pouvait rêver à volonté pendant ses nuits !
Avec Mémoire Vagabonde, Laurent Kloetzer signe ici un roman de fantasy légère, à la manière d’un roman de capes et d’épées mais dans une ambiance digne de Christopher Priest.
Rêves, folies, confusion de personnalités l’ensemble est enivrant et se mêle à une superbe galerie de personnages soumises à de nombreux retournements de situations. Jaël de Kherdan est un personnage tourmenté atypique que l’on suit avec plaisirs au cours de ses errances pleines de rebondissements. Un excellent moment !
La forêt d’Iscambe de Christian Charrière

C’était ce que Tanguy reprochait principalement à la forêt d’Iscambe : tel un feu mystérieux qui couve, elle entretenait en lui un sentiment vague d’insécurité. Dans les moments les plus heureux de sa vie, quand il sentait vibrer l’accord entre lui et le monde, il apercevait tout au fond du sous-bois intérieur, hors de portée et protégée par l’épais feuillage, une petite flamme sautillante et moqueuse.
L’homme a déclenché l’apocalypse et a ravagé la planète, les survivants se sont organisés en communauté restreinte dans un monde totalement changé l’axe de rotation de la Terre ayant été bouleversé.
Tandis que de Marseille relativement épargnée s’étend une dictature bureaucratique belliciste et déshumanisante. Dans la Vallée d’Emeraude, en bordure de la gigantesque forêt d’Iscambe, les habitants ont réussis à conserver leur indépendance grâce à la direction avisée de Tanguy, ex membre d’une secte marseillaise interdite par le pouvoir.
Tout bascule quand deux pèlerins de cette secte arrivent au
sein de
S’en suis des aventures en deux temps, d’un côté Le Fondeur et Evariste qui erreront tous en philosophant et It’van de l’autre qui se mêlera d’un conflit opposant termites et fourmis géantes.
- Par le joyau dans le lotus ! insistait le vieil
homme. Comment peux-tu déraisonner ainsi ? Ne vois-tu pas que cet
établissement appartenait à
Avec un sourire méprisant, Evariste désignait le symbole plusieurs fois répété sur les idoles métalliques, coquillages rayonnant, semblable à un soleil englouti au fond des mers.
- A
Et c’est là que là que le bat blesse. Ces aventures sont farcies de philosophie de bazar et si la création d’un panthéon à partir des marques de station service en ruines croisées le long de la remontée de l’A6 est amusante au début, l’effet de répétition me l’a rendue particulièrement pénible. On rencontre le même effet dans les aventures d’It’van, tout étant sous entendu par la nécessité d’unir les forces de l’en haut avec l’en bas pour parvenir à l’harmonie. Les moments de bravoure comme la psychanalyse du roi des termites et la résolution de son complexe d’Œdipe en perdent de leurs saveurs. Le coup de grâce en ce qui me concerne étant le style et le langage soutenu de l’ensemble qui donne un texte assez dense.
Le texte relève finalement plus du conte absurde à
Il en a parlé : Nébal
Umbrella Academy : Dallas de Gerard Way et Gabriel Ba

Seconde mini série Dallas reprend quelques pistes non exploitées dans La suite apocalyptique et démarre quelque temps après celle-ci. Le groupe est plus désuni que jamais, la plupart de ses membres complètement anéantis et se méfiant les uns des autres.
Les évènements se précipitent quand de mystérieux assaillants s'en prennent à Numéro 5, Rumeur et Kraken le talonnent chacun de son côté et à sa manière avant d'être entraîner avec tout le groupe dans une intrigue temporelle de haute volée, se bouclant de manière amère.
L'intrigue est bien menée même si les pouvoirs de Rumeur et Séance semblent un peu trop puissants, sans toutefois tomber dans les ambiances superman. Une bonne part du passé des personnages est explorée tandis que des éléments de la prochaine mini série sont introduits.
Cette seconde mini série d'Umbrella Academy se révèle un divertissement très agréable avec des personnages assez torturées dans une trame tortueuse dans un univers joyeusement barré. A suivre...
This is not America de Thomas Day

Vous pouvez être sûrs d’un truc au sujet des Etats-Unis, dès que ça merde c’est forcément de la faute de la télé ou du précédent président.
Recueil de trois nouvelles sans autres liens entre elles que de se dérouler aux Etats-Unis.
Cette année-là, l’hiver commença le 22 novembre met en scène les assassins de J.F.K. Des agents d’un particulier, spécialiste dans l’élimination de parasites mentaux extra-terrestres qui se serraient fait manipuler dans cette affaire. Bien ficelé, nerveuse et avec un beau final, que demander de plus ?
Bien sût qu’il y avait un traitre dans l’équipe… Qu’importe ! Car ce qui compte réellement, ce n’est pas tant l’identité de ce traitre que la véritable nature de la trahison.
American Drug Trip, plus légèr,e narre les déboires d’un pauvre type chargé par un mafieux de trimballé un crocodile et une drogue hors norme pour rembourser un emprunt hasardeux. Tout allant de mal en pis depuis le début de cette histoire, l’anti héros tapera dans le stock qu’il transporte tout en regardant la télévision et abordera par ce biais des Etats-Unis alternatifs surprenants. Une nouvelle assez légère et rigolote, le road movie déjanté de ce loser est réjouissant.
Eloge du sacrifice présente un président des Etats-Unis passablement véreux se trouvant aux prises d’entité étranges bien décidées à faire basse sur le monde avec sa collaboration. Les épreuves qui lui sont imposés, renforceront sa détermination pour une résistance désespérée. Encore une fois un texte bien ficelé avec une fin efficace.
Un recueil très sympathique qui se lit tout seul, deux textes amers et une fuite en avant jubilatoire. This is not America m’a conquis et a annihilé mes préventions initiales.Thomas Day dans ce qu'il fait de mieux.
Ils en ont parlé : Nébal et Avis de Vicklay
Acadamia en plus c'est lui qui m'a donné le livre.
Les démons de Paris de Jean-Philippe Depotte

Quand un prêtre célèbre trois mariages dans la même journée, il tâche de garder le sourire jusqu’au troisième. C’est cela aussi le sacerdoce.
Mais aujourd’hui, Joseph en était à sa douzième victime. Tu parles d’une sale journée ! Et puis écouter, c’est autrement plus difficile que de bénir des alliances et dire un mot gentil à la famille. Il avait lu qu’un docteur Freud, un Autrichien, avait élevé l’écoute au rang de science. Il affirmait qu’en laissant simplement les gens parler, on les aidait à extirper du fond d’eux-mêmes les sales souvenirs et les pulsions répugnantes. Comme un égoutier décrasse un conduit. Joseph, il faisait un peu cela aussi. Mais avec les morts. Un nécropsychiatre, pourrait-on dire. Ca sonnait mieux que curé.
Joseph est un jeune séminariste qui va être prochainement ordonné prêtre mais il est aussi doté d’un don étrange qui lui permet de communiquer avec les cadavres et d’apaiser les angoisses du défunt. Même s’il ignore le terme, Joseph, est un implexe un individu doté d’un don surnaturel et que le gouvernement français, de cet univers alternatif, entend bien surveiller de près.
Dans ce Paris du début du XXeme siècle règne une ambiance étrange, la pègre serait sous la coupe du mystérieux Grand Khan de la Horde d’Or. Ce dernier semblant d’ailleurs bizarrement lié à la Présidente du Conseil. Sur fond d’attentat crapuleux et de manigances de la part de Lénine en exil, le Tsar s’est invité à Paris, officiellement pour visiter le métro mais pourquoi amène-t-il Raspoutine dans ses bagages et pourquoi l’Okhrana veut elle investir les souterrains parisiens sans contrôle des autorités françaises ?
Joseph ne parvenait pas à imaginer ce monde de conte de fées. Plus Marcel lui parlait, plus il s’éloignait de cet univers de chimères pour retrouver la civière, la lampe et l’odeur de putréfaction.
Une bouffée de fierté lui arracha un sourire. C’était la première fois qu’il parlait à une âme si loin de sa mort. L’expérience était déjà un succès et Marcel en était le héros. Il devrait consigner cela ailleurs que dans son cahier. Le moment était venu de rédiger un article, une publication scientifique. Freud avait eu l’idée d’analyser les rêves de ses patients pour en extraire des symptômes objectifs du mal qui les tourmentait. Joseph devrait lui aussi interpréter le monde enfantin de Marcel pour deviner derrière ces images la réalité physique de l’Au-delà.
Les expériences de Joseph sur l’au-delà vont le mêler à toute cette histoire en s'inquiétant du sort de Marcel un gamin des rues décédé. Il entraîne à sa suite Eloïs, nouvel agent du ministère de l’intérieur, chargé de le surveiller et aussi frère jumeau de Lucille, l’amie d’enfance de l’implexe.
Tandis que Joseph sera pris dans les intrigues des révolutionnaires et visiteurs russes, Eloïs se retrouve dans l’Au-delà confronté aux intrigues tout aussi byzantines qui l’agite.
Ca ne collait pas. Chaque monde rejetait l’autre. Le monde des cauchemars d’un Jérôme Bosch contre celui des Parisiens insouciants qui se rendent au travail.
Alors qu’il reprenait sa marche forcée sur le trottoir du boulevard, son attention s’attacha au silence. Un fiacre s’éloignait tout à l’heure. Pourquoi n’avait-il pas entendu le vacarme des roues sur le pavé ? Et les chevaux ? Et les pigeons et les oiseaux du matin ? Et les cris et les sifflets, les bâillements de la ville qui s’éveille ? La chaleur le quitta. L’envie de fuir aussi. Des deux mondes, c’était le sien qui partait en guingois et s’éloignait en glissant.
Aussi étrange que soit ce synopsis, Jean-Philippe Depotte assure sa cohérence grâce à une idée ingénieuse. On se fond rapidement dans ce Paris rétro et ses intrigues… Les implexes qui émailleront l’épopée de Joseph constituent une galerie de monstres de foires pathétiques et attachants, les entités surnaturelles qui se manifestent sont remarquablement bien mises en scène et gérées. L’action est menée tambour battant après une phase initiale de mise en place, Joseph va s’agiter en tout sens pour comprendre ce monde occulte qui l’entoure et a bouleversé son existence. Son personnage est bien campé, complexe mélange de courage désespéré et de lâcheté rationalisée. Eloïs de son côté, tout aussi malmené évoluera de manière remarquable…
« Au revoir », cria Marcel au loin.
Eloïs aurait préféré qu’il ne dise pas cela. Il y a des mots pernicieux qui aiment à se graver derrière votre front et vous rappeler pour longtemps vos lâchetés. Car le courage des autres résonne parfois comme votre propre lâcheté.
Avec ce premier roman, Jean-Philippe Depotte signe ici un thriller fantastique de très bonne facture, bien conçu et mené. Rien de révolutionnaire mais plein de bonnes idées et un récit qui coule tout seul. Un bon moment de lecture assez original.
Jeremiah, Intégrale volume 6 d'Hermann

Dans le volume 6 de l'intégrale de Jeremiah on constate une nette baisse de qualité. Les intrigues tendant à avoir systématiquement les mêmes ressorts. Hermann arrive toutefois a avoir un dernier sursaut après deux albums très moyens.
Le Cousin Lindford
Jeremiah et Kurdy débarque dans un bled où ils ne sont pas spécialement bienvenus, tandis que Jeremiah constate une chasse aux cobayes humains en fuite dans une friche industrielle, Kurdy enfermé pour mendicité tombe sur quelqu'uns des chasseurs dont Stone B qui en profite pour régler quelques comptes. La situation tourne vite à l'affrontement dans les ruines, pas très original mais efficace. Un album qui aurait gagné à exposer plus clairement la situation de Lindford, là on reste clairement sur sa fin. Une aventure assez moyenne qui se lit sans déplaisir mais qui est loin de la qualité des dix premiers albums.
Le fusil dans l'eau
Les deux errants débarquent chez une famille paumée dans le bayou, ambiance tendue entre la grand mère en chaleur et la belle fille maltraitée mais aussi le secret des hommes de la famille qui amèneront Jeremiah et Kurdy à devoir faire prendre partie dans le règlement de compte qui s'annonce...
Plusieurs mini intrigues en une, un peu d'humour mais un fil principal assez ténue et pas franchement original.
On a comme un air de déjà vu avec l'album précédent.
Qui est Renard Bleu ?
Pour bouffer Jeremiah et Kurdy jouent les briseurs de grève et participent à un convoyage pour se faire arnaquer par leur employeur à l'arrivée. Ils tomberont rapidement dans les filets d'un agent spécial du gouvernement, l'ordre semblant revenir dans le monde, pour régler une sombre affaire de pédophilie sur fond de campagne électoral.
Cet album est de très bonne qualité, bien équilibré mais il lui manque l'originalité post apocalyptique des débuts de la série. Cela ne constitue pas une raison pour bouder son plaisir, l'histoire est très plaisante à lire même si elle relève plus du roman noir.
Le Dernier Diamant

Le racisme, thème sous-jacent de la série, revient en force avec cette intrigue qui démarre par un crime crapuleux pour embrayer sur une haine entre deux frères. Jeremiah et Kurdy sont parties prenantes de l'intrigue mais indépendamment l'un de l'autre et sans se croiser. La partie de Kurdy est assez légère tandis que celle de Jeremiah est un véritable enfer louchant une fois encore vers le roman noir.
Un bon album qui souffre toutefois d'une fin trop abrupte.
Quatre albums pas déplaisants mais pas excellents non plus, on sens un virage dans la série avec des albums de meilleure qualité mais tournant au polar. La série semble s'engourdir quelque peu, on est très loin d'Un Cobaye pour l'Eternité ou d'Afromerica, l'univers d'Hermann perdant de son originalité et de sa force. J'arrête de suivre la série ici.
Dreamericana de Fabrice Colin

Et plus le temps passait, plus cela devenait difficile.
Cette sensation tenace de perdre contact avec la réalité, de regarder le train
s’éloigner dans les ténèbres et de se retrouver seul sur un quai de gare
désert, avec la vérité de
Hades Shufflin est un écrivain de renom qui a basé son succès sur une fresque uchronique steampunk très approfondi. Au moment où Stanley Kubrik se propose d’adapter son prochain roman, la panne d’inspiration survient. En plein spleen qu’il approfondi à coup d’alcool et de drogues, l’auteur plonge en pleine paranoïa : il est épié, s’agit il de son fils putatif ? Des puissances occultes issues de l’univers qu’il a imaginé ?
Seigneur, Hades. On a déjà parlé de ça mille fois. Tu es un
putain d’auteur à succès, d’accord. Ce n’est pas toujours facile à assumer, je
te le concède. Mais ce truc que tu t’es trouvé. Ce truc comme quoi Antiterra
est réelle, comme quoi ton inspiration prend sa source dans l’autre
monde : pitié, arrête avec ça. C’est quoi maintenant ?
Tandis que l’état d’Hades, obsédé par un amour perdu (mais a-t-elle existée ?), se détériore son éditeur prend des mesures radicales. Une simulation sous hypnose, via une innovation technologique, qui permettra d’extraire de son cerveau la matière nécessaire à réaliser le film. A moins qu’il ne s’agisse d’une intrusion des Gardiens dans sa réalité pour corriger le lien improbable qui s’est effectué, via Hades, entre les deux univers ? A moins qu’Hades n'ait définitivement perdu les pédales…
Lorsque tu arriveras sur Antiterra , tu sera pris en charge par nos hommes, mais tu ne te rappelleras de rien : ni ce qui s’est passé ici ni ce qui s’est passé là-bas. Ce qui te restera, c’est la connaissance : la connaissance du monde, la connaissance des livres, de tout ce qui s’est déjà passé, ce que tu as écrit, décrit dans le cycle, et puis des éléments, des traits de caractère banals, une conscience basique, ce genre de chose.
Je vais… rentrer dans mon propre monde, c’est ce que vous essayez de me dire ?
Suis alors le tome 21 de Dreamericana où la conscience du
personnage principal, détruite, est remplacée par celle d’un individu venu
d’ailleurs… Ce dernier n’aura de cesse de retrouver,
Sans cesse, j’imagine notre appareil en chute libre, vrillant vers l’ocre noir des sols, un long cri de terreur. Au pire, je mourrai, et je me réveillerai ailleurs, chez moi, et il ne me restera de ce monde-ci que quelques lambeaux de souvenirs. Ou peut-être pas ?
Devant assumer le passé nihiliste d’Erik Suncliff, il sera balloté de péripéties en péripéties, errant tel un chien dans un jeu de quilles, perdu dans ce monde grandiose plein d’intrigues à tiroir.
Nous débouchons sur une plate-forme. Le point de vue est spectaculaire : un rail suspendu monté sur pylônes louvoie entre deux immeubles massifs, accumulations hétéroclites de terrasses, pontons et coupoles, structures mélangées, fornication des styles.
Premier contact concluant, pour ce qui est des romans, avec Fabrice Colin (j’éviterai de parler de Neuvième Cercle que j’ai lu en 1998), Dreamericana se révèle une excellente surprise. La première partie sur l’auteur présente aussi très bien l’univers qui suit à travers des critiques ou des résumés de quelqu’un des tomes précédents. La plongée de l’auteur dans son univers constitue une mise en abyme d’autant plus agréable que ce dernier y pourchasse les mêmes chimères que dans la réalité, sans se préoccuper véritablement de l’intrigue principale qui évolue malgré lui. Le parallèle entre les deux univers est bien construit et donne une remarquable ambiance dickienne. Un excellent moment et un auteur à suivre…
Il en a parlé : Cédric Ferrand sur Hugin et Munin
Le Miroir aux éperluettes de Sylvie Lainé

Recueil de nouvelles douces amer, Le Miroir aux éperluettes est une très bonne surprise.
La Bulle d’euze conte une rencontre et une tentative de retrouvée un être cher. Bien construit, prenante, une petite merveille.
La Mirotte met en scène une nouvelle technologie se substituant à la vision, petit miracle pour les aveugles mais aux effets assez surprenant. Intéressant mais pas totalement convaincant.
Thérapie douce m’a semblé doucement cynique dans son évocation d’une méthode évitant tout conflit dans les rapports humains.
Question de mode assez courte évoque une tendance au look destroy mais se termine de manière un peu trop farfelue à mon goût.
Un rêve d’herbe est une nouvelle fantastique poétique, je me suis laissé porté agréablement jusqu’à sa très belle conclusion.
Un signe de Setty, très réussie, narre la rencontre entre une dilettante cherchant à agrémenter son petit univers virtuel et une IA extra-terrestre dénichée par le SETI, un sans faute.
Un recueil élégant, qui se lit avec plaisir, je reviendrai bientôt avec les deux autres déjà parus.
Il m'a donné envie de le lire : Nébal






